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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2100750

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2100750

jeudi 5 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2100750
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2e Section - 3e Chambre
Avocat requérantICARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 janvier 2021, Mme B A, représentée par Me Icard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 juillet 2020 par lequel la maire de Paris l'a placée en disponibilité d'office pour raisons de santé, ensemble la décision implicite née du silence gardé par la ville de Paris sur le recours hiérarchique qu'elle a exercé le 17 septembre 2020 ;

2°) d'enjoindre à la ville de rétablir son plein traitement à compter du 9 août 2019 ;

3°) d'enjoindre à la ville de Paris de la réintégrer sur un poste adapté ;

4°) de mettre à la charge de la ville de Paris une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la ville de Paris ne pouvait légalement la placer en position de disponibilité d'office pour raisons de santé, dès lors qu'un rapport d'expertise déposé au greffe du tribunal de céans le 10 juillet 2020 a conclu à son aptitude physique à exercer ses fonctions de sorte que les conditions pour le placement dans une telle position n'étaient pas réunies ;

- à la supposer temporairement inapte à l'exercice de ses fonctions, elle aurait dû être invitée à présenter une demande de reclassement.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 juin 2021, la ville de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Un mémoire présenté par Mme A a été enregistré le 29 novembre 2022, postérieurement à la clôture de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le décret n° 86-68 du 13 janvier 1986 modifié ;

- le décret n° 94-415 du 24 mai 1994 modifié ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de Mme Mauclair, rapporteure publique,

- et les observations de Me Masset, substituant Me Icard, pour Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, fonctionnaire titulaire de la ville de Paris depuis 1990, recrutée en qualité d'adjoint administratif, a été affectée à compter du mois d'avril 2003 à la direction de l'action sociale et de la santé. A la suite de recommandations de la médecine de prévention, Mme A a bénéficié d'aménagements, qui ont conduit à son affectation au sein de la sous-direction de l'autonomie de la direction de l'action sociale et de la santé, sur un poste d'enquêtrice qualité téléphonique. Au motif de difficultés rencontrées avec Mme A, la ville de Paris a saisi un médecin agréé, afin de déterminer la compatibilité de son état de santé avec l'exercice de ses fonctions. Mme A a ainsi été reçue et examinée le 6 février 2019 par un médecin psychiatre agréé, qui l'a déclarée définitivement inapte à l'exercice de ses fonctions et de toutes fonctions. Un avis du comité médical, réuni en séance le 22 juillet 2019, a confirmé cette inaptitude physique, puis, par un arrêté du 9 août 2019, la ville de Paris a constaté l'inaptitude physique de Mme A et l'a placée d'office en congés de maladie ordinaire à compter de cette même date jusqu'au 7 août 2020. Saisi à la demande de la requérante, le comité médical supérieur, réuni en séance le 31 mars 2020, a confirmé l'avis émis par le comité médical, s'agissant de l'inaptitude physique de Mme A à toutes fonctions. Seulement, par une requête en référé, enregistrée le 1er octobre 2019 au greffe du tribunal de céans, Mme A a sollicité la désignation d'un expert, à laquelle il a été fait droit par une ordonnance n°192141 du 16 mars 2020. L'expert désigné a déposé son rapport le 10 juillet 2020. Par un arrêté du 16 juillet 2020, la ville de Paris a placé l'intéressée en disponibilité d'office pour raisons de santé à compter du 8 août 2020 jusqu'à sa mise à la retraite pour invalidité. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cet arrêté, ensemble la décision implicite née du silence gardé par la ville de Paris sur le recours hiérarchique du 17 septembre 2020 qu'elle a exercé.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article 81 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Les fonctionnaires territoriaux reconnus, par suite d'altération de leur état physique, inaptes à l'exercice de leurs fonctions peuvent être reclassés dans les emplois d'un autre cadre d'emplois, emplois ou corps s'ils ont été en mesure de remplir les fonctions correspondantes / Le reclassement est subordonné à la présentation d'une demande par l'intéressé. ". ". Le reclassement est proposé à l'agent qu'autant qu'il n'a pas été déclaré définitivement et totalement inapte à toutes fonctions. D'autre part, aux termes de l'article 57 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. () / 3° A des congés de longue maladie () / 4° A un congé de longue durée () ". Aux termes de l'article 72 de cette loi : " () " La disponibilité est la position du fonctionnaire qui, placé hors de son administration ou service d'origine, cesse de bénéficier, dans cette position, de ses droits à l'avancement et à la retraite. / La disponibilité est prononcée, soit à la demande de l'intéressé, soit d'office à l'expiration des congés prévus aux 2°, 3° et 4° de l'article 57. () ". Enfin, l'article 18 du décret n°86-68 du 13 janvier 1986 modifié prévoit que : " La mise en disponibilité peut être prononcée d'office à l'expiration des droits statutaires à congés de maladie prévus au premier alinéa du 2°, au premier alinéa du 3° et au 4° de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 et s'il ne peut, dans l'immédiat, être procédé au reclassement du fonctionnaire dans les conditions prévues aux articles 81 à 86 de la loi du 26 janvier 1984. La durée de la disponibilité prononcée en vertu du premier alinéa du présent article ne peut excéder une année. Elle peut être renouvelée deux fois pour une durée égale. Si le fonctionnaire n'a pu, durant cette période, bénéficier d'un reclassement, il est, à l'expiration de cette durée, soit réintégré dans son administration s'il est physiquement apte à reprendre ses fonctions dans les conditions prévues à l'article 26, soit, en cas d'inaptitude définitive à l'exercice des fonctions, admis à la retraite ou, s'il n'a pas droit à pension, licencié ".

3. Il est constant que, dans un premier temps, Mme A a été déclarée définitivement inapte à l'exercice de ses fonctions et de toutes fonctions par un médecin psychiatre agrée le 6 février 2019, et par un avis du comité médical réuni en séance le 22 juillet 2019, à la suite duquel la ville de Paris a constaté l'inaptitude physique de Mme A. Toutefois, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise établi le 10 juillet 2020, dans le cadre de l'expertise ordonnée par le juge des référés du tribunal de céans par une ordonnance du 16 mars 2020, que l'état de santé de la requérante ne la rend pas inapte à l'exercice des fonctions d'adjoint administratif. La ville de Paris ne remet pas utilement en cause l'appréciation portée par cet expert, en se bornant à faire valoir que l'expert n'est pas psychiatre, alors même qu'il a lui-même indiqué dans le rapport d'expertise qu'il ne lui paraissait pas utile de s'adjoindre un sapiteur psychiatre pour poursuivre l'examen de l'état de santé de la requérante. Enfin, pour justifier le bien-fondé de l'arrêté attaqué, la ville de Paris fait valoir que ses services n'ont pas pu prendre connaissance du rapport d'expertise précité du 10 juillet 2020 avant le mois d'août suivant. Une telle circonstance, à la supposer établie, ne peut légalement fonder l'arrêté attaqué, dès lors qu'il n'est pas établi que la requérante est inapte à l'exercice de ses fonctions ou de toutes fonctions. Dans ces circonstances, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être accueilli.

4. Il résulte de ce qui précède que la requérante est fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué, ensemble la décision implicite de rejet née du silence gardé par la ville de Paris sur son recours hiérarchique.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard aux motifs qui en constituent le fondement, le présent jugement implique seulement que la ville de Paris réexamine la situation de Mme A, en procédant à la reconstitution de sa carrière. Par suite, il y a seulement lieu d'enjoindre à la ville de Paris de procéder à un tel réexamen et le cas échéant à une telle reconstitution dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Les autres demandes d'injonction doivent par ailleurs être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la ville de Paris la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 16 juillet 2020 de la maire de Paris est annulé, ainsi que la décision née du silence gardé par la ville de Paris sur le recours hiérarchique du 17 septembre 2020.

Article 2 : Il est enjoint à la ville de Paris de procéder à un réexamen de la situation de Mme A et de reconstituer sa carrière dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La ville de Paris versera la somme de 1 500 euros à Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la ville de Paris.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Fouassier, président,

Mme Belkacem, première conseillère,

Mme Marchand, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 janvier 2023.

La rapporteure,

N. CLe président,

C. FOUASSIERLa greffière,

C. EL HOUSSINE

La République mande et ordonne au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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