lundi 21 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2101804 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET KOSZCZANSKI, BERDUGO AVOCATS ASSOCIES (SELARL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 janvier et 16 avril 2021, Mme B C, représentée par Me Bergudo, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 1er décembre 2020 par lequel le préfet de police a prononcé son expulsion du territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou à tout le moins, une autorisation de séjour et de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure ; l'avis de la commission d'expulsion est insuffisamment motivé et ce vice a nécessairement exercé une influence sur la décision prise ;
- le préfet de police s'est cru à tort en situation de compétence liée ;
- le préfet a commis une erreur de droit en fondant son arrêté sur sa seule condamnation pénale du 30 septembre 2018 sans apprécier l'ensemble des circonstances de l'affaire ;
- la décision est entachée d'une erreur de fait en ce que la proposition d'expulsion considère qu'elle est en situation irrégulière sur le territoire français alors même qu'elle a sollicité le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle et alors que le préfet ne justifie pas avoir sollicité de pièces complémentaires auprès de Mme C ;
- la décision est entachée d'erreur d'appréciation ; aucun élément de la procédure ne permet de caractériser la persistance d'une menace grave à l'ordre public ; elle travaillait comme standardiste pour un réseau de prostitution et n'a jamais fait usage de la force ou de quelconque violence ; elle a réalisé la teneur de ses agissements au moment de son interpellation et a depuis coupé tout lien avec le milieu du proxénétisme ; le tribunal correctionnel n'a pas retenu, à son encontre, une infraction particulièrement grave de traite des êtres humains, ni de circonstances aggravantes liées à l'emploi de contrainte ou violence ni n'a prononcé, à son encontre, une interdiction du territoire français ou un mandat de dépôt ; le tribunal a reconnu que sa participation était moindre que celle des autres prévenus ; elle n'a pas été incarcérée à la suite du jugement de septembre 2018 mais a bénéficié d'un aménagement de peine et a été placée sous bracelet électronique ; les faits pour lesquels elle a été condamnée remontent à plus de six années et elle ne présente aucun risque de récidive dès lors que ces faits présentent un caractère isolé ; elle s'est réinsérée professionnellement et socialement dès lors qu'elle travaille depuis quatre ans sans interruption dans des centres de beauté comme esthéticienne, qu'elle suit des cours de français, qu'elle bénéficie du soutien de son conjoint avec qui elle entretient une relation depuis dix ans et qu'elle a tout mis en œuvre pour payer l'amende à laquelle elle a été condamnée ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle réside habituellement en France depuis plus de onze ans, elle réside de façon régulière en France, les derniers faits pour lesquels elle a été condamnée remontent à plus de six ans et elle n'a pas commis de nouvelle infraction pénale, elle travaille de manière continue comme esthéticienne depuis plus de quatre ans, elle a conclu un PACS en 2015 avec son concubin titulaire d'une carte de résident de dix ans et entretient une relation avec lui depuis plus de dix ans, le centre de ses attaches familiales se situe en France dès lors que sa mère est décédée et que son père s'est remarié et vit avec la famille de son autre épouse en Chine.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mars 2021, le préfet de police, représenté par Me Fergon, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par Mme C ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 18 novembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 17 décembre 2021.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de Mme Alidière, rapporteure publique,
- et les observations de Me Bergudo, représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante chinoise, née le 15 août 1980, a fait l'objet d'un arrêté du 1er décembre 2020 par lequel le préfet de police a prononcé son expulsion du territoire français. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent.
A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
3. La décision contestée, qui vise notamment l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur et précise que Mme C a été condamnée le 21 septembre 2018 par le tribunal correctionnel de Paris à 30 mois d'emprisonnement pour des faits de proxénétisme aggravé et de blanchiment et qu'en raison de son comportement et de l'absence d'atteinte manifestement disproportionnée à sa vie privée et familiale, sa présence constitue une menace grave pour l'ordre public, est suffisamment motivée.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : "Les débats de la commission sont publics. Le président veille à l'ordre de la séance. Tout ce qu'il ordonne pour l'assurer doit être immédiatement exécuté. Devant la commission, l'étranger peut faire valoir toutes les raisons qui militent contre son expulsion. Un procès-verbal enregistrant les explications de l'étranger est transmis, avec l'avis motivé de la commission, à l'autorité administrative compétente pour statuer. L'avis de la commission est également communiqué à l'intéressé. "
5. Mme C soutient que la décision contestée est entachée d'un vice de procédure dans la mesure où l'avis de la commission d'expulsion rendu le 17 novembre 2020 est insuffisamment motivé. Toutefois, il ressort des termes de cet avis que la commission d'expulsion a précisé les éléments de fait sur lesquels elle s'est fondée en indiquant que " la menace grave à l'ordre public est caractérisée eu égard à la nature des faits pour lesquels Mme C a été condamnée le 21 septembre 2018 par le tribunal correctionnnel de Paris, à savoir pour proxénétisme aggravé et blanchiment. ". Par suite, ce moyen doit être écarté.
6. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de police se serait cru lié par l'avis rendu par la commission d'expulsion lors de sa séance du 17 novembre 2020.
7. En quatrième lieu, Mme C soutient que la décision est entachée d'erreur de fait en ce que la proposition d'expulsion adressée par le préfet de police à la commission de médiation indique, à tort, qu'elle est en situation irrégulière sur le territoire français alors qu'elle a sollicité le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle. Toutefois, alors que cette circonstance de fait n'est pas reprise dans l'arrêté litigieux, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée serait entachée d'une erreur de fait sur ce point.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Sous réserve des dispositions des articles
L. 521-2, L. 521-3 et L. 521-4, l'expulsion peut être prononcée si la présence en France d'un étranger constitue une menace grave pour l'ordre public. ".
9. Les infractions pénales commises par un étranger ne sauraient, à elles seules, justifier légalement une mesure d'expulsion et ne dispensent pas l'autorité compétente d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace grave pour l'ordre public. Lorsque l'administration se fonde sur l'existence d'une telle menace pour prononcer l'expulsion d'un étranger, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.
10. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la mesure précitée a été prise par le préfet de police après que celui-ci a pris en considération non les seules condamnations pénales encourues par Mme C mais l'ensemble du comportement de l'intéressée.
11. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le tribunal correctionnel de Paris a, par un jugement 21 septembre 2018, condamné Mme C à une peine d'emprisonnement de trente mois et à une amende de 20 000 euros ainsi qu'à une peine complémentaire d'interdiction de détenir ou porter une arme d'une durée de cinq ans pour des faits de proxénétisme aggravé et de blanchiment commis de manière continue en 2013, 2014 et 2015. Par ailleurs, Mme C, qui produit des bulletins de salaire pour des emplois à temps partiel comme esthéticienne au sein de salons de beauté, justifie être titulaire d'un diplôme initial de langue française niveau A.1.1, et démontre avoir payé une somme de 1 600 euros sur la somme de 20 000 euros d'amende à laquelle elle a été condamnée, n'établit pas que la menace à l'ordre public aurait cessé ni ne justifie de gages suffisants de réinsertion sociale et professionnelle. Dans ces conditions, eu égard à la nature et à la gravité des faits commis par l'intéressée qui se sont poursuivis sur une période de deux ans et demi, alors même qu'ils n'auraient fait l'objet que d'une seule condamnation pénale, Mme C n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté d'expulsion contesté a été pris au terme d'une inexacte application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
12. Il résulte de ce qui précède que c'est sans erreur de droit ni erreur d'appréciation que le préfet de police a considéré que le comportement de Mme C constituait une menace grave à l'ordre public.
13. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
14. Il ressort des pièces du dossier que Mme C, dont la présence en France est établie à compter de 2010, est sans enfant à charge. Si elle soutient s'être pacsée avec un ressortissant chinois en situation régulière en 2015, elle n'établit la communauté de vie avec ce dernier qu'à compter de l'année 2019. De plus, la requérante ne fait valoir aucune autre attache familiale sur le territoire français alors qu'elle n'établit pas, par ailleurs, être dépourvue de toute attache familiale dans son pays d'origine. En outre, Mme C ne justifie pas d'une insertion professionnelle suffisante. Enfin, ainsi qu'il a été dit au point 12 du présent jugement, le comportement de Mme C constitue une menace grave à l'ordre public. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte excédant ce qui était nécessaire à la défense de l'ordre public. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 31 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Le Roux, présidente,
Mme Madé, première conseillère,
Mme Berland, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2022.
La rapporteure,
C. A
La présidente,
M-O. LE ROUX La greffière,
I. SZYMANSKI
La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
2/4-
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026