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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2101537

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2101537

jeudi 8 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2101537
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2e Section - 3e Chambre
Avocat requérantDOGAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 janvier 2021 et le 21 juin suivant, Mme B A, représentée par Me Dogan, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 novembre 2020 par lequel la maire de Paris a prononcé son licenciement pour inaptitude physique ;

2°) de condamner la ville de Paris à lui verser la somme globale de 45 219 euros au titre des diverses indemnités de licenciement et préavis non payées, ou, à défaut de condamner la ville de Paris à lui verser la somme globale de 43 242 euros ;

3°) de condamner la ville de Paris à lui verser la somme de 10 932 euros en réparation des préjudices résultant de l'illégalité de sa mise en disponibilité d'office ;

4°) d'enjoindre à la ville de Paris d'actualiser l'attestation destinée à Pôle Emploi, outre son bulletin de paie de décembre 2019, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et par document ;

5°) d'assortir les sommes précitées de la capitalisation des intérêts au taux légal ;

6°) de mettre à la charge de la ville de Paris une somme de 3 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence ;

- la ville de Paris a méconnu les règles de procédure applicables à la mise en disponibilité d'un agent ;

- la ville de Paris ne pouvait prononcer son licenciement pour inaptitude physique, sans avoir préalablement mis en œuvre la procédure de reclassement ;

- elle est dès lors fondée à demander le versement de diverses indemnités de licenciement, outre une réparation en raison des illégalités commises par la ville de Paris.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2021, la ville de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables, en l'absence de réclamation préalable liant le contentieux ;

- sur le fond, aucun des moyens invoqués par la requérante n'est fondé.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 avril 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi du 22 avril 1905,

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 pris pour l'application de l'article 136 de la loi du 26 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale ;

- le décret n°89-229 du 17 avril 1989 modifié ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C

- et les conclusions de Mme Mauclair, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, fonctionnaire de la ville de Paris, a été titularisée le 9 juillet 2012 dans le grade d'agent technique de la petite enfance. En 2015, elle a été déclarée apte à son emploi sous réserve d'aménagements de son poste de travail. Par un avis de la médecine statutaire du 6 octobre 2020, elle a été reconnue définitivement inapte à exercer ses fonctions, cet avis étant, en outre, assorti d'une préconisation de reclassement sur un poste sédentaire. Puis, par un arrêté du 27 novembre 2020, la maire de Paris a prononcé son licenciement pour inaptitude physique.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ". La requérante n'établit pas qu'elle a, préalablement à la saisine du juge, adressé une réclamation préalable tendant au versement des sommes qu'elle demande au titre de diverses indemnités résultant de son licenciement d'une part, et, d'autre part, en réparation des préjudices découlant de sa mise en disponibilité pour la période du 1er janvier 2018 au 26 novembre 2020. Par suite, faute d'avoir lié le contentieux, Mme A n'est pas recevable à demander la condamnation de la ville de Paris à lui verser ces diverses indemnités. Dès lors, la fin de non-recevoir opposée par la ville de Paris doit être accueillie.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. D'une part, aux termes de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 : " Tous les fonctionnaires civils et militaires, tous les employés et ouvriers de toutes administrations publiques ont droit à la communication personnelle et confidentielle de toutes les notes, feuilles signalétiques et tous autres documents composant leur dossier, soit avant d'être l'objet d'une mesure disciplinaire ou d'un déplacement d'office, soit avant d'être retardé dans leur avancement à l'ancienneté. ". Il résulte de ces dispositions qu'un agent public faisant l'objet d'une mesure prise en considération de sa personne, qu'elle soit ou non justifiée par l'intérêt du service, doit être mis à même d'obtenir communication de son dossier. D'autre part, si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

4. L'arrêté attaqué par lequel la maire de Paris a procédé au licenciement de Mme A pour inaptitude physique est nécessairement une mesure prise en considération de l'intéressée laquelle, dès lors, doit bénéficier de la faculté d'exercer le droit garanti par l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 cité au point 3, et être mise à même de demander la communication de son dossier administratif. Or, il n'est pas établi, ni même allégué que la ville de Paris aurait respecté l'obligation qui lui incombait de mettre à même la requérante d'exercer ce droit. Le respect de cette obligation ne ressort pas davantage des pièces du dossier. Par suite, l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure, qui a privé l'intéressée d'une garantie, et doit par suite être annulé.

5. Il résulte de ce qui précède que la requérante est fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard aux motifs qui en constituent le fondement, le présent jugement, implique seulement, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit et de fait, que la ville de Paris procède à un réexamen de la situation de la requérante. Par suite, il y a seulement lieu d'enjoindre à la ville de Paris de procéder à un tel réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

7. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et, sous réserve que Me Dogan avocat de Mme A, renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de la ville de Paris une somme de 1 500 euros à verser à Me Dogan.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 27 novembre 2020 de la maire de Paris est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la ville de Paris de procéder au réexamen de la situation de Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La ville de Paris versera la somme de 1 500 euros à Me Dogan, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Dogan renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la ville de Paris et à Me Dogan.

Délibéré après l'audience du 24 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Fouassier, président,

Mme Belkacem, première conseillère,

Mme Marchand, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2022.

La rapporteure,

N. CLe président,

C. FOUASSIER

La greffière,

C. EL HOUSSINE

La République mande et ordonne au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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