jeudi 7 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2100132 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | ATHON-PEREZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 janvier 2021 et 12 mai 2022, Mme B C, représentée par Me Athon-Perez, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser les sommes de 9 156,89 euros, au titre de son préjudice financier, correspondant au montant des cotisations sociales dues au régime général de la sécurité sociale et à l'IRCANTEC, dont elle devra s'acquitter, et de 1 034,73 euros par an, au titre de la perte de pension entre la date de son départ à la retraite et le paiement des cotisations permettant la régularisation de sa situation, ou, à titre subsidiaire, à lui verser la somme de 19 659,87 euros au titre de son préjudice financier, correspondant à la perte de pension de retraite ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 5 000 euros au titre de son préjudice moral ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser les intérêts de droit à compter de la réclamation préalable, ainsi que leur capitalisation ;
4°) d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice, de déclarer son activité de traductrice auprès de l'IRCANTEC, à compter de 1994, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le ministère de la justice a commis une faute en s'abstenant d'assurer son immatriculation auprès de l'IRCANTEC pour ses activités réalisées de 2000 à 2015, dès lors qu'en application des articles L. 311-2 et L. 311-3 du code de la sécurité sociale et du décret n° 2000-35 du 17 janvier 2000 portant rattachement de certaines activités au régime général, elle relevait du régime général de la sécurité sociale et du régime de retraite complémentaire des agents public non titulaires de l'Etat ;
- sa créance n'est pas prescrite en application de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 ;
- elle a subi un préjudice financier correspondant aux cotisations qu'elle devra verser elle-même auprès de l'IRCANTEC pour pallier la carence de son employeur, estimé par l'IRCANTEC à 9 156,89 euros, ainsi qu'un préjudice correspondant à la minoration de sa pension pour la période allant de la date de son départ à la retraite à celle du versement effectif du versement des cotisations arriérées, pour une somme de 1 034,73 euros ;
- à titre subsidiaire, si elle ne pouvait elle-même s'acquitter du paiement de ces cotisations, son préjudice s'élèverait à 19 659,87 euros, en tenant compte du manque à gagner sur sa pension de retraite et d'une espérance de vie de 85,6 ans ;
- elle a subi un préjudice moral tiré de la faute du ministère et de son absence de réaction à ses relances, qui s'élève à 5 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 avril 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de procédure pénale ;
- le décret n° 70-1277 du 23 décembre 1970 ;
- le décret n°2000-35 du 17 janvier 2000 portant rattachement de certaines activités au régime général ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Doan,
- les conclusions de M. Abrahami, rapporteur public,
- et les observations de Me Lachaux, représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B D, traductrice travaillant pour le ministère de la justice depuis 1994, a bénéficié, à compter du 1er janvier 2016, du versement par le ministère de la justice des cotisations sociales afférentes aux rémunérations versées au titre de ses missions pour l'Etat. Par un courrier du 9 septembre 2020, Mme D a formé une demande indemnitaire préalable auprès du ministère de la justice, en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi en l'absence de versement des cotisations en cause de 1994 à 2015. Une décision implicite de rejet est née le 10 septembre 2020 du silence gardé par le garde des sceaux, ministre de la justice.
Sur la responsabilité de l'Etat :
2. Aux termes de l'article L. 311-2 du code de la sécurité sociale : " Sont affiliées obligatoirement aux assurances sociales du régime général, quel que soit leur âge et même si elles sont titulaires d'une pension, toutes les personnes quelle que soit leur nationalité, de l'un ou de l'autre sexe, salariées ou travaillant à quelque titre ou en quelque lieu que ce soit, pour un ou plusieurs employeurs et quels que soient le montant et la nature de leur rémunération, la forme, la nature ou la validité de leur contrat. " Aux termes de l'article L. 311-3 du code de la sécurité sociale : " Sont notamment compris parmi les personnes auxquelles s'impose l'obligation prévue à l'article L. 311-2, même s'ils ne sont pas occupés dans l'établissement de l'employeur ou du chef d'entreprise, même s'ils possèdent tout ou partie de l'outillage nécessaire à leur travail et même s'ils sont rétribués en totalité ou en partie à l'aide de pourboires : () / 21° Les personnes qui contribuent à l'exécution d'une mission de service public à caractère administratif pour le compte d'une personne publique ou privée, lorsque cette activité revêt un caractère occasionnel, à l'exception des experts requis, commis ou désignés par les juridictions de l'ordre judiciaire ou par les personnes agissant sous leur contrôle afin d'accomplir une mission d'expertise indépendante et qui sont affiliés à un régime de travailleurs non-salariés. " Aux termes de l'article 1er du décret n° 2000-35 du 17 janvier 2000 portant rattachement de certaines activités au régime général, applicable aux faits en litige : " Pour l'application du 21° des dispositions de l'article L. 311-3 du code de la sécurité sociale, les activités mentionnées audit 21° sont celles effectuées par les personnes suivantes : / 1° Les personnes mentionnées au 3° et au 6° de l'article R. 92 du code de procédure pénale () ". Aux termes de l'article R. 92 du code de procédure pénale : " Les frais de justice criminelle, correctionnelle et de police sont : () / 3° Les honoraires, émoluments et indemnités qui peuvent être accordés aux personnes ci-après : () f) Interprètes traducteurs ". L'article R. 312-4 du code de la sécurité sociale, alors en vigueur, dispose enfin que : " L'immatriculation au régime général s'effectue obligatoirement () à la diligence de l'employeur, dans le délai de huitaine qui suit l'embauchage de toute personne non encore immatriculée et remplissant les conditions prévues aux articles L. 311-2 et suivants. ". Enfin, aux termes de l'article 3 du décret du 23 décembre 1970 portant création d'un régime de retraites complémentaire des assurances sociales en faveur des agents non titulaires de l'Etat et des collectivités publiques : " Le régime complémentaire géré par l'I.R.C.A.N.T.E.C. s'applique à titre obligatoire : / a) Aux administrations, services et établissements publics de l'Etat () ".
