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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2021418

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2021418

mercredi 5 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2021418
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre
Avocat requérantARVIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 décembre 2020, Mme B D, représentée par Me Arvis, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision révélée le 26 juin 2020 par laquelle le recteur de l'académie de Paris a octroyé au lycée professionnel Gustave Ferrié à Paris une dotation horaire globale de

786 heures au titre de l'année scolaire 2020-2021 ;

2°) d'annuler la délibération du 26 juin 2020 du conseil d'administration du lycée professionnel Gustave Ferrié portant répartition de la dotation horaire globale pour l'année 2020-2021 ;

3°) d'annuler la décision, révélée par son état de service d'enseignement, par laquelle le proviseur du lycée Gustave Ferrié a fixé à une heure hebdomadaire par classe de terminale son service d'enseignement d'économie-gestion pour l'année scolaire 2020-2021 ;

4°) d'annuler la décision du recteur de l'académie de Paris du 13 juillet 2020 de rejet de sa demande tendant à l'attribution de six heures supplémentaires année, portant à deux heures hebdomadaires son service d'enseignement d'économie-gestion pour l'année scolaire 2020-2021 ;

5°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Paris d'octroyer au lycée professionnel Gustave Ferrié une dotation horaire globale permettant aux élèves de classe de terminale de bénéficier de deux heures supplémentaires de cours hebdomadaire ;

6°) d'enjoindre au conseil d'administration du lycée professionnel Gustave Ferrié de lui attribuer deux heures de cours hebdomadaire ;

8°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions du conseil d'administration et du proviseur du lycée Gustave Ferrié procédant à la répartition de cette dotation horaire et fixant son état de service d'enseignement pour l'année scolaire 2020-2021 ont été prises à l'issue d'une procédure irrégulière faute d'avis de la commission permanente et du conseil pédagogique de l'établissement et faute de saisine régulière du conseil d'administration ;

- la répartition de la dotation horaire, n'attribuant qu'une heure hebdomadaire d'économie-gestion en classe de terminale au lieu de deux heures, a méconnu les dispositions de l'arrêté du 12 juin 2015 modifiant l'arrêté du 10 février 2009 relatif aux enseignements dispensés dans les formations sous statut scolaire préparant au baccalauréat professionnel ;

- ces décisions sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elles méconnaissent le principe d'égalité des citoyens devant les charges publiques ;

- elles portent atteinte au principe d'égalité de traitement des fonctionnaires ;

- la décision de la directrice académique (DASEN) adjointe refusant de lui octroyer des heures supplémentaires est entachée d'incompétence ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions de l'article 30 du décret n° 92-1189 du 6 novembre 1992 relatif au statut particulier des professeurs de lycée professionnel et de l'article 1er du décret n° 50-1253 du 6 octobre 1950 fixant les taux de rémunération des heures supplémentaires d'enseignement effectuées par des personnels enseignants des établissements d'enseignement du second degré.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 septembre 2021, le recteur de l'académie de Paris conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision du recteur académique d'octroi d'une dotation horaire globale au lycée Gustave Ferrié, de la délibération du conseil d'administration du lycée tendant à la répartition de ladite dotation et de l'état de service de Mme D et, à titre subsidiaire, au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la décision du recteur académique d'octroi d'une dotation horaire globale au lycée Gustave Ferrié ne constitue pas une décision faisant grief à l'intéressée ;

- les conclusions à fin d'annulation de la délibération du conseil d'administration du lycée tendant à la répartition de ladite dotation sont mal dirigées ;

- son état de service constitue une mesure d'organisation du service insusceptible de recours ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

En application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées, le 12 septembre 2022, que le tribunal était susceptible de fonder son jugement sur le moyen soulevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision du conseil d'administration du lycée Gustave Ferrié portant répartition de la dotation horaire globale 2020-2021 pour défaut d'intérêt à agir de Mme D.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le décret n° 92-1189 du 6 novembre 1992 relatif au statut particulier des professeurs de lycée professionnel ;

- l'arrêté du 21 novembre 2018 relatif aux enseignements dispensés dans les formations sous statut scolaire préparant au baccalauréat professionnel ;

- l'arrêté du 10 février 2009 relatif aux enseignements dispensés dans les formations sous statut scolaire préparant au baccalauréat professionnel ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de M. Pottier, rapporteur public,

