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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2100978

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2100978

mardi 11 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2100978
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3e Section - 3e Chambre
Avocat requérantAZAIEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés respectivement les

20 janvier 2021 et 21 juillet 2022, l'Ecole irakienne, représentée par Me Azaiez, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 janvier 2021 par lequel le préfet de police a décidé de sa fermeture administrative jusqu'à nouvel ordre et décidant que ledit arrêté ne pourra être abrogé qu'après la visite de la commission de sécurité concluant à l'avis favorable à l'ouverture de l'établissement ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Elle soutient que l'arrêté :

- a été pris par une autorité incompétente pour en connaître ;

- est insuffisamment motivé ;

- a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière, en l'absence du respect du principe du contradictoire ;

- n'a pas été précédé d'une mise en demeure envoyée préalablement au maire ;

- a méconnu les disposions de l'article R. 123-52 du code de la construction et de l'habitation, dès lors que la commission de sécurité n'a pas été réunie ;

- est entaché d'une erreur de droit, faute d'un délai raisonnable accordé pour effectuer les travaux, conforme aux dispositions de l'article GN 11 de l'arrêté du

25 juin 1980 ;

- est disproportionné, dès lors que l'établissement devait se voir appliquer les règles de sécurité relatives aux établissements recevant du public de 5ème catégorie ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, les travaux ayant été accomplis ;

- est entaché d'un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mai 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 14 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au

26 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- l'arrêté du 25 juin 1980 portant approbation des dispositions générales du règlement de sécurité contre les risques d'incendie et de panique dans les établissements recevant du public ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de M. Dubois, rapporteur public,

-et les observations de Me Azaiez pour l'Ecole irakienne.

Considérant ce qui suit :

1. L'Ecole irakienne, établissement scolaire privé sis au 12, rue Eugène Delacroix dans le 16ème arrondissement de Paris, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du

12 janvier 2021 par lequel le préfet de police a décidé, sur le fondement des dispositions de l'article L. 123-4 du code de la construction et de l'habitation, de sa fermeture administrative jusqu'à nouvel ordre et a conditionné l'abrogation de cet arrêté à la visite de la commission de sécurité concluant à l'avis favorable à l'ouverture de l'établissement.

Sur la légalité externe :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 123-4 du code de la construction et de l'habitation : " Sans préjudice de l'exercice par les autorités de police de leurs pouvoirs généraux et dans le cadre de leurs compétences respectives, le maire ou le représentant de l'Etat dans le département peuvent par arrêté, pris après avis de la commission de sécurité compétente, ordonner la fermeture des établissements recevant du public en infraction avec les règles de sécurité propres à ce type d'établissement, jusqu'à la réalisation des travaux de mise en conformité. () Les pouvoirs dévolus au maire ou au représentant de l'Etat dans le département par le présent article sont exercés à Paris par le préfet de police. "

3. Il résulte de ces dispositions que le préfet de police est exclusivement compétent pour prendre des mesures de fermeture des établissements recevant du public à Paris. Par un arrêté 2020-01100 du 28 décembre 2020 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 75-2020-433, une délégation de signature a été régulièrement accordée à Mme B A, adjointe au chef de bureau des établissements recevant du public, et également signataire de la décision, à l'effet de signer les arrêtés de fermeture des établissements recevant du public pris en application des articles L. 111-8-3-1, L. 123-3,

L. 123-4 ou R. 123-52 du code du code de la construction et de l'habitation. En outre, l'arrêté attaqué a été signé par le préfet de police, régulièrement compétent pour prendre cette décision. Le moyen tiré de ce que l'arrêté du 12 janvier 2020 aurait été signé par une autorité incompétente pour en connaître doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la requérante soutient que le préfet de police ne pouvait prendre cet arrêté qu'après avoir adressé une mise en demeure au maire. Cependant, l'article R. 123-28 du code de la construction invoqué ne concerne que les hypothèses où le préfet prend une mesure de fermeture en se substituant aux autorités communales locales défaillantes, ce qui n'est pas le cas en l'espèce. Le moyen doit donc être écarté comme inopérant.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 123-52 du code de la construction et de l'habitation alors en vigueur : " Sans préjudice de l'exercice par les autorités de police de leurs pouvoirs généraux, la fermeture des établissements exploités en infraction aux dispositions du présent chapitre peut être ordonnée par le maire, ou par le représentant de l'Etat dans le département dans les conditions fixées aux articles R. 123-27 et R. 123-28. La décision est prise par arrêté après avis de la commission de sécurité compétente () "

6. Il ressort des pièces du dossier que la commission de sécurité s'est réunie le

8 décembre 2020 ainsi qu'en atteste le relevé des signatures de ses membres accompagnant un compte-rendu. Cet avis rédigé sous la forme de tableau, a été notifié aux représentants de l'école le 18 décembre suivant. Le moyen tiré de ce que la commission de sécurité n'aurait pas rendu l'avis demandé manque donc en fait.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L.121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales () ".

