jeudi 5 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2021218 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | LUCAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 décembre 2020 et 19 juillet 2022, le syndicat national des travailleurs de la recherche scientifique-CGT (SNTRS-CGT) et la fédération de l'enseignement, de la recherche et de la culture-CGT (FERC-CGT), représentés par Me Lucas, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle la ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation a accepté de signer le protocole d'accord du 12 octobre 2020, relatif à l'amélioration des rémunérations et des carrières, en ce qu'il limite la participation au comité de suivi mis en place par l'accord aux seuls syndicats signataires de l'accord et en ce qu'il prive le SNTRS-CGT et la FERC-CGT de participation aux négociations pour une durée de sept ans ;
2°) d'annuler les clauses de l'accord du 12 octobre 2020 qui les excluent des réunions des comités de suivi traitant de sujets entrant dans leur objet statutaire et qui limitent la participation aux seuls syndicats signataires ;
3°) d'enjoindre à l'État de justifier de l'effectivité de l'annulation des clauses de l'accord du 12 octobre 2020, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) d'enjoindre à l'Etat de convoquer la FERC-CGT à participer aux réunions du comité de suivi, dans les mêmes conditions que les syndicats signataires, sous astreinte de 2500 euros par réunion concernée ;
5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils justifient d'un intérêt à agir contre le protocole d'accord ;
- le protocole d'accord leur fait grief dès lors, d'une part, qu'il porte atteinte à leur liberté syndicale en les privant de la possibilité de participer au comité de suivi et, d'autre part, qu'il revêt un caractère règlementaire en prévoyant la création d'un comité de suivi ;
- il porte atteinte à la liberté syndicale en ce qu'il limite la participation au comité de suivi aux seuls syndicats signataires de l'accord ;
- il porte atteinte au principe de loyauté contractuelle et institue une différence de traitement discriminatoire.
Par une intervention, enregistrée le 23 février 2021, l'union fédérale des syndicats de l'État-CGT (UFSE-CGT), représentée par Me Lucas, demande que le tribunal fasse droit aux conclusions de la requête du SNTRS-CGT.
Elle soutient qu'elle justifie d'un intérêt à intervenir et soulève des moyens identiques à ceux exposés dans la requête introduite par le SNTRS-CGT et la FERC-CGT.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mai 2022, la ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- le protocole d'accord et sa décision de le signer constituent de simples déclarations d'intention dépourvues de valeur juridique et de force contraignante ne faisant pas grief aux syndicats requérants ;
- le SNTRS-CGT ne justifie pas d'un intérêt à agir ;
- l'UFSE-CGT ne justifie pas d'un intérêt à intervenir à l'instance ;
- les moyens soulevés par le SNTRS-CGT et la FERC-CGT ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- et les conclusions de M. Abrahami, rapporteur public,
Considérant ce qui suit :
1. Parallèlement aux travaux préparatoires de la loi du 24 décembre 2020 de programmation de la recherche pour les années 2021 à 2030, un processus de concertation portant sur les rémunérations et les carrières des personnels de l'enseignement supérieur et de la recherche a été engagé entre la ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation et les organisations syndicales représentatives des personnels du ministère. Cette concertation a abouti à la signature, le 12 octobre 2020, d'un protocole d'accord relatif à l'amélioration des rémunérations et des carrières par la ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation, d'une part, et le syndicat national des personnels titulaires et contractuels de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur, de la recherche et de la culture (SNPTES), la fédération des syndicats généraux de l'éducation nationale-CFDT (SGEN-CFDT) et l'union nationale des syndicats autonome (UNSA), d'autre part. Par la présente requête, le syndicat national des travailleurs de la recherche scientifique-CGT (SNTRS-CGT) et la fédération de l'enseignement, de la recherche et de la culture-CGT (FERC-CGT) demandent au tribunal, d'une part, d'annuler la décision par laquelle la ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation a accepté de signer ce protocole d'accord et, d'autre part, les clauses du protocole d'accord qui les excluent des réunions du comité de suivi traitant de sujets entrant dans leur objet statutaire et qui limitent la participation au comité de suivi aux seuls syndicats signataires de l'accord.
