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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2100427

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2100427

vendredi 27 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2100427
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4e Section - 3e Chambre
Avocat requérantLANTHEAUME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 8 janvier 2021 et le 22 septembre 2022, M. B C, représenté par Me Lantheaume, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler le refus implicite du préfet de la Seine-Saint-Denis d'abroger l'arrêté du 30 janvier 2018 portant obligation de quitter le territoire français et lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) d'annuler le refus implicite de sa demande d'assignation à résidence ;

4°) d'enjoindre à l'autorité compétente de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

5°) d'enjoindre à l'autorité compétente de l'assigner à résidence, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

6°) à titre subsidiaire, d'enjoindre le réexamen de sa demande d'assignation à résidence et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

7°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision implicite refusant l'abrogation de l'obligation de quitter le territoire français et celle refusant d'abroger l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ne sont pas motivées et n'ont pas fait l'objet d'un examen de sa situation personnelle ;

- les décisions attaquées méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les décisions attaquées méconnaissent le 1 de l'article 3 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant ;

- la décision de refus d'assignation à résidence n'est pas motivée et n'a pas été précédée d'un examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 septembre 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis, conclut au rejet de la requête.

Le préfet de police fait valoir que la requête est tardive et doit être rejetée comme irrecevable.

Les parties ont été informées par un courrier du 20 décembre 2022, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions présentées par M. C tendant à l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé d'abroger la décision du 30 janvier 2018 portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, dès lors qu'un étranger n'est pas recevable à demander l'annulation de la décision refusant d'abroger une interdiction de retour sur le territoire français s'il ne justifie pas résider hors de France à la date où il saisit le juge administratif.

Par un courrier enregistré le 23 décembre 2022, M. C a répondu au moyen d'ordre public.

Par décision du 28 avril 2021, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé l'aide juridictionnelle totale à M. C.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme D.

1. M. C, de nationalité algérienne, né le 8 juillet 1977, demande l'annulation du refus implicite d'abrogation de l'arrêté du 30 janvier 2018 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français et lui a fait interdiction d'y retourner pendant une durée de deux ans et du rejet implicite de sa demande d'assignation à résidence.

Sur les conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. "

3. Par une décision du 28 avril 2021, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Sa demande tendant à être admis provisoirement au bénéfice de cette aide est par conséquent devenue sans objet. Par suite, il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Seine-Saint-Denis :

4. La demande d'abrogation de l'arrêté du 30 janvier 2018 présentée par M. C le 6 octobre 2020 ne constitue pas, contrairement à ce que fait valoir le préfet de la Seine-Saint-Denis, un recours gracieux contre cet arrêté et n'avait donc pas à être effectuée dans le délai de recours contentieux à l'encontre de cet arrêté. Ainsi, la requête tendant d'une part, à l'annulation du refus d'abrogation de l'arrêté du 30 janvier 2018, d'autre part à l'annulation du refus implicite de l'assigner à résidence, n'est pas tardive. Par conséquent, la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Seine-Saint-Denis doit être rejetée.

En ce qui concerne le refus implicite d'abrogation de l'interdiction de retour sur le territoire français:

5. Il ressort des dispositions du dixième alinéa du III de l'article L. 511-1, dans sa rédaction alors en vigueur, devenu deuxième alinéa de l'article L. 613-7, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'un étranger n'est pas recevable à demander l'annulation de la décision refusant d'abroger une interdiction de retour sur le territoire français s'il ne justifie pas résider hors de France à la date où il saisit le juge administratif. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C, qui indique dans ses écritures résider de façon continue en France depuis l'année 2014, remplirait cette condition. Par suite, l'intéressé n'est pas recevable à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé d'abroger la décision du 30 janvier 2018 portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

En ce qui concerne le refus implicite d'abrogation de la mesure d'éloignement :

6. D'une part, aux termes de l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration : " () L'administration est tenue d'abroger expressément un acte non réglementaire non créateur de droits devenu illégal ou sans objet en raison de circonstances de droit ou de fait postérieures à son édiction, sauf à ce que l'illégalité ait cessé. ". Il appartient à tout intéressé de demander à l'autorité compétente de procéder à l'abrogation d'une décision illégale non réglementaire qui n'a pas créé de droits, si cette décision est devenue illégale à la suite de changements dans les circonstances de droit ou de fait postérieurs à son édiction. A cet égard, un étranger est recevable à demander l'annulation d'une décision refusant d'abroger une décision obligeant à quitter le territoire français sans qu'y fasse obstacle la circonstance que l'obligation de quitter le territoire français est assortie d'une interdiction de retour sur ce territoire.

