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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2101480

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2101480

mercredi 31 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2101480
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1re Section - 1re Chambre
Avocat requérantJASLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 janvier 2021, M. B A, représenté par Me Jaslet, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les décisions implicites par lesquelles le préfet de police a porté le délai de transfert à dix-huit mois et a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que les décisions attaquées :

- sont entachées d'erreur de fait ;

- sont insuffisamment motivées ;

- sont illégales en l'absence d'examen particulier de sa situation par le préfet ;

- méconnaissent l'article 9-2 du règlement UE 1560/2003 du 2 septembre 2003 ;

- méconnaissent l'article 29 du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 avril 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que le requérant n'attaque pas le refus d'enregistrer sa demande d'asile mais une prétendue décision implicite de prolongation de délai, laquelle ne constitue pas en réalité une nouvelle décision susceptible d'être attaquée ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 mai 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Baudat,

- les conclusions de Mme Laurence Belle, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan, né le 12 septembre 1978, a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile le 29 mai 2020. Par une décision du 20 juillet 2020, le préfet de police a décidé de le transférer aux autorités allemandes. Le requérant s'est présenté à la préfecture le 20 novembre 2021 où lui a été remis une convocation à la préfecture de police le 29 janvier 2021 pour l'exécution de l'arrêté de transfert dont il fait l'objet. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de la décision implicite, révélée par cette convocation, par laquelle le préfet de police a implicitement prolongé son délai de transfert de six à dix-huit mois ainsi que la décision par laquelle il a implicitement refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que par une décision du 25 mai 2021 M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, ces conclusions sont devenues sans objet.

Sur la prolongation du délai de transfert :

4. La prolongation du délai de transfert, qui résulte du seul constat de fuite du demandeur et qui ne donne lieu qu'à une information de l'Etat responsable de la demande d'asile par l'État membre qui ne peut procéder au transfert du fait de cette fuite, a pour effet de maintenir en vigueur la décision de transfert aux autorités de l'Etat responsable et ne suppose pas l'adoption d'une nouvelle décision. Cette prolongation n'est ainsi qu'une des modalités d'exécution de la décision initiale de transfert et ne peut être regardée comme révélant une décision susceptible de recours. Par suite, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la mesure de prolongation du délai de transfert sont irrecevables.

Sur le refus d'enregistrement de la demande d'asile :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L.232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans le délai du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ". Dès lors qu'il n'est pas établi que M. A aurait demandé la communication des motifs de la décision implicite attaquée, il n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige est entachée d'un défaut de motivation. Pour les mêmes motifs, la décision implicite attaquée ne peut être regardée comme entachée d'une erreur de fait ou d'un défaut d'examen de sa situation personnelle.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 9 du règlement n° 1560/2003 de la commission du 2 septembre 2003 modifié par le règlement n° 118/2014 du 30 janvier 2014 : " 1. L'État membre responsable est informé sans délai de tout report du transfert dû, soit à une procédure de recours ou révision ayant un effet suspensif, soit à des circonstances matérielles telles que l'état de santé du demandeur, l'indisponibilité du moyen de transport ou le fait que le demandeur s'est soustrait à l'exécution du transfert. / 2. Il incombe à l'État membre qui, pour un des motifs visés à l'article 29, paragraphe 2, du règlement (UE) n° 604/2013, ne peut procéder au transfert dans le délai normal de six mois à compter de la date de l'acceptation de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée, ou de la décision finale sur le recours ou le réexamen en cas d'effet suspensif, d'informer l'État responsable avant l'expiration de ce délai. À défaut, la responsabilité du traitement de la demande de protection internationale et les autres obligations découlant du règlement (UE) n° 604/2013 incombent à cet État membre conformément aux dispositions de l'article 29, paragraphe 2, dudit règlement ".

7. Le préfet de police établit avoir, le 6 octobre 2020, informé les autorités allemandes de ce qu'il était procédé à la prolongation du délai de transfert de M. A au motif qu'il était déclaré en fuite. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du parlement européen et du conseil du 26 juin 2013 : " 1. Le transfert du demandeur ou d'une autre personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point c) ou d), de l'État membre requérant vers l'État membre responsable s'effectue conformément au droit national de l'État membre requérant, après concertation entre les États membres concernés, dès qu'il est matériellement possible et, au plus tard, dans un délai de six mois à compter de l'acceptation par un autre État membre de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée (). 2. Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'État membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'État membre requérant. Ce délai peut être porté à un an au maximum s'il n'a pas pu être procédé au transfert en raison d'un emprisonnement de la personne concernée ou à dix-huit mois au maximum si la personne concernée prend la fuite () ".

9. M. A a été placé en situation de fuite aux motifs qu'il ne s'était pas présenté à une convocation le 2 octobre 2020 à l'aéroport de Roissy pour l'exécution de son transfert vers l'Allemagne. Le requérant ne démontre, ni même n'allègue, s'être trouvé dans l'impossibilité de respecter cette obligation de présentation alors même que le préfet de police démontre, en produisant l'avis de départ du 1er octobre 2020 signé par M. A et son interprète, que celui-ci était régulièrement informé de sa convocation le 2 octobre 2020 à l'aéroport de Roissy à laquelle il s'est soustrait. Dans ces circonstances, le préfet de police a pu légalement estimer que l'intéressé se trouvait en situation de fuite et refuser d'enregistrer sa demande d'asile au motif de ce que son délai de transfert se trouvait prolongé du fait d'une telle situation de fuite.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet de police a refusé d'enregistrer la demande d'asile de

M. A en procédure normale doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle de M. A.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 17 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Vidal, présidente,

Mme Merino, première conseillère,

M. Baudat, conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 31 mai 2023.

Le rapporteur,

J-B. BAUDAT

La présidente,

S. VIDALLa greffière,

S. COULANT

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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