Sur l'intervention de l'union fédérale des syndicats de l'État-CGT :
2. Il ressort des pièces du dossier, notamment de l'article 2 des statuts de l'union fédérale des syndicats de l'État-CGT que celle-ci " a pour but de coordonner l'étude et la défense des intérêts professionnels économiques et moraux, communs à l'ensemble de ses membres ainsi que la défense et le développement du caractère démocratique des institutions administratives française. Pour cela, elle défend et promeut le statut général des fonctionnaires de l'État et les statuts particuliers " et " assure la représentation des syndicats de la CGT pour les questions touchant à l'ensemble des agents de l'État. () ". Compte tenu des statuts du syndicat, celui-ci justifie d'un d'intérêt lui donnant qualité pour agir à l'encontre de la décision par laquelle la ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation a accepté de signer le protocole d'accord du 12 octobre 2020, relatif à l'amélioration des rémunérations et des carrières ainsi qu'à l'encontre de certaines clauses de l'accord du 12 octobre 2020.
Sur les fins de non-recevoir opposées par la ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation :
En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation des clauses du protocole d'accord :
3. Aux termes du premier alinéa de l'article 8 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Le droit syndical est garanti aux fonctionnaires () ". Aux termes de l'article 8 bis de cette même loi, dans sa rédaction issue de l'article 57 de la loi du 20 avril 2016 relative à la déontologie et aux droits et obligations des fonctionnaires : " I. - Les organisations syndicales de fonctionnaires ont qualité pour participer au niveau national à des négociations relatives à l'évolution des rémunérations et du pouvoir d'achat des agents publics avec les représentants du Gouvernement, les représentants des employeurs publics territoriaux et les représentants des employeurs publics hospitaliers. / II. - Les organisations syndicales de fonctionnaires ont également qualité pour participer, avec les autorités compétentes, à des négociations relatives : 1° Aux conditions et à l'organisation du travail () 2° Au déroulement des carrières et à la promotion professionnelle ; / () III. - Sont appelées à participer aux négociations mentionnées aux I et II les organisations syndicales disposant d'au moins un siège dans les organismes consultatifs au sein desquels s'exerce la participation des fonctionnaires et qui sont déterminées en fonction de l'objet et du niveau de la négociation. () / IV. - Un accord est valide s'il est signé par une ou plusieurs organisations syndicales de fonctionnaires ayant recueilli au moins 50 % des suffrages exprimés en faveur des organisations habilitées à négocier lors des dernières élections professionnelles organisées au niveau auquel l'accord est négocié. ". Ces dispositions impliquent, au titre du droit syndical reconnu par le sixième alinéa du Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, le droit, pour toute organisation syndicale de fonctionnaires représentative au sens du III de cet article 8 bis, de participer à des négociations ouvertes au niveau national sur un objet mentionné au I ou au II du même article, alors même que ces négociations porteraient sur des mesures devant être prises unilatéralement par le pouvoir réglementaire et qu'elles ne se substitueraient pas à la saisine des organismes consultatifs compétents, au sein desquels ces mêmes organisations syndicales sont représentées. Il en va de même pour les négociations engagées postérieurement à la publication de l'ordonnance du 17 février 2021 relative à la négociation et aux accords collectifs dans la fonction publique, en vertu des articles 8 bis et 8 ter de la loi du 13 juillet 1983 que l'ordonnance a respectivement modifié et introduit dans cette loi.
4. Lorsqu'un accord mentionné à l'article 8 bis de la loi du 13 juillet 1983 cité ci-dessus prévoit la création d'un comité de suivi réservé aux organisations syndicales signataires, ni la soumission à ce comité de l'avancement des mesures prévues par l'accord, ni la fonction qui peut lui être confiée de débattre des difficultés rencontrées dans la mise en œuvre de l'accord, ou de proposer des aménagements des mesures prévues par l'accord, ne peuvent être regardées comme ouvrant des négociations au sens du point précédent, y compris si les mesures débattues au sein du comité portent sur un des thèmes mentionnés au I ou au II de l'article 8 bis de la loi du 13 juillet 1983 et, désormais, à son article 8 ter. De tels échanges peuvent donc être régulièrement organisés au sein de ce seul comité de suivi, alors même que, en raison de sa composition limitée aux seuls signataires de l'accord, certains syndicats représentatifs des fonctionnaires concernés ne seraient pas appelés à y participer.
