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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2101320

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2101320

mardi 11 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2101320
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3e Section - 3e Chambre
Avocat requérantDUBREUIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 janvier 2021, la société NS2F, représentée par

Me Dubreuil, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de mise en œuvre des contributions spéciales et forfaitaires représentatives de frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine prise par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) le 17 septembre 2020, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux prise par l'OFII le 23 novembre suivant ;

2°) d'annuler les titres de perception émis le 23 octobre 2020 à son encontre, d'un montant de 14 600 euros au titre de la contribution spéciale et d'un montant de 4 618 euros au titre de la contribution forfaitaire représentative de frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société soutient que :

S'agissant de la mise en œuvre des contributions spéciale et forfaitaire :

- elle a intégralement payé les deux salariés ;

- la contribution forfaitaire de réacheminement n'est pas due, dès lors que les deux travailleurs concernés ont formé un recours en annulation contre des décisions de refus de séjour prises par le préfet de police ;

- elle rencontre des difficultés économiques, le paiement des contributions litigieuses risquant d'entraîner sa fermeture ;

S'agissant des deux titres de perception :

- ils ont été signés par une autorité incompétente pour en connaître, seul le directeur général de l'OFII ayant qualité pour émettre de tels titres ;

- ils ne sont pas signés manuscritement.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 février 2021, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 6 mars 2023, la clôture de l'instruction, initialement fixée au

16 mars 2021, a été reportée au 21 mars 2023.

En application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées que le tribunal est susceptible, de relever d'office le moyen tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation des titres exécutoires, faute du recours préalable obligatoire prévu par de l'article 117 du décret 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique.

Par un courrier enregistré le 20 mars 2023, Me Dubreuil, pour la société NS2F, a répondu au moyen d'ordre public.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

-le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A ;

-les conclusions de M. Dubois, rapporteur public ;

- et les observations de Me Dubreuil, représentant la société NS2F.

Considérant ce qui suit :

1. La société NS2F exploite, sous l'enseigne Maw Ade, un restaurant situé 366, rue de Vaugirard dans le 15e arrondissement de Paris. A l'issue d'un contrôle effectué le

13 février 2020, les services de police ont relevé la présence, au sein de l'établissement, de deux personnes, l'une de nationalité sri-lankaise, l'autre de nationalité bangladaise, démunies de titre les autorisant à travailler en France et ont estimé qu'elles étaient en situation de travail illégal. L'OFII a, par une décision du 17 septembre 2020, appliqué à la société NS2F, d'une part, la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de

14 600 euros à raison de l'emploi irrégulier des deux ressortissants étrangers dépourvus de titres les autorisant à travailler en France et non déclarés et, d'autre part, la contribution forfaitaire des frais de réacheminement prévue à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour un montant de 4 618 euros, pour l'emploi irrégulier de ces deux ressortissants étrangers démunis de titres autorisant le séjour. Par la présente requête, la société NS2F demande l'annulation de cette décision, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux prise le 23 novembre 2020.

Sur les contributions spéciale et forfaitaire représentative de frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine :

2. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France ". Aux termes de l'article L. 8252-2 du même code : " Le salarié étranger a droit au titre de la période d'emploi illicite : 1° Au paiement du salaire et des accessoires de celui-ci, () A défaut de preuve contraire, les sommes dues au salarié correspondent à une relation de travail présumée d'une durée de trois mois () " En application de l'article L. 8253-1 du même code : " () l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale () est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. Ce montant peut être minoré en cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger non autorisé à travailler mentionné à l'article R. 8252-6. Il est alors, au plus, égal à 2 000 fois ce même taux () ". Aux termes de l'article R. 8252-6 du même code : " L'employeur d'un étranger non autorisé à travailler s'acquitte par tout moyen, dans le délai mentionné à l'article L. 8252-4, des salaires et indemnités déterminés à l'article L. 8252-2 ". Aux termes de l'article R. 8253-2 même code : " I- Le montant de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 est égal à 5 000 fois le taux horaire, à la date de la constatation de l'infraction, du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. / II.- Ce montant est réduit à 2 000 fois le taux horaire du minimum garanti dans l'un ou l'autre des cas suivants : / 1° Lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne pas d'autre infraction commise à l'occasion de l'emploi du salarié étranger en cause que la méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 ; / 2° Lorsque l'employeur s'est acquitté des salaires et indemnités mentionnés à l'article L. 8252-2 dans les conditions prévues par les articles R. 8252-6 et R. 8252-7. / III.- Dans l'hypothèse mentionnée au 2° du II, le montant de la contribution spéciale est réduit à 1 000 fois le taux horaire du minimum garanti lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne l'emploi que d'un seul étranger sans titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France () ". Le juge administratif peut décider, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, soit de maintenir la sanction prononcée, soit d'en diminuer le montant jusqu'au minimum prévu par l'article L. 8253-1 du code du travail, soit d'en décharger l'employeur, mais ne peut moduler l'application du barème fixé par les dispositions précitées.