- les observations de Me Arvis représentant Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D demande, par la présente requête, l'annulation de la décision révélée le 26 juin 2020 par laquelle le recteur de l'académie de Paris a octroyé au lycée professionnel Gustave Ferrié à Paris une dotation horaire globale de 786 heures au titre de l'année scolaire 2020-2021, l'annulation de la délibération du 26 juin 2020 du conseil d'administration du lycée professionnel Gustave Ferrié (Paris 10ème) portant répartition de la dotation horaire globale pour l'année 2020-2021 et la décision, révélée par son état de service d'enseignement, par laquelle le proviseur du lycée Gustave Ferrié a fixé à une heure hebdomadaire par classe de terminale son service d'enseignement d'économie-gestion pour l'année scolaire 2020-2021. Mme D demande également l'annulation de la décision du recteur de l'académie de Paris du

13 juillet 2020 de rejet de sa demande tendant à l'attribution de six heures supplémentaires année, portant à deux heures hebdomadaires son service d'enseignement d'économie-gestion pour l'année scolaire 2020-2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision du recteur de l'académie de Paris fixant la dotation horaire globale d'enseignement au titre de l'année scolaire 2020-2021 :

2. Si Mme D soutient que cette décision lui fait grief, elle n'établit toutefois pas que la fixation par le recteur de la dotation horaire globale octroyée au lycée Gustave Ferrié porterait atteinte aux droits et prérogatives qu'elle tient de son statut de professeur certifié. Il s'ensuit que, ainsi que l'oppose l'administration dans sa fin de non-recevoir, l'intéressée n'a pas intérêt à agir contre la décision attaquée. Ses conclusions à fin d'annulation doivent donc être rejetées comme irrecevables.

En ce qui concerne la décision du conseil d'administration du lycée Gustave Ferrié portant répartition de la dotation horaire globale d'enseignement au titre de l'année scolaire 2020-2021 :

3. Aux termes de l'article R. 421-2 du code de l'éducation : " Les collèges, les lycées, les écoles régionales du premier degré et les établissements régionaux d'enseignement adapté disposent, en matière pédagogique et éducative, d'une autonomie qui porte sur : / 1° L'organisation de l'établissement en classes et en groupes d'élèves ainsi que les modalités de répartition des élèves ; / 2° L'emploi des dotations en heures d'enseignement et, dans les lycées, d'accompagnement personnalisé mises à la disposition de l'établissement dans le respect des obligations résultant des horaires réglementaires () ". Aux termes de l'article L. 421-4 du code de l'éducation : " Le conseil d'administration règle par ses délibérations les affaires de l'établissement. / A ce titre, il exerce notamment les attributions suivantes : / 1° Il fixe, dans le respect des dispositions législatives et réglementaires en vigueur et des objectifs définis par les autorités compétentes de l'Etat, les principes de mise en œuvre de l'autonomie pédagogique et éducative dont disposent les établissements et, en particulier, les règles d'organisation de l'établissement () ". Aux termes du décret n° 2014-940 du 20 août 2014 relatif aux obligations de service et aux missions des personnels enseignants : " Dans le cadre de la réglementation applicable à l'ensemble des fonctionnaires en matière de temps de travail et dans celui de leurs statuts particuliers respectifs, les enseignants mentionnés à l'article 1er du présent décret sont tenus d'assurer, sur l'ensemble de l'année scolaire : / I. - Un service d'enseignement dont les maxima hebdomadaires sont les suivants : / () 3° Professeurs certifiés, adjoints d'enseignement et professeurs de lycée professionnel : dix-huit heures () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que le conseil d'administration du lycée Gustave Ferrié, dans sa séance du 3 février 2020, a décidé de la répartition de la dotation horaire globale pour l'année scolaire 2020-2021 en fixant à une heure par semaine pour les classes de terminale le volume d'heures de cours en économie-gestion au lieu de deux heures. Si Mme D soutient que cette décision lui fait grief en rendant plus difficile la conduite de son enseignement avec un volume horaire diminué pour les classes de terminale, elle n'établit toutefois pas que la répartition de la dotation porterait atteinte aux droits et prérogatives qu'elle tient de son statut dès lors qu'elle aboutit à lui octroyer 18 heures de cours hebdomadaire, équivalent au service complet d'un professeur de l'enseignement secondaire. Il s'ensuit que l'intéressée n'a pas intérêt à agir contre la décision attaquée. Ses conclusions à fin d'annulation doivent donc être rejetées comme irrecevables.

