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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2022171

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2022171

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2022171
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5e Section - 1re Chambre
Avocat requérantNOMBRET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 28 décembre 2020 et le 26 août 2021, M. C A, représenté par Me Nombret, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 29 octobre 2020 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de rétablir ses conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation de demandeur d'asile, et ce dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII le versement de la somme de 1 500 euros à

Me Nombret, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'a pas été procédé à un examen de sa vulnérabilité ;

- la procédure contradictoire n'a pas été respectée, en méconnaissance des dispositions de l'article D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il n'est pas établi qu'il aurait manqué de se rendre à une ou plusieurs convocations des autorités chargées de l'asile.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 13 août 2021 et le 6 septembre 2021, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 16 septembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 8 octobre 2021, à 12h00.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal de grande instance de Paris du 12 avril 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les conclusions de M. Schaeffer, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan né le 13 décembre 1991, a sollicité le bénéfice de l'asile le 12 juin 2020 et a accepté, le 15 juin 2020, les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Par un arrêté du 3 août 2020, le préfet de police a ordonné le transfert de M. A vers les autorités allemandes. M. A a contesté cet arrêté devant le tribunal administratif de Paris, qui a rejeté sa requête par un jugement du 11 septembre 2020. Par une décision du 29 octobre 2020, l'OFII a décidé de suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil du requérant. M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Le requérant ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 avril 2021, ses conclusions tendant à ce qu'il soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a dès lors plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction résultant de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil () est subordonné à l'acceptation par le demandeur d'asile de l'hébergement proposé, déterminé en tenant compte de ses besoins, de sa situation au regard de l'évaluation prévue à l'article L. 744-6 et des capacités d'hébergement disponibles. / () Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, des conséquences de l'acceptation ou du refus de l'hébergement proposé. () ". Et aux termes de l'article D. 744-39 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'offre de prise en charge faite au demandeur d'asile en application de l'article L. 744-1 fait mention de la possibilité pour le demandeur d'asile de se voir refuser, retirer ou suspendre le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile dans les conditions prévues par la présente sous-section. ". L'OFII, après examen de sa situation particulière et par une décision motivée, et après avoir mis, sauf impossibilité, l'intéressé en mesure de présenter ses observations, peut suspendre le bénéfice de ces conditions lorsque le demandeur a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes.

5. La décision attaquée vise les dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable selon lesquelles le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être suspendu notamment si, sans motif légitime, le demandeur d'asile ne respecte pas l'obligation de se présenter aux autorités. Cette décision précise également que l'évaluation de la situation personnelle et familiale de M. A ne fait pas apparaître de facteur particulier de vulnérabilité au sens de l'article L. 744-6 du même code. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée doit, par conséquent, être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile () ".

7. Il résulte des dispositions précitées que tout demandeur d'asile doit bénéficier d'un entretien personnel, destiné à évaluer sa vulnérabilité, lors de la présentation de sa première demande d'asile. En revanche, ces dispositions n'imposent pas qu'un tel entretien soit à nouveau mené, préalablement à la décision de suspension des conditions matérielles d'accueil. Par suite, M. A ne peut utilement se prévaloir de l'absence d'entretien destiné à évaluer sa vulnérabilité avant que l'OFII ne prenne la décision attaquée. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que l'Office a procédé à un examen de la situation de M. A, et notamment de sa vulnérabilité, avant de décider de suspendre ses conditions matérielles d'accueil.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article D. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature. ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est vu notifier, le 14 octobre 2020, un courrier avec accusé de réception l'informant de l'intention de l'OFII de suspendre le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil et lui indiquant qu'il disposait d'un délai de quinze jours pour présenter d'éventuelles observations, ce que l'intéressé n'a pas fait. Par suite, le moyen tiré du défaut de contradictoire doit être écarté.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile () ". Lors d'une demande de rétablissement, il appartient à l'OFII de statuer en appréciant la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

11. Pour suspendre les conditions matérielles d'accueil du requérant, l'OFII s'est fondé sur la circonstance qu'il ne s'était pas présenté à deux convocations du préfet de police, les 31 août 2020 et 7 septembre 2020. Si M. A soutient que le recours introduit contre l'arrêté de transfert du 3 août 2020 a eu pour effet de suspendre l'exécution de cet acte jusqu'au 11 septembre 2020, date à laquelle le recours a été rejeté par le tribunal, cette circonstance ne faisait toutefois pas obstacle à ce qu'il soit convoqué à la préfecture de police, notamment pour des raisons administratives, ainsi qu'il résulte des dispositions précitées de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En l'espèce, en se bornant à soutenir qu'il ne s'est pas soustrait de manière intentionnelle et systématique aux convocations auxquelles il a fait l'objet, M. A n'apporte aucune précision utile expliquant son absence auxdites convocations. Dans ces conditions, l'OFII a pu, à bon droit et sans entacher sa décision d'erreur d'appréciation, prononcer la suspension des conditions matérielles d'accueil de M. A.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de l'OFII du 29 octobre 2020. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent également être rejetées, ainsi que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Duchon-Doris, président,

Mme Lambrecq, première conseillère

Mme Kanté, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

La rapporteure,

C. B

La présidente,

C. RiouLa greffière,

V. Lagrède

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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