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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2021930

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2021930

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2021930
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 1re Chambre - R.222.13
Avocat requérantPOTTERIE

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 2010-888 du 28 juillet ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :

- les conclusions de Mme Lambrecq, rapporteure publique,

- et les observations de Me Potterie, représentant Mme C, et de Mme D pour l'Agence de l'enseignement français à l'étranger.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, inspectrice des finances, a été détachée de son administration d'origine et recrutée par contrat à l'AEFE pour une durée de trois ans sur le poste de chargée de projet au sein du pôle études et développement du service des systèmes d'information à compter du 1er septembre 2018. Par la présente requête, elle demande au tribunal l'annulation de son compte-rendu annuel d'entretien professionnel, qui s'est tenu le 26 juin 2020 pour la période 2019-2020 et de la décision du 10 octobre 2020 par laquelle le secrétaire général de l'AEFE a refusé de procéder à la révision de ce compte-rendu.

Sur la recevabilité :

2. Le CREP tel qu'il a été signé le 19 octobre 2020 par Mme C avant d'être transmis à l'autorité hiérarchique est un acte préparatoire insusceptible de recours Dès lors, les conclusions dirigées contre celui-ci ne peuvent qu'être rejetées comme irrecevables. En outre, la décision du 10 octobre 2020, par laquelle le secrétaire général de l'AEFE a refusé de procéder à la révision de l'évaluation faite par le supérieur hiérarchique direct de Mme C revêt également un caractère préparatoire. Par suite, les conclusions dirigées contre cette décision sont irrecevables.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article 27 du décret du 16 septembre 1985 relatif au régime particulier de certaines positions des fonctionnaires de l'Etat, à la mise à disposition, à l'intégration et à la cessation définitive de fonctions : " Le fonctionnaire bénéficiant d'un détachement de longue durée est évalué dans les conditions prévues à l'article 55 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée et bénéficie d'un entretien professionnel conduit par le supérieur hiérarchique direct dont il dépend dans son organisme d'accueil. Le cas échéant, il est noté par le chef de service auprès duquel il sert dans l'administration ou l'organisme d'accueil. Le compte rendu de l'entretien professionnel ou, le cas échéant, la fiche de notation est transmis à l'administration d'origine ". L'article 55 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat dispose, dans sa version applicable au présent litige : " Par dérogation à l'article 17 du titre Ier du statut général, l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires se fonde sur un entretien professionnel annuel conduit par le supérieur hiérarchique direct () Un décret en Conseil d'Etat fixe les modalités d'application du présent article ". Pour l'application de ces dispositions, le décret du 28 juillet 2010 prévoit à son article 2 que " Le fonctionnaire bénéficie chaque année d'un entretien professionnel qui donne lieu à compte rendu. / Cet entretien est conduit par le supérieur hiérarchique direct. / La date de cet entretien est fixée par le supérieur hiérarchique direct et communiquée au fonctionnaire au moins huit jours à l'avance ". L'article 4 du même décret dispose : " Le compte rendu de l'entretien professionnel est établi et signé par le supérieur hiérarchique direct du fonctionnaire. Il comporte une appréciation générale exprimant la valeur professionnelle de ce dernier. / Il est communiqué au fonctionnaire qui le complète, le cas échéant, de ses observations. / Il est visé par l'autorité hiérarchique qui peut formuler, si elle l'estime utile, ses propres observations. / Le compte rendu est notifié au fonctionnaire qui le signe pour attester qu'il en a pris connaissance puis le retourne à l'autorité hiérarchique qui le verse à son dossier ".

4. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que lorsqu'un fonctionnaire d'Etat est détaché auprès d'une autre personne publique, celle-ci est seule compétente pour l'évaluer, dans le respect des procédures prévues par le décret du 28 juillet 2010. Il appartient alors à l'administration d'accueil de transmettre le CREP, tel qu'il a été établi, à l'administration d'origine de ce fonctionnaire.

5. En l'espèce, Mme C soutient que le secrétaire général de l'AEFE, autorité hiérarchique, n'a pas visé son compte-rendu d'entretien professionnel. La requérante produit une version du CREP signée par elle le 19 octobre 2019 et sur laquelle elle a présenté ses observations. Elle affirme dans ses écritures qu'elle a ensuite transmis ce document à l'AEFE afin que l'autorité hiérarchique puisse le viser, mais que le CREP comportant ce visa ne lui a jamais été notifié. L'administration produit une deuxième version de ce CREP, visée par le secrétaire général et soutient que ce moyen manque en fait. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que cette seconde version ne comporte ni les observations de l'agent, ni sa signature. La circonstance que le CREP transmis par l'AEFE à la DGFIP, comporte le visa de l'autorité hiérarchique est sans incidence dès lors que ce compte-rendu n'est pas absolument fidèle à celui sur lequel la requérante a présenté ses observations le 19 octobre 2019 et méconnaît donc l'article 27 du décret du 16 septembre 1985. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens invoqués, le CREP 2019-2020 de Mme C doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

7. En raison du motif qui la fonde, l'annulation du compte-rendu d'entretien professionnel de Mme C au titre de l'année 2019-2020, implique nécessairement, qu'il soit enjoint d'office à l'AEFE de procéder, dans le délai de deux mois, à la convocation de l'intéressée en vue d'un nouvel entretien professionnel au titre de 2019-2020, d'établir un nouveau CREP en respectant la procédure applicable et de communiquer une version absolument fidèle de celui-ci à la DGFIP.

Sur les frais liés à l'instance :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'AEFE la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Le compte-rendu d'entretien professionnel 2019-2020 de Mme C est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger de procéder à sa convocation en vue d'un nouvel entretien professionnel au titre de 2019-2020, d'établir un nouveau compte-rendu d'entretien professionnel dans le respect de la procédure applicable et de communiquer une version absolument fidèle de celui-ci à la DGFIP.

Article 3 : L'Agence pour l'enseignement français à l'étranger versera à Mme C une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et à l'Agence pour l'enseignement du français à l'étranger.

Copie en sera adressée au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

La magistrate désignée,

L. ALa greffière,

V. Lagrède

La République mande et ordonne au ministre de l'Europe et des affaires étrangères, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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