En ce qui concerne l'état de service au titre de l'année scolaire 2020-2021 :

5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'état de service au titre de l'année scolaire 2020-2021 signé par le chef d'établissement et Mme D le

25 novembre 2020 mentionne la répartition des heures d'enseignement d'économie-gestion effectuées par l'intéressée, par niveau, en précisant notamment les effectifs par classe et le nombre d'heures hebdomadaires dispensées aux élèves. Si la requérante soutient que cette décision a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, faute d'avis de la commission permanente et du conseil pédagogique de l'établissement et faute de saisine régulière du conseil d'administration, il ne résulte d'aucun texte ni d'aucun principe que ces instances doivent être saisies préalablement à l'édiction de l'état de service d'un enseignant.

6. En deuxième lieu, si Mme D soutient que son état de service révèlerait une décision de diminution du volume horaire d'enseignement d'économie et de gestion dispensé aux classes de terminale au titre de l'année scolaire 2020-2021, elle n'établit pas que cette décision porterait atteinte aux droits et prérogatives qu'elle tient de son statut dès lors que l'emploi du temps qui a été arrêté par le proviseur du lycée Gustave Ferrié aboutit à lui octroyer 18 heures de cours hebdomadaire, équivalent au service complet d'un professeur de l'enseignement secondaire. Par suite, le moyen tiré de ce que l'état de service serait entaché d'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

7. En troisième lieu, si l'intéressée soutient que la décision attaquée porte atteinte au principe d'égalité de traitement des fonctionnaires dès lors qu'elle serait la seule enseignante de son lycée à subir une baisse de ses heures d'enseignement, elle ne l'établit pas alors qu'au demeurant l'état de service litigieux mentionne une durée hebdomadaire d'enseignement de 18h correspondant au service complet d'un professeur de l'enseignement secondaire. Par suite, le moyen doit être écarté

8. En dernier lieu, Mme D, en sa qualité d'enseignante, ne peut utilement soutenir que la décision attaquée méconnaît le principe d'égalité des usagers et des élèves devant le service public. Par suite, le moyen est inopérant et doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevées en défense, que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de cette décision.

En ce qui concerne la décision de rejet de sa demande d'octroi d'heures supplémentaires :

10. En premier lieu, par un arrêté n° 2020-101 du 12 février 2020, le recteur de la région académique d'Ile de France a donné délégation à Mme A E, directrice académique des services de l'Education nationale adjointe de l'académie de Paris, pour signer tous les actes relevant de la gestion des lycées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence dont serait entaché la décision attaquée manque en fait et doit, dès lors, doit être écarté.

11. En deuxième lieu, la décision attaquée par laquelle la directrice académique des services de l'Education nationale adjointe a refusé d'autoriser Mme D à réaliser des heures supplémentaires annuelles (HSA) au titre de l'année 2020-2021 n'est pas au nombre des décisions qui doivent être motivées en application des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen est par suite inopérant et doit être écarté.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article 4 du décret n° 2014-940 du 20 août 2014 relatif aux obligations de service et aux missions des personnels enseignants : " () III. - Dans l'intérêt du service, les enseignants mentionnés aux 1°, 2°, 3° et 4° du I de l'article 2 du présent décret peuvent être tenus d'effectuer, sauf empêchement pour raison de santé, deux heures supplémentaires hebdomadaires en sus de leur maximum de service. ".

13. Mme D soutient que la décision refusant de lui octroyer 6 heures supplémentaires hebdomadaires d'enseignement d'économie gestion durant la totalité de l'année scolaire 2020-2021 afin de permettre aux élèves des classes de terminale de bénéficier de deux heures d'enseignement hebdomadaire dans cette matière est entachée d'illégalité et d'erreur manifeste d'appréciation. Toutefois, en application des dispositions réglementaires précitées, l'octroi d'heures supplémentaires ne constitue pas un droit pour l'enseignant et cette décision relève de l'administration, dans l'intérêt du service. Par suite, le moyen doit être écarté.

14. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

15. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation des décisions attaquées, n'implique aucune mesure d'injonction. Par suite, ces conclusions doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

16. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme que Mme D demande au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par conséquent, ces conclusions doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et au recteur de l'académie de Paris.

Délibéré après l'audience du 21 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Perfettini, présidente,

Mme Merino, première conseillère,

M. Guiader, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2022.

Le rapporteur,

V. C

La présidente,

D. PERFETTINI

La greffière,

S. CAILLIEU-HELAIEM

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2021418/1-3

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