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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2100859

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2100859

mardi 13 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2100859
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5e Section - 3e Chambre
Avocat requérantPIERRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 janvier 2021 et le 1er septembre 2022, ce dernier n'ayant pas fait l'objet d'une communication, M. C A, représenté par Me Pierre, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 28 décembre 2020 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté sa demande de rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de l'admettre au bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant refus de rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil est insuffisamment motivée ;

- l'OFII n'a pas examiné sérieusement sa situation ;

- l'OFII ne justifie pas l'avoir mis en mesure de lui apporter des explications quant au prétendu manquement au respect de ses obligations ;

- elle est entachée d'erreur de droit ;

- la décision de placement en fuite sur laquelle l'OFII se serait fondé pour refuser le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil est illégale ;

- il se trouve dans une situation extrêmement précaire et ne bénéfice d'aucun hébergement ni d'aucune ressource ;

- il rencontre d'importants problèmes de santé depuis fin 2018.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 août 2022, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une décision du 4 mai 2021, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par le bureau de l'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Sueur, greffière d'audience :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de M. Lamy, rapporteur public,

- et les observations de Me Groleau, substituant Me Pierre, représentant M. A.

Une note en délibéré, présentée pour M. A, a été enregistrée le 6 septembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan, né le 1er janvier 1991, a sollicité la reconnaissance de la qualité de réfugié en France ou le bénéfice de la protection subsidiaire le 20 août 2018,

a accepté, le 21 août 2018, l'offre de prise en charge au titre du dispositif national d'accueil proposée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration et a été mis en possession d'une attestation de demande d'asile " Dublin " le 18 octobre 2018. Par un arrêté du 18 octobre 2018, le préfet de police a décidé son transfert aux autorités danoises, responsables de l'examen de sa demande d'asile. Par un jugement du 14 janvier 2019, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Paris a rejeté la requête de M. A dirigée contre cet arrêté. Le

15 juillet 2020, M. A s'est vu délivrer une attestation de première demande d'asile en procédure normale. Par une décision du 28 décembre 2020 dont il demande l'annulation, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté sa demande du 31 août 2020 tendant à ce qu'il lui rétablisse le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à l'introduction de sa requête, M. A a, par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 4 mai 2021, été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur ses conclusions tendant à son admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle, lesquelles sont devenues sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction résultant de la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile, alors applicable : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être :

/ 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ; / 2° Retiré si le demandeur d'asile a dissimulé ses ressources financières ou a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ou en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement ; / 3° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2. / La décision de suspension, de retrait ou de refus des conditions matérielles d'accueil est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. / La décision est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites dans les délais impartis. / Lorsque le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ".

4. D'une part, si les termes de cet article ont été modifiés par différentes dispositions du I de l'article 13 de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, il résulte du III de l'article 71 de cette loi que ces modifications, compte tenu de leur portée et du lien qui les unit, ne sont entrées en vigueur ensemble qu'à compter du 1er janvier 2019 et ne s'appliquent qu'aux décisions initiales, prises à compter de cette date, relatives au bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées après l'enregistrement de la demande d'asile. Les décisions relatives à la suspension et au rétablissement de conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019 restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018.

5. D'autre part, dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement de l'article L. 744-8, dans sa rédaction issue de la loi n° 2015-925 du 29 juillet 2015, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil.

6. En premier lieu, d'une part, la décision attaquée vise les textes dont elle fait application. D'autre part, et contrairement à ce que soutient M. A, la décision attaquée n'est pas fondée sur le motif tiré de ce qu'il n'avait pas respecté les obligations de se présenter aux autorités et/ou de ce qu'il n'avait pas répondu aux demandes d'information, lequel constitue le motif de la décision portant suspension de ses conditions matérielles d'accueil du 12 mars 2019, mais sur celui tiré de ce qu'il ne justifiait pas des raisons pour lesquelles il n'avait pas respecté ces obligations. Par suite, M. A ne peut utilement soutenir que la décision attaquée ne lui permettrait pas de connaître les obligations qu'il n'aurait pas respectées. En outre, il ressort des pièces du dossier que, dans sa demande tendant à obtenir le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil du 31 août 2020, M. A n'a fait état d'aucune circonstance permettant d'expliquer les raisons pour lesquelles il n'avait pas respecté ses obligations. Par suite, et compte tenu notamment du peu de précision que comportait la demande de rétablissement présentée par M. A, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait insuffisamment motivée ne peut qu'être écarté.

7. En deuxième lieu, si M. A soutient qu'il n'a pas été mis en mesure d'apporter des explications quant aux manquements au respect de ses obligations, la décision attaquée, qui constitue un refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, a été prise sur la demande de l'intéressé. Or aucun texte ni aucun principe n'impose le respect d'une procédure administrative préalable contradictoire avant l'édiction d'une telle décision, ni ne commande à l'Office de solliciter des demandeurs qu'ils apportent de telles explications. Il suit de là que le moyen est inopérant et doit être écarté.

8. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'OFII n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A, la décision attaquée mentionnant d'ailleurs que " l'évaluation de sa situation personnelle et familiale ne fait pas apparaître de facteur particulier de vulnérabilité au sens de l'article L. 744-6, ni de besoins particuliers en matière d'accueil ".

9. En quatrième lieu, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que l'OFII se serait estimé en situation de compétence liée pour rejeter la demande de rétablissement présentée par M. A, décision fondée non pas, ainsi qu'il le soutient, sur la circonstance qu'il n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités et/ou qu'il n'avait pas répondu aux demandes d'information, mais notamment sur le motif tiré de ce qu'il n'a pas justifié des raisons pour lesquelles il n'avait pas respecté ces obligations.

10. En cinquième lieu, la décision par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration refuse à un demandeur d'asile le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil n'est pas prise pour l'application de la décision par laquelle l'autorité préfectorale a décidé de son placement en situation de fuite. D'autre part, cette décision ne peut être regardée comme constituant la base légale de la décision refusant ultérieurement le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Par suite, M. A ne saurait utilement exciper, à l'encontre de la décision portant refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, de l'illégalité de la décision par laquelle le préfet de police l'a déclaré en situation de fuite.

11. En dernier lieu, si M. A produit des résultats d'examens médicaux, des ordonnances médicales et le résultat d'un scanner cérébrale réalisé après une chute, lequel n'a révélé, au demeurant, aucune pathologie particulière, ni ces éléments, ni aucune autre pièce du dossier, et notamment les certificats médicaux établis postérieurement à la décision attaquée et qui accompagnaient son mémoire, enregistré le 1er septembre 2022, ne permet de démontrer qu'il serait, malgré la précarité de sa situation, dans un état de particulière vulnérabilité.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions présentées par M. A tendant à son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Ladreyt, président,

M. Gandolfi, premier conseiller,

Mme Leravat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2022.

Le rapporteur,

G. B Le président,

J-P. Ladreyt

La greffière,

L. Sueur

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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