7. Pour contester la décision portant refus d'abrogation de la décision du 30 janvier 2018 du préfet de la Seine-Saint-Denis portant obligation quitter le territoire français sans délai, M. C se prévaut de l'évolution de sa situation familiale et produit, notamment, le certificat de résidence algérien de son épouse, délivré le 20 novembre 2019. Il justifie, dès lors, d'un changement dans les circonstances de fait postérieur à l'édiction des décisions.

8. D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration: " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. ".

9. Le refus implicite qui a été opposé par le préfet de la Seine-Saint-Denis à la demande de M. C d'abrogation de la décision du 30 janvier 2018 portant obligation de quitter le territoire français constitue une mesure de police qui doit être motivée en application des dispositions précitées de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 9 décembre 2020, M. C a présenté dans le délai de recours contentieux une demande de communication des motifs de la décision implicite de rejet de sa demande à laquelle l'administration s'est abstenue de répondre dans le délai d'un mois prévu par les dispositions précitées de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le requérant, qui n'a pas été mis en mesure de connaitre les motifs de la décision attaquée, est fondé à en demander l'annulation en tant que cette décision porte sur l'obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet.

En ce qui concerne le rejet implicite de la demande d'assignation à résidence :

10. Aux termes de l'article L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " Lorsque l'étranger justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne peut ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, l'autorité administrative peut, jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, l'autoriser à se maintenir provisoirement sur le territoire français en l'assignant à résidence, dans les cas suivants : / 1° Si l'étranger fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai () ".

11. Le refus implicite qui a été opposé par le préfet de la Seine-Saint-Denis à la demande de M. C du 6 octobre 2020 de l'assigner à résidence, qui a pour effet de lui interdire de se maintenir provisoirement sur le territoire français en raison de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet, constitue une mesure de police qui doit être motivée, en application des dispositions précitées de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Dès lors, pour les motifs que ceux exposés au point 9, le requérant, à qui les motifs de la décision susvisée n'ont pas davantage été communiqués par le préfet de la Seine-Saint-Denis, nonobstant sa demande du 9 décembre 2020, est fondé à en demander l'annulation.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est seulement fondé à demander l'annulation des décisions implicites du préfet de la Seine-Saint-Denis rejetant ses demandes du 6 octobre 2020 tendant, d'une part, à l'abrogation de la décision du 30 janvier 2018 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, d'autre part, à ce qu'il soit assigné à résidence.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

13. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique seulement le réexamen de la demande d'abrogation présentée par M. C le 6 octobre 2020, en tant qu'elle concerne la mesure d'éloignement du 30 janvier 2018, ainsi que celui de la demande d'assignation à résidence présentée par l'intéressé. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique à Me Lantheaume, avocate de M. C, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridique.

D E C I D E:

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire de M. C.

Article 2 : La décision implicite du préfet de la Seine-Saint-Denis rejetant la demande de M. C du 6 octobre 2020 tendant à l'abrogation de l'arrêté du 30 janvier 2018 est annulée en tant qu'elle porte sur l'obligation de quitter le territoire français.

Article 3 : La décision implicite du préfet de la Seine-Saint-Denis rejetant la demande de M. C du 6 octobre 2020 tendant à ce qu'il soit assigné à résidence est annulée.

Article 4 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de procéder au réexamen de la demande d'abrogation présentée par M. C le 6 octobre 2020, en tant qu'elle concerne la mesure d'éloignement du 30 janvier 2018 et au réexamen de sa demande d'assignation à résidence, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 5 : Sous réserve que Me Lantheaume renonce à percevoir la somme correspondante à la part contributive de l'Etat à l'aide juridique, ce dernier versera à Me Lantheaume, avocate de

M. C, une somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées des articles

L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 7: Le présent jugement sera notifié à M. B C, au préfet de la Seine-Saint-Denis et à Me Lantheaume.

Délibéré après l'audience du 13 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Simonnot, président,

Mme Voillemot, premier conseiller,

M. Grandillon, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2023.

La rapporteure,

C. D

Le président,

J-F. SIMONNOT

La greffière,

S. RAHMOUNI

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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