5. En revanche, une négociation ouverte au plan national et portant sur les thèmes mentionnés aux I ou au II de l'article 8 bis de la loi du 13 juillet 1983 cité ci-dessus et, désormais, à son article 8 ter, ne saurait exclure la participation d'un syndicat représentatif des fonctionnaires concernés, même si elle s'inscrit dans la suite d'un accord négocié avec l'ensemble des syndicats représentatifs et qu'elle a pour seul but de déterminer, dans le cadre fixé par celui-ci, certains éléments qu'il n'a pas précisés. Un tel échange ne peut donc, sauf à porter une atteinte manifestement illégale à l'exercice du droit syndical, être organisé au sein d'un comité de suivi institué par cet accord qu'à la condition que, en plus des syndicats membres de ce comité, tout syndicat représentatif des fonctionnaires concernés soit également appelé à y participer.
6. En l'espèce, le protocole d'accord du 12 octobre 2020 relatif à l'amélioration des rémunérations et des carrières contient, d'une part, une série d'engagements tenant notamment à l'harmonisation des régimes des primes des personnels de l'enseignement supérieur de la recherche, à la mise en cohérence des perspectives de carrière des corps et des grades des enseignants-chercheurs et des chercheurs et à la réorganisation des personnels des corps de la filière des ingénieurs et personnels techniques de recherche et de formation et prévoit, d'autre part, la mise en place d'un comité de suivi ouvert aux seuls syndicats signataires, chargé de la mise en œuvre de ces engagements. Ce protocole d'accord, qui s'analyse comme un exposé des engagements arrêtés par la ministre avec les organisations syndicales signataires, constitue une déclaration d'intention dépourvue de valeur juridique et de force contraignante. Il en résulte que les clauses de ce protocole ne font pas grief aux syndicats requérants. Ceux-ci ne sont pas davantage recevables à demander l'annulation des clauses du protocole ayant prévu la mise en place d'un comité de suivi restreint à la seule participation des syndicats signataires de l'accord, dès lors que ces clauses, également dépourvues de force contraignante, ne peuvent avoir pour effet d'exclure des syndicats représentatifs d'une négociation ouverte au plan national prévue à l'article 8 bis de la loi du 13 juillet 1983. Il y a lieu, dès lors, d'accueillir la fin de non-recevoir opposée par la ministre et, par suite, de rejeter les conclusions tendant à l'annulation de ces clauses de l'accord attaqué.
En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation de la décision de la ministre de signer le protocole d'accord :
7. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le protocole d'accord du 12 octobre 2020 est dépourvu de force contraignante. Par suite, la décision par laquelle la ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation a accepté de signer ce protocole ne saurait elle-même lier l'administration quant à la mise en œuvre ultérieure de cet accord, y compris s'agissant des modalités de réunion et des participants conviés au comité de suivi. Il y a lieu, dès lors, d'accueillir la fin de non-recevoir opposée par la ministre et, par suite, de rejeter les conclusions tendant à l'annulation de la décision par laquelle la ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation a accepté de signer le protocole d'accord du 12 octobre 2020.
8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'autre fin de non-recevoir opposée par la ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation, que la requête du SNTRS-CGT et de la FERC-CGT doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : L'intervention de l'union fédérale des syndicats de l'État-CGT est admise.
Article 2 : La requête du syndicat national des travailleurs de la recherche scientifique-CGT et de la fédération de l'enseignement, de la recherche et de la culture-CGT est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié au syndicat national des travailleurs de la recherche scientifique-CGT, à la fédération de l'enseignement, de la recherche et de la culture-CGT, à l'union fédérale des syndicats de l'État-CGT et à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche.
Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Versol, présidente,
M. Pény, premier conseiller,
M. Doan, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 janvier 2023.
Le rapporteur
A. A
La présidente,
F. Versol
Le greffier,
A. Lemieux
La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./6-3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026