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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2100118

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2100118

vendredi 2 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2100118
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4e Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET LETANG AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoire enregistrés les 5 janvier et 15 mars 2021 et le 3 mars 2022, la société civile immobilière (SCI) du 61 boulevard Vaugirard, représentée par Me Encinas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 août 2020 par lequel la maire de Paris a refusé de lui accorder un permis de construire autorisant des démolitions et la construction de surface de plancher à destination de bureaux et d'habitation et la modification d'aspect extérieur d'une construction existante à R + 4 sur 1 niveau de sous-sol au 61 boulevard de Vaugirard à Paris (75015), ainsi que la décision implicite de rejet du recours gracieux formé le 14 octobre 2020 ;

2°) d'enjoindre à la Ville de Paris de réexaminer sa demande de permis de construire dans un délai de deux mois à compter du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de la Ville de Paris la somme de 3 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le tribunal est territorialement compétent pour connaître du litige ;

- la requête, qui n'est pas tardive, est recevable ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît l'article UG 11 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris ;

- l'avis de la commission du vieux Paris rendu le 4 mars 2021 est postérieur à l'arrêté attaqué ; il ne peut donc utilement être invoqué pour contester sa légalité ;

- cet avis ne lie, en tout état de cause, pas la maire de Paris ;

- l'avis du maire du 15ème arrondissement ne lie pas la maire de Paris ;

- cet avis est entaché d'une erreur d'appréciation ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

Par un mémoire en défense enregistré le 3 février 2022, la Ville de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par un courrier du 21 octobre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité du moyen relatif à l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué, qui procède d'une cause juridique non ouverte dans le délai de recours contentieux.

La SCI du 61 boulevard Vaugirard a présenté ses observations sur le moyen d'ordre public par un mémoire, enregistré le 27 octobre 2022, qui a été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le règlement du plan local d'urbanisme de Paris ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Grandillon, premier conseiller ;

- les conclusions de Mme de Schotten, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Encinas, avocat de la société requérante.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI du 61 boulevard Vaugirard a déposé, le 21 octobre 2019, une demande de permis de construire impliquant des démolitions pour la construction de surface de plancher à destination de bureaux et d'habitation et la modification d'aspect extérieur d'une construction existante à R + 4 sur 1 niveau de sous-sol. Cette demande a été rejetée par un arrêté du 14 août 2020 pour deux motifs tirés, d'une part, du fait que les travaux de démolition envisagés sont de nature à compromettre la protection et la mise en valeur du patrimoine bâti et ne sont pas conformes à l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme que, d'autre part, le projet méconnaît l'article UG 11 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris. La société requérante demande l'annulation de cet arrêté en tant qu'il refuse la démolition de deux immeubles nécessaires à la réalisation du projet et en tant qu'il rejette sa demande d'autorisation de construire, ainsi que de la décision implicite de rejet de son recours gracieux formé le 12 octobre 2020.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le refus de l'autorisation de démolir :

2. Aux termes de l'article L. 451-1 du code de l'urbanisme : " Lorsque la démolition est nécessaire à une opération de construction ou d'aménagement, la demande de permis de construire ou d'aménager peut porter à la fois sur la démolition et sur la construction ou l'aménagement. Dans ce cas, le permis de construire ou le permis d'aménager autorise la démolition ". En vertu de l'article R. 431-21 du même code : " Lorsque les travaux projetés nécessitent la démolition de bâtiments soumis au régime du permis de démolir, la demande de permis de construire ou d'aménager doit : / () / b) () porter à la fois sur la démolition et sur la construction ou l'aménagement ". Selon l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme : " () / Le permis de démolir peut-être refusé ou n'être accordé que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les travaux envisagés sont de nature à compromettre la protection ou la mise en valeur du patrimoine bâti ou non bâti, du patrimoine archéologique, des quartiers, des monuments et des sites ".

3. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la demande de permis de construire, que le projet de construction implique la destruction de trois bâtiments de R + 1 à R + 2 situés à l'avant de la parcelle et donnant sur le boulevard de Vaugirard. Il est constant que deux de ces bâtiments, accolés respectivement au mur pignon des numéros 59 et 63 de la voie, ont été édifiés au milieu du 19ème siècle et ne font l'objet d'aucune protection particulière. Par ailleurs, si la Ville de Paris soutient, dans son mémoire en défense, que ces bâtiments constituent, compte tenu de leur physionomie extérieure, l'un des derniers témoignages de l'habitat de faubourg dans le quartier de Montparnasse, elle ne l'établit pas, en se bornant à reprendre l'avis de la commission du Vieux Paris, qui ne précise pas le nombre de bâtiment de ce type toujours présents dans ce quartier. Dans ces conditions, c'est à tort que la Ville de Paris a estimé que les travaux de démolition envisagés méconnaissaient l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme.

En ce qui concerne le refus de l'autorisation de construire :

4. Aux termes de l'article UG 11.1 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris de Paris : " Les interventions sur les bâtiments existants comme sur les bâtiments à construire, permettant d'exprimer une création architecturale, peuvent être autorisées. / L'autorisation de travaux peut être refusée ou n'être accordée que sous réserve de prescriptions si la construction, l'installation ou l'ouvrage, par sa situation, son volume, son aspect, son rythme ou sa coloration, est de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. / () ". En vertu de l'article UG 11.1.3 du même règlement : " Les constructions nouvelles doivent s'intégrer au tissu existant, en prenant en compte les particularités morphologiques et typologiques des quartiers (rythmes verticaux, largeurs des parcelles en façade sur voies, reliefs) ainsi que celles des façades existantes (rythmes, échelles, ornementations, matériaux, couleurs) et des couvertures (toitures, terrasses, retraits). / L'objectif recherché ci-dessus ne doit pas pour autant aboutir à un mimétisme architectural pouvant être qualifié esthétiquement de pastiche. Ainsi l'architecture contemporaine peut prendre place dans l'histoire de l'architecture parisienne. / () ".

5. Il ressort des pièces du dossier, dont la notice architecturale, que le bâtiment projeté présente un volume comparable aux bâtiments situés sur le même trottoir de la voie, qui sont en général entre R + 6 et R + 8 et datent du début du 20ème siècle. En outre, le rez-de-chaussée et l'entresol de l'immeuble projeté ont volontairement été allégés avec de larges ouvertures pour préserver la vue sur le cœur de la parcelle. S'il présente une allure contemporaine, notamment au regard de l'importance des surfaces vitrées qui le compose et de la présence de menuiseries industrialisées, il ressort toutefois de la notice précitée et du document PC 6 relatif à l'insertion du projet dans son environnement que le bâtiment projeté s'inscrit dans une démarche haussmannienne, par sa typologie, sa trame et son rythme. Dans ces conditions, et en dépit de la dissymétrie du dernier étage du bâtiment, c'est à tort que la Ville de Paris a estimé que le projet de construction envisagé méconnaissait l'article UG 11.1 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris.

6. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est de nature à justifier l'annulation de l'arrêté attaqué.

7. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 14 août 2020 par lequel la maire de Paris a rejeté la demande de permis de construire autorisant des démolitions de la SCI du 61 boulevard de Vaugirard doit être annulée, ainsi que de la décision implicite de rejet de son recours gracieux formé le 12 octobre 2020.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Dans les circonstances de l'espèce, la SCI 61 du boulevard de Vaugirard se bornant à demander à ce que sa demande de permis de construire autorisant des démolitions soit réexaminer par la maire de Paris, il y a lieu d'enjoindre à cette dernière de réexaminer cette demande, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la Ville de Paris le versement à la SCI du 61 boulevard de Vaugirard de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 14 août 2020 par lequel la maire de Paris a rejeté la demande de permis de construire autorisant des démolitions de la SCI du 61 boulevard de Vaugirard est annulée, ainsi que de la décision implicite de rejet du recours gracieux formé le 12 octobre 2020.

Article 2 : Il est enjoint à la maire de Paris de réexaminer la demande de permis de construire et d'autorisation de démolitions de la SCI du 61 boulevard de Vaugirard dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La Ville de Paris versera la somme de 1 500 euros à la SCI du 61 boulevard de Vaugirard sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière du 61 boulevard Vaugirard et à la Ville de Paris.

Délibéré après l'audience du 18 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Simonnot, président,

Mme Voillemot, première conseillère,

M. Grandillon, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2022.

Le rapporteur,

J. GRANDILLON

Le président,

J-F. SIMONNOT

La greffière,

S. RAHMOUNI

La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne, ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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