mercredi 2 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2021074 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | TOULOUM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 décembre 2020, M. F E, représenté par Me Touloum, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 septembre 2020 par lequel le préfet de police a refusé de lui accorder le bénéfice du regroupement familial pour son épouse et sa fille ;
2°) d'enjoindre au préfet de police d'autoriser le groupement familial sollicité et de délivrer à son épouse un certificat de résidence dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. E soutient que :
-la décision portant refus de regroupement familial est insuffisamment motivée ;
-elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, le préfet s'étant estimé en compétence liée ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale de New York relative aux droits de l'enfant ;
-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 septembre 2022 le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun moyen n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale de New York relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- et les observations de Me Touloum représentant M. E.
Considérant ce qui suit :
1. M. F E, ressortissant algérien né le 7 juillet 1936 à Beni-Bouaddou, a sollicité le bénéfice du regroupement familial au profit de son épouse et de sa fille mineure le
20 février 2020. Par un arrêté du 4 septembre 2020, le préfet de police a refusé de faire droit à cette demande, décision confirmée par le rejet implicite du recours hiérarchique exercé par le requérant le 10 octobre 2020. Par la présente requête, M. E demande l'annulation de l'arrêté du
4 septembre 2020.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". En vertu de l'article L. 211-5 du même code, la motivation doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision.
3. La décision attaquée indique, en particulier que M. E a sollicité l'admission exceptionnelle au séjour au titre du regroupement familial de son épouse Mme B E née D le 4 février 1971 à Ouacif et de sa fille C née le 12 mars 2009 à Tizi Ouzou dans le cadre des stipulations de l'article 4 de l'accord franco-algérien. Elle précise que sa situation n'entre pas dans le champ d'application de cet article, la présence hors de France des intéressées constituant un préalable à la procédure. La décision qui vise les textes dont le préfet a fait application et mentionne les faits qui en constituent le fondement, n'est pas stéréotypée et est suffisamment motivée.
4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des motifs de la décision attaquée que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation de M. E avant de prendre la décision litigieuse.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 4 de l'accord franco-algérien : " () Peut être exclu de regroupement familial : () 2 - un membre de la famille séjournant à un autre titre ou irrégulièrement sur le territoire français " et aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, le préfet dispose d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu de rejeter la demande même dans le cas où les membres de la famille au bénéfice desquels il est sollicité séjournent déjà sur le territoire français, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit de mener une vie familiale normale tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. D'une part, pour rejeter la demande de regroupement familial présentée par M. E au bénéfice de son épouse et de sa fille, le préfet de police s'est fondé sur la circonstance non contestée que ces dernières étaient déjà présentes sur le territoire français. Il ressort des pièces du dossier que la demande de regroupement familial a été déposée en février 2020 alors que Mme E et sa fille se maintenaient sur le territoire national depuis leur entrée le 1er juin 2019. Ainsi, le préfet de police a pu, pour ce seul motif, refuser de faire droit à la demande du requérant, sans s'estimer en compétence liée.
8. D'autre part, M. E fait valoir qu'en raison de son âge et de son état de santé, il ne peut plus retourner en Algérie, que son épouse doit rester à ses côtés pour s'occuper de lui et que la situation sanitaire empêche ces dernières de retourner en Algérie. Toutefois, si
M. et E sont mariés depuis 2005, son épouse et leur fille âgée de onze ans vivaient géographiquement séparés jusqu'au 1er juin 2019, date de leurs entrées sur le territoire national. L'unique certificat médical produit qui se prononce sur son besoin d'assistance se borne à préciser que " la présence de sa compagne est souhaitable pour l'assister au quotidien ", élément insuffisant à établir qu'il aurait besoin d'une assistance que seule son épouse pourrait lui apporter. Dans ces conditions et eu égard à ses effets, la décision contestée, ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de M. E au respect de sa vie privée et familiale tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre, pour les mêmes raisons elle n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation.
9. En quatrième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
10. Il est constant que M. E et sa fille de onze ans ont vécu séparé dix ans à la date de la décision attaquée et que la scolarisation en France de la jeune fille est récente. Par suite, la décision de refus, qui n'est pas une décision d'éloignement n'a pas méconnu l'article 3-1 de la convention internationale de NewYork.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. E à fin d'annulation de l'arrêté du préfet de police du 4 septembre 2020 doivent être rejetées, ainsi que ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F E et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 28 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Vidal, présidente,
Mme Edert, première conseillère,
M. Baudat, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2022.
La rapporteure,
S. A
La présidente,
S. Vidal
La greffière,
S. Coulant
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2021074/1-1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026