8. En l'espèce, par un procès-verbal de notification du 18 décembre 2020, le préfet de police a notifié à l'Ecole irakienne le courrier du 17 décembre 2020 qui expose les anomalies constatées par le technicien du service de prévention incendie, lors de sa visite du

4 décembre précédent, lui indique qu'elle dispose d'un délai de quinze jours pour présenter ses observations écrites et que la décision n'interviendra qu'aux termes de ce délai. Le procès-verbal précise en outre que la délégation permanente de la commission de sécurité a décidé de rendre un avis défavorable à la suite de la visite de ce technicien et indique également à l'intéressée qu'elle dispose de quinze jours pour présenter ses observations écrites. L'avis de la commission mentionne la liste des anomalies qui sont reprochées à l'Ecole irakienne et précise que la procédure contradictoire précède une fermeture administrative, ce qui implique nécessairement qu'il revient à l'école de remédier à ces anomalies sous peine de fermeture. L'Ecole irakienne a adressé ses observations à la préfecture de police le 30 décembre 2020. Ainsi, le principe du contradictoire a été respecté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article GN 11 de l'arrêté du 25 juin 1980 : " Les prescriptions imposées doivent être motivées par référence explicite aux articles du code de la construction et de l'habitation ou du présent règlement, ainsi qu'aux prescriptions du permis de construire. Elles sont assorties éventuellement de délais d'exécution raisonnables si elles sont édictées en cours d'exploitation à la suite d'une visite de la commission de sécurité. "

10. Il ressort des pièces du dossier que plusieurs anomalies signalées dans l'arrêté attaqué l'avaient déjà été antérieurement, et ce, depuis plusieurs années, telles que le fonctionnement des bloque-portes et ferme-portes, la mise à jour du registre de sécurité dans les procès-verbaux des 4 avril 2012 et 12 mars 2018. L'issue de secours murée a été signalée par le technicien lors de sa visite du 4 décembre 2020 et reprise par la délégation permanente de la commission de sécurité. La requérante en a été informée par le courrier du 17 décembre 2020. La requérante ne peut donc sérieusement soutenir qu'elle ne disposait pas des délais nécessaires pour remédier aux anomalies constatées et ne pouvait ignorer que murer une issue de secours sans dépôt de dossier constituerait une anomalie. Enfin, elle ne peut utilement soutenir qu'un délai de 15 jours était insuffisant pour transmettre la déclaration d'effectif signée. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article GN 11 de l'arrêté du 25 juin 1980 ne peut qu'être écarté.

11. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". La mesure de fermeture administrative d'un établissement recevant du public est une mesure de police qui doit être motivée en application de l'article L. 211-2 du même code.

12. L'arrêté du 12 janvier 2021, mentionne les articles L. 123-4 et R. 123-52 du code de la construction et de l'habitation. Il relève qu'après la visite du service de prévention incendie, le rapport établi par ce service a relevé de nombreuses anomalies majeures de sécurité et que 3 des 18 mesures ayant motivé un tel avis n'ont pas été réalisées depuis le procès-verbal du 4 avril 2012 et précise explicitement quelles sont les trois anomalies qui perdurent. Il rappelle également les différentes étapes de la procédure contradictoire suivie, notamment que l'Ecole irakienne a été informée, par un courrier du 17 décembre 2020 notifié le 18 décembre suivant, de la teneur de l'avis de la délégation permanente de la commission de sécurité, en sa séance du 8 décembre 2020, invitée à produire des observations et qu'elle y a répondu les 28 et 30 décembre 2020. L'arrêté attaqué précise suffisamment les anomalies majeures existantes et se réfère à des informations et documents dont l'Ecole irakienne a nécessairement eu connaissance et qui l'ont mise à même de comprendre les faits qui lui sont reprochés et de présenter des observations, ce qu'elle a fait. L'arrêté attaqué comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

Sur la légalité interne :

