lundi 24 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2102107 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | VERDIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 février 2021 et 13 juin 2022, M. B C, représenté par Me Verdier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler les décisions implicites nées du silence gardé par le ministre de la transition écologique et solidaire sur ses demandes tendant, d'une part, à la cessation des retenues mensuelles sur son traitement indiciaire et au versement des sommes correspondant à ces retenues et, d'autre part, au paiement des indemnités de changement de résidence dues aux militaires affectés à l'étranger, ainsi que la décision expresse du 17 février 2022, par laquelle la ministre des armées et la ministre de la mer ont rejeté ses recours préalables devant la commission des recours des militaires ;
2°) d'enjoindre à l'autorité administrative compétente de modifier l'arrêté d'affectation du 16 juillet 2019, en remplaçant la référence au décret n°50-93 du 20 janvier 1950 par celle au décret n° 2007-640 du 30 avril 2007, dans sa rédaction issue du décret n° 2019-465 du 16 mai 2019, et de procéder au versement des frais de changement de résidence, à concurrence de la somme de 9 547,50 euros ;
3°) d'enjoindre à l'autorité administrative compétente de cesser de prélever les indemnités versées par l'agence européenne de contrôle des pêches depuis le mois de septembre 2019 et de rétablir le versement de l'intégralité des indemnités indûment prélevées depuis cette date, à concurrence de 4 512 euros par mois depuis septembre 2019, soit la somme de 76 704 euros à parfaire ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les retenues sur traitement méconnaissent l'article 17 de la décision C (2008) 6866 de la Commission des communautés européennes du 12 novembre 2008 relative au régime applicable aux experts nationaux détachés et aux experts nationaux en formation professionnelle auprès des services de la Commission et sont dépourvues de base légale ;
- le défaut de paiement des indemnités de changement de résidence méconnaît l'article 1er et l'article 3 du décret n° 2007-640 du 30 avril 2007 fixant les conditions et les modalités de règlement des frais occasionnés par les changements de résidence des militaires.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mai 2022, la ministre chargée de la mer conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la décision C (2008) 6866 de la Commission des communautés européennes du 12 novembre 2008 relative au régime applicable aux experts nationaux détachés (END) et aux experts nationaux en formation professionnelle auprès des services de la Commission ;
- le décret n°50-93 du 20 janvier 1950 fixant le régime des frais de déplacement à attribuer aux personnels militaires et civils en service à l'étranger et aux personnels militaires et civils envoyés en mission à l'étranger ;
- le décret n° 97-900 du 1er octobre 1997 fixant les modalités de calcul de la rémunération des militaires affectés à l'étranger ;
- le décret n°2007-640 du 30 avril 2007 fixant les conditions et les modalités de règlement des frais occasionnés par les changements de résidence des militaires ;
- le décret n° 2015-1861 du 30 décembre 2015 modifiant le décret n° 2007-640 du 30 avril 2007 fixant les conditions et les modalités de règlement des frais occasionnés par les changements de résidence des militaires sur le territoire métropolitain de la France ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de M. Abrahami, rapporteur public,
- et les observations de Me Verdier, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, administrateur de 1ère classe des affaires maritimes, a été affecté, par arrêté du 16 juillet 2019, auprès du ministère de l'agriculture et de l'alimentation, en vue d'occuper, à compter du 1er septembre 2019, un poste d'expert national auprès de l'agence européenne de contrôle des pêches, et a été muté à cette fin de Guyane à Vigo, en Espagne. Par un arrêté du 23 septembre 2020, M. C a été reconduit à ce poste pour deux années supplémentaires. A son arrivée en poste, M. C a perçu un acompte de 8 400 euros sur son traitement, majoré de l'indemnité de résidence à l'étranger. Toutefois, le mois suivant, il n'a pas perçu son solde mensuel de traitement et a ensuite subi des retenues mensuelles, à hauteur de 4 520 euros. M. C a formé, le 5 février 2020, un recours gracieux auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, chargé de la mer. En l'absence de réponse, il a saisi, le 20 avril 2020, la commission de recours des militaires. Par un courrier du 7 novembre 2019, l'inspection générale des affaires maritimes a invité M. C à clôturer son dossier pour obtenir le remboursement des frais de changement de résidence avancés lors de son déménagement de Guyane en Espagne. N'ayant pas obtenu le remboursement de ces frais, M. C a déposé un recours gracieux, le 28 février 2020, auprès du ministère de la transition écologique et solidaire, et a saisi, le 7 mai 2020, la commission de recours des militaires. M. C sollicite l'annulation des décisions implicites de refus qui lui ont été opposées, ainsi que de la décision expresse de refus du 17 février 2022.
Sur les retenues sur traitement :
2. Aux termes de l'article 17 de la décision C (2008) 6866 de la Commission des communautés européennes, du 12 novembre 2008, relative au régime applicable aux experts nationaux détachés (END) et aux experts nationaux en formation professionnelle auprès des services de la Commission : " 1. L'END a droit, pour la durée de son détachement, à une indemnité de séjour journalière et à une indemnité de séjour mensuelle. / () 6. Ces indemnités sont destinées à couvrir, sur une base forfaitaire les frais de séjour des END au lieu de détachement ; elles ne doivent en aucun cas être considérées comme une rémunération versée par la Commission. / Avant le détachement, l'employeur certifie auprès de la direction générale du personnel et de l'administration que, pendant le détachement, il maintiendra le niveau de rémunération que l'END percevait au moment de son détachement. / L'END informe la direction générale du personnel et de l'administration de toute indemnité ayant la même finalité perçue par ailleurs. Le montant de celle-ci est déduit des indemnités de séjour versées par la Commission. La Commission, sur demande dûment justifiée de l'employeur, peut décider de ne pas procéder à cette déduction. ". Aux termes des dispositions de l'article 2 du décret n° 97-900 du 1er octobre 1997 fixant les modalités de calcul de la rémunération des militaires affectés à l'étranger : " Les émoluments des militaires visés par le présent décret comprennent limitativement : / 1° Au titre de la rémunération principale : / - la solde de base ; / - l'indemnité de résidence à l'étranger, dans le sens de l'article L. 4123-1 du code de la défense () / 4° Réductions diverses : / Outre les retenues, les cotisations et les prélèvements sociaux prévus par un texte législatif ou réglementaire, la rémunération peut être soumise à des réductions pour tenir compte : / - des rétributions que le militaire peut percevoir d'un gouvernement étranger ou d'un organisme international () ".
3. Il résulte de ce qui précède que l'administration française peut soumettre la rémunération des militaires affectés à l'étranger à des réductions pour tenir compte des rétributions que le militaire perçoit de la part d'un organisme international. Dans le cas des experts nationaux détachés auprès de la Commission européenne, toute indemnité ayant la même finalité que les indemnités de séjour versées par la Commission peut être déduite du montant de celles-ci. Il en résulte que, dans le cas où l'expert national détaché peut bénéficier à la fois d'une indemnité de résidence versée par l'administration nationale et d'une indemnité de séjour versée par la Commission, il revient à celle-ci de déduire la première de la seconde. Toutefois, dans le cas où la Commission ne procèderait pas à cette déduction, les dispositions du décret du 1er octobre 1997 n'interdisent pas à l'administration nationale de procéder à la déduction de l'indemnité de séjour versée par la Commission sur le traitement perçu par l'expert national détaché, à condition que soit maintenu le niveau de rémunération que percevait l'expert au moment de sa mise à disposition.
4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que les services de l'agence européenne de contrôle des pêches n'ont pas procédé à la déduction des indemnités de résidence versées par l'administration française sur les indemnités de séjour versées par la Commission à M. C. Par suite, c'est sans erreur de droit que le ministre chargé de la mer a pu procéder, pendant la durée de la mise à disposition de M. C auprès de l'agence européenne de contrôle des pêches, à des retenues effectuées sur son traitement correspondant aux indemnités de séjour versées par l'agence européenne de contrôle des pêches. La circonstance que la somme correspondant aux indemnités de séjour versées par l'agence européenne de contrôle des pêches, déduite du traitement de M. C en application des dispositions du décret du 1er octobre 1997, soit supérieure aux indemnités de résidence versées à l'intéressé par l'administration française est sans incidence sur la légalité de ces retenues, dès lors que M. C ne démontre pas avoir connu une baisse du niveau de la rémunération qu'il percevait au moment de sa mise à disposition. Le requérant ne peut en outre utilement se prévaloir, dans le présent litige, de la circonstance que la retenue contestée aurait conduit à mettre indirectement à sa charge le montant de la contribution sociale généralisée sur les indemnités versées par l'agence européenne de contrôle des pêches, en méconnaissance des règles du droit fiscal de l'Union européenne.
5. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à solliciter l'annulation des décisions litigieuses en ce qu'elles concernent les retenues mensuelles sur son traitement correspondant aux indemnités de séjour versées par la Commission.
Sur les frais de changement de résidence :
6. D'une part, aux termes des dispositions de l'article 1er du décret n° 50-93 du 20 janvier 1950 fixant le régime des frais de déplacement à attribuer aux personnels militaires et civils en service à l'étranger et aux personnels militaires et civils envoyés en mission à l'étranger : " Le présent décret a pour objet de fixer les conditions dans lesquelles des indemnités de frais de déplacement peuvent être allouées : / 1° Aux personnels militaires et civils appartenant aux postes d'attachés militaires à l'étranger ou aux missions militaires, navales ou de l'air, entretenues à l'étranger à titre de représentation militaire ; / 2° Aux personnels militaires envoyés en mission temporaire ou en stage à l'étranger () ". D'autre part, aux termes des dispositions de l'article 1er du décret n° 2007-640 du 30 avril 2007 modifié fixant les conditions et les modalités de règlement des frais occasionnés par les changements de résidence des militaires : " Le présent décret fixe les conditions et les modalités de prise en charge des frais occasionnés par les changements de résidence des militaires quelle que soit la destination. / Il s'applique notamment aux changements de résidence : () / - entre la France et le territoire d'un Etat étranger, et inversement () ". Aux termes de son article 3, dans sa rédaction applicable, issue du décret n° 2015-1861 du 30 décembre 2015 : " I. - Le militaire a droit à la prise en charge de ses frais de changement de résidence lorsque celui-ci est consécutif : () / 4° A un détachement de droit, d'office ou sur demande agréée et à la réintégration dans le corps d'origine à l'expiration du détachement, quand les frais de changement de résidence ne sont pas pris en charge par l'administration ou l'organisme d'accueil () ". Aux termes de son article 5 : " Le militaire qui change de résidence dans les conditions prévues à l'article 3 peut prétendre à la prise en charge des frais de changement de résidence qui comprennent : / - le transport de mobilier effectué obligatoirement par un professionnel du déménagement ou du transport ; / - le transport de bagages lourds effectué par un professionnel du déménagement ou du transport ou par tout moyen adapté ; / - le transport de bagages effectué par tout moyen adapté ; / - les frais d'hôtel et de restaurant ; / - le transport des personnes sur le territoire métropolitain ; / - les frais de voyage des personnes hors métropole ; / - le gardiennage du mobilier, réalisé à titre onéreux par un professionnel, au bénéfice du militaire muté hors métropole effectuant un repli sur le territoire métropolitain () " Enfin, aux termes de l'article 20 du décret n° 2015-1861 du 30 décembre 2015 modifiant le décret n° 2007-640 du 30 avril 2007 fixant les conditions et les modalités de règlement des frais occasionnés par les changements de résidence des militaires sur le territoire métropolitain de la France : " Les dispositions du présent décret ne s'appliquent qu'aux militaