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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2101801

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2101801

jeudi 23 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2101801
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4e Section - 1re Chambre
Avocat requérantMEILHAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 janvier 2021 et 3 avril 2022, la société Dijols, représentée par Me Meilhac, demande au tribunal :

1°) d'annuler partiellement le titre exécutoire n° 158287 émis le 5 août 2020 en tant que la Ville de Paris a mis à sa charge le paiement des sommes de 4 704,72 euros et 188,16 euros de droits de voirie pour l'installation d'une terrasse fermée " hors tiers " pour l'année 2018 ;

2°) de prononcer la décharge des sommes de 4 704,72 euros et 188,16 euros ;

3°) de mettre à la charge de la Ville de Paris une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le titre exécutoire attaqué est irrégulier faute de mentionner les bases de liquidation ;

- il est irrégulier faute de mention de son signataire ;

- il est entaché d'erreur de droit dès lors que, pour fixer le montant de la redevance, la Ville de Paris n'a pas tenu compte des avantages de toute nature procurés au titulaire de l'autorisation ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard du caractère disproportionné et discriminatoire des droits réclamés ;

- il est entaché d'une erreur de fait.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 18 mars et 5 mai 2022, la maire de Paris conclut au non-lieu à statuer et au rejet de la demande formulée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que le titre attaqué a été retiré.

Par une ordonnance du 11 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 27 mai 2022.

Par une lettre en date du 18 novembre 2022, le directeur régional des finances publiques a été invité, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, à produire le titre annulant le titre exécutoire en litige.

Le directeur régional des finances publiques a produit le bordereau de situation des produits locaux de la collectivité de Paris pour ce qui concerne la requérante le 21 novembre 2022. Cette pièce a été communiquée à la requérante en application des mêmes dispositions.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- l'arrêté de la Ville de Paris du 22 décembre 2017 portant nouveaux tarifs applicables aux droits de voirie pour l'année 2018 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de Mme Baratin, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société Dijols est propriétaire d'un fonds de commerce " marchand de vin restaurant " qu'elle exploite sous l'enseigne " Le Malakoff " dans un établissement situé 6, place du Trocadéro dans le 16ème arrondissement de Paris. Elle dispose d'une autorisation d'occupation du domaine public, pour l'installation de quatre terrasses, la première, fermée, au 2, avenue Raymond Poincaré, d'une longueur de 14,55 mètres et d'une largeur de 2,10 mètres, soit 30,55 m2 arrondis à 31 m2, la deuxième, ouverte, au 2 avenue Raymond Poincaré, d'une longueur de 14,55 mètres et d'une largeur de 0,80 mètre, soit 9,2 m2, arrondis à 10 m2, la troisième, fermée, au 6, place du Trocadéro, d'une longueur de 9,55 mètres et d'une largeur de 3,55 mètres, soit 33,90 m2, arrondis à 34 m2 et la quatrième, ouverte, au 6, place du Trocadéro, d'une longueur de 9,50 mètres et d'une largeur de 3 mètres, soit 28,65 m2, arrondis à 29 m2. La maire de Paris a, le 5 août 2020, émis un titre de recette n° 158287, d'un montant total de 9 601,17 euros. Par sa requête, la société Dijols demande l'annulation de ce titre exécutoire en tant qu'il met à sa charge les sommes de 4 704,72 euros et 188,16 euros et demande la décharge du paiement de ces sommes.

Sur l'exception de non-lieu soulevée par la Ville de Paris :

2. Le juge saisi d'un recours dirigé contre un titre exécutoire doit se prononcer au vu des circonstances de droit et de fait existant à la date de sa décision. Il en résulte que si le titre exécutoire attaqué est rapporté par l'autorité compétente avant que le juge ait statué, il n'y a pas lieu pour celui-ci, que ce retrait ait ou non acquis un caractère définitif, de se prononcer sur le mérite de la demande dont il est saisi.

3. La Ville de Paris fait valoir que le titre en litige a été émis par erreur, qu'elle a donc émis un avis de surseoir, qu'elle produit, à destination de la direction régionale des finances publiques, puis une autorisation d'annulation en date du 6 avril 2021 signée par une autorité compétente, également produite, pour un montant équivalent au titre attaqué. Si, faute de production par la Ville de Paris d'un titre d'annulation, la société Dijols conteste la matérialité de cette annulation, d'une part, la Ville de Paris fait valoir qu'en application du décret n° 62-1587 du 29 décembre 1962 portant règlement général sur la comptabilité publique, les fonctions d'ordonnateur et celles de comptable public sont incompatibles et que dès lors, elle ne peut produire un titre d'annulation ou un titre de dégrèvement, qui ne peut être émis que par le comptable public, en l'espèce la direction régionale des finances publiques. Elle soutient en outre que les retraits de titres effectués par la direction régionale des finances publiques ne lui sont pas notifiés et qu'elle ne peut donc pas notifier d'arrêté de retrait à la société requérante comme celle-ci le demande. D'autre part, la Ville de Paris rappelle dans son second mémoire en défense que la copie produite de son logiciel comptable " SAVOI ", directement relié, de façon dématérialisée, à l'application utilisée par la direction régionale des finances publiques, ainsi que les autres pièces produites permettent de retracer l'ensemble de la chaine procédurale conduisant à l'annulation du titre en litige. Elle produit également une capture d'écran de son système d'information financier, " ALIZE ", qui vient corroborer la matérialité de l'annulation de ce titre. Enfin, faisant suite à une mesure d'instruction en ce sens, le directeur régional des finances publiques produit un bordereau de situation des produits locaux de la collectivité Ville de Paris concernant le titre en litige, attestant également de l'annulation du titre contesté pour la totalité de la somme due. L'ensemble de ces éléments, cohérents et attestant de façon constante de l'erreur commise à l'origine par la Ville de Paris et de l'annulation du titre en litige permettent de regarder cette annulation comme établie. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation du titre exécutoire n° 158287 et de décharge.

Sur les frais de procès :

4. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la Ville de Paris la somme de 500 euros à verser à la société Dijols au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la société Dijols tendant à l'annulation du titre exécutoire n° 158287 et à la décharge des sommes de 4 704,72 euros et 188,16 euros.

Article 2 : La Ville de Paris versera une somme de 500 euros à la société Dijols au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Dijols, à la maire de Paris et au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et du département de Paris.

Délibéré après l'audience du 9 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Viard, présidente,

M. Perrot, conseiller,

M. Palla, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2023.

Le rapporteur,

F. A

La présidente,

M-P. VIARD La greffière,

L. THOMAS

La République mande et ordonne au préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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