13. En premier lieu, aux termes de l'article R. 123-19 alors en vigueur du code de la construction et de l'habitation : " Les établissements sont, en outre, quel que soit leur type, classés en catégories, d'après l'effectif du public et du personnel. L'effectif du public est déterminé, suivant le cas, d'après le nombre de places assises, la surface réservée au public, la déclaration contrôlée du chef de l'établissement ou d'après l'ensemble de ces indications. Les règles de calcul à appliquer sont précisées, suivant la nature de chaque établissement, par le règlement de sécurité. Pour l'application des règles de sécurité, il y a lieu de majorer l'effectif du public de celui du personnel n'occupant pas des locaux indépendants qui posséderaient leurs propres dégagements. Les catégories sont les suivantes : () 4e catégorie : 300 personnes et au-dessous, à l'exception des établissements compris dans la 5e catégorie ;5e catégorie : établissements faisant l'objet de l'article R. 123-14 dans lesquels l'effectif du public n'atteint pas le chiffre minimum fixé par le règlement de sécurité pour chaque type d'exploitation ". Aux termes de l'article R 123-14 alors en vigueur du même code : " Les établissements dans lesquels l'effectif du public n'atteint pas le chiffre fixé par le règlement de sécurité pour chaque type d'établissement sont assujettis à des dispositions particulières déterminées dans le règlement de sécurité () "

14. Il ressort des pièces du dossier et en particulier du procès-verbal du 12 mars 2018 que les personnes présentes à la réunion ont indiqué que l'effectif de l'établissement est de 250 élèves et de 16 professeurs. Si la requérante soutient que l'école n'accueille que 25 élèves et qu'elle a effectivement fait savoir qu'elle souhaitait limiter le nombre d'élèves à 40, le seul nombre des élèves présentés à un examen pour l'année 2020-2021, qui ne couvre pas tous les niveaux et la liste des 28 élèves inscrits sont insuffisants pour établir que l'établissement relèverait de la 5ème catégorie, dès lors que le bâtiment principal visité le

4 décembre 2020 comprend 15 salles de classe, 2 classes de laboratoire, divers locaux administratifs, une salle des professeurs, des sanitaires, et qu'il n'a pas été possible de pénétrer dans la salle polyvalente au sous-sol ni dans les locaux annexes. Dans ces conditions, c'est à juste titre que le préfet de police a estimé que l'établissement relevait de la quatrième catégorie, et n'a pas pris de décision disproportionnée.

15. En deuxième lieu, si la requérante soutient que la neutralisation de l'issue du secours du bâtiment principal s'explique par les travaux effectués dans le bâtiment tiers, les pièces produites au dossier ne suffisent pas à établir que le cheminement depuis l'Ecole irakienne permettrait d'emprunter l'issue de secours prévue par les escaliers du garage, alors qu'aucune autorisation administrative n'a été donnée pour les travaux du bâtiment annexe qui expliquent la condamnation de l'issue de secours. La requérante admet elle-même que les travaux n'étaient pas terminés. L'alarme incendie a été vérifiée mais aucun avis sur son fonctionnement n'a été émis. Une pièce illisible a été produite par la requérante, postérieure à l'arrêté attaqué, qui montrerait selon elle que l'alarme incendie fonctionnait. Il est établi que le directeur a été formé au maniement des moyens de secours et à la conduite à tenir en cas de sinistre, sur deux jours en décembre 2020, mais pas l'ensemble des personnels. Enfin, les travaux sur le verrouillage de l'issue de secours au rez-de-chaussée le défaut d'encloisonnement des escaliers, l'absence de ferme-portes sur certaines portes, la présence de cales ne permettant pas la fermeture des portes de cages d'escalier et l'absence de deux ferme-porte au rez-de-chaussée font l'objet de travaux. Si la requérante entend produire un constat d'huissier qui atteste que ces travaux ont été effectués, ce document, coupé et illisible de ce fait, a été dressé le 8 février 2021, soit postérieurement à l'arrêté attaqué. Par conséquent, dès lors que plusieurs anomalies importantes subsistaient, le préfet de police n'a pas commis d'erreur d'appréciation ni pris une mesure disproportionnée en prenant l'arrêté attaqué.

16. En troisième lieu, le détournement de pouvoir allégué par la requérante au motif que le préfet de police aurait pris l'arrêté attaqué pour des raisons politiques n'est pas établi.

17. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de l'Ecole irakienne ne peut qu'être rejetée, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de celle-ci.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de l'Ecole irakienne est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'Ecole irakienne et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Hermann Jager, présidente,

- Mme Beugelmans-Lagane, première conseillère,

- Mme Renvoise, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2023.

La rapporteure,

N. C

La présidente,

V. HERMANN JAGER La greffière,

C. YAHIAOUI

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2100978

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