3. La société NS2F ne conteste pas la matérialité des faits qui lui sont reprochés. En outre, il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal d'infraction du 4 juin 2020 transmis à l'OFII, que les deux salariés en cause n'étaient pas autorisés à travailler en France mais avaient fait l'objet d'une déclaration préalable à l'embauche, si bien qu'une seule infraction a été reprochée à la requérante et qu'elle a bénéficié du montant réduit à 2 000 fois le taux horaire du minimum garanti. Compte tenu du fait que l'infraction concernait deux salariés, ce montant ne pouvait, en vertu des dispositions précitées, être réduit. La société NS2F ne pouvait pas non plus être déchargée de la contribution due.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable au litige et dont les dispositions sont désormais reprises à l'article L. 822-2 du même code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine () L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et de fixer le montant de cette contribution () " Les dispositions de cet article ne subordonnent pas la mise à la charge de l'employeur de la contribution représentative des frais de réacheminement des étrangers dans leur pays d'origine à la justification par l'administration du caractère effectif de ce réacheminement.

5. A supposer même que les salariés dépourvus d'autorisation de travail employés par la société requérante aient contesté les refus de titre de séjour dont ils ont fait l'objet, cette circonstance est sans incidence sur la situation de ces salariés, qui étaient démunis de titres les autorisant à travailler à la date de la décision attaquée.

6. En troisième et dernier lieu, la circonstance que la société NS2F rencontrerait des difficultés économiques, à la supposer même établie, est sans incidence sur la mise en œuvre des contributions spéciales et forfaitaires représentatives de frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine mises à la charge de la société NS2F.

Sur les titres de perception :

7. Aux termes de l'article 117 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Les titres de perception émis en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales peuvent faire l'objet de la part des redevables : 1° Soit d'une contestation portant sur l'existence de la créance, son montant ou son exigibilité ; 2° Soit d'une contestation portant sur la régularité du titre de perception. Les contestations du titre de perception ont pour effet de suspendre le recouvrement de la créance. " Aux termes de l'article 118 du même décret : " En cas de contestation d'un titre de perception, avant de saisir la juridiction compétente, le redevable doit adresser cette contestation, appuyée de toutes pièces ou justifications utiles, au comptable chargé du recouvrement de l'ordre de recouvrer () "

8. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la société requérante a formé la réclamation préalable obligatoire avant de saisir le tribunal administratif de céans, cette absence de réclamation ayant été confirmé par la requérante dans son courrier du 20 mars 2023 en réponse au moyen d'ordre public tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation des titres exécutoires, faute du recours préalable obligatoire prévu par les articles 117 et 118 du décret 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique. Les conclusions tendant à l'annulation des titres de perception ne peuvent qu'être rejetées comme irrecevables.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société NS2F ne peut qu'être rejetée.

DECIDE

Article 1er : La requête de la société NS2F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société NS2F et au directeur de l'OFII.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Hermann Jager, présidente ;

- Mme Beugelmans-Lagane, première conseillère ;

- et Mme Renvoise, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2023.

Le rapporteur,

N. A

La présidente,

V. HERMANN JAGER

La greffière,

C. YAHIAOUI

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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