3. Il résulte de ces dispositions que les interprètes traducteurs font partie des personnes contribuant à l'exécution d'une mission de service public à caractère administratif pour le compte d'une personne publique, affiliées obligatoirement aux assurances sociales du régime général. Pour présenter un caractère occasionnel au sens de ces dispositions législatives et réglementaires, l'activité en cause doit être exercée de façon discontinue, ponctuelle, irrégulière ou accessoire.
4. Mme C, qui exerçait une activité d'interprète traductrice depuis 1994 pour le compte du ministère de la justice, et établit, par les justificatifs de versement des montants de ses missions d'interprétariat au titre des années 2000, 2001, 2003, 2004 et 2005 et les avis d'impôt des années 2006 à 2015 qu'elle produit, que cette activité, au regard du montant annuel des revenus qu'elle lui procurait, constituait une activité accessoire. Elle relevait, par suite, du régime général de la sécurité sociale et du régime de retraite complémentaire des agents publics non titulaires de l'Etat, auxquels l'administration devait l'immatriculer. Il est constant qu'avant 2016, le ministère de la justice n'a pas procédé à son immatriculation à ces régimes. Par suite, Mme C est fondée à soutenir que le ministère de la justice a commis une faute de nature à engager sa responsabilité à son égard en ne l'affiliant pas au régime général et au régime complémentaire obligatoire de 2000 à 2015.
Sur les préjudices :
5. En premier lieu, aux termes de l'article R. 351-11 du code de la sécurité sociale : " () Le versement de cotisations est effectué par l'employeur. Toutefois, en cas de disparition de l'employeur ou lorsque celui-ci refuse d'effectuer le versement, l'assuré est admis à procéder lui-même au versement. "
6. Il résulte de l'instruction que, du fait de l'absence d'affiliation par l'Etat de Mme C au régime général et au régime complémentaire obligatoire de 2000 à 2015, l'intéressée devra s'acquitter du montant des cotisations patronales et salariales prévues à l'article R. 351-11 du code de la sécurité sociale afin de percevoir une pension de retraite complète. Il résulte des calculs établis par l'IRCANTEC, produits à l'appui des conclusions indemnitaires et auxquels l'administration n'oppose aucun élément sérieux de nature à les infirmer, que Mme C aurait à verser, à titre de régularisation et afin de recevoir une pension complète, une somme de 9 156,89 euros correspondant exactement à la somme des cotisations d'assurance vieillesse non versées par le ministère de la justice. Ce préjudice, qui est en lien direct avec la carence fautive de l'Etat, présente un caractère certain. Il y a lieu, dès lors, de condamner l'Etat à verser à Mme C la somme de 9 156,89 euros en réparation du préjudice subi.
7. En deuxième lieu, Mme C soutient que la faute de l'administration a eu pour conséquence la perception, depuis son départ à la retraite, de pensions de retraite d'un montant moindre par rapport au montant qu'elle aurait pu percevoir si les cotisations litigieuses avaient été versées par son employeur. Il ne résulte pas de l'instruction qu'à la suite du versement des cotisations manquantes qui sera réalisé par Mme C, l'IRCANTEC ne pourra pas recalculer le montant de sa pension et régulariser rétroactivement les sommes qui sont dues à l'intéressée entre son départ à la retraite et la date de ce nouveau calcul. Toutefois, dans l'hypothèse contraire, il y a lieu de réserver la somme issue du différentiel entre le montant de la pension que Mme C a effectivement perçu sur cette période et celui auquel elle aurait pu prétendre en l'absence de faute de l'administration, la requérante pouvant demander à l'Etat de l'indemniser si l'IRCANTEC n'était pas en mesure de lui verser cette somme rétroactivement.
8. En troisième lieu, Mme C soutient qu'elle a subi un préjudice moral, au motif qu'elle a découvert tardivement la faute de l'administration et que le ministère n'a pas répondu à ses relances. Toutefois, elle n'établit pas, par ces seuls éléments, l'existence d'un préjudice distinct du préjudice financier reconnu au point 7. Par suite, il n'y a pas lieu de faire droit à sa demande à ce titre
Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :
9. Mme C a droit aux intérêts au taux légal correspondant à la somme mentionnée au point 6 à compter du 10 septembre 2020, date de réception de sa demande indemnitaire préalable.
10. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond. En ce cas, cette demande prend effet à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 6 janvier 2021, date d'enregistrement de la requête de Mme C. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 6 janvier 2022, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
11. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice, de déclarer les activités de Mme C comme traductrice interprète, de 2000 à 2015, auprès de l'IRCANTEC, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme C une somme de 9 156,89 euros au titre de son préjudice financier pour la période du 1er janvier 2000 au 31 décembre 2015. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 10 septembre 2020. Les intérêts seront capitalisés au 6 janvier 2022 ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Article 2 : Il est enjoint au garde des sceaux, ministre de la justice de procéder à la déclaration des activités de Mme C comme traductrice interprète, de 2000 à 2015, auprès de l'IRCANTEC, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Il est mis à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Versol, présidente,
M. Pény, premier conseiller,
M. Doan, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.
Le rapporteur,
R. Doan
La présidente,
F. Versol Le greffier,
A. Lemieux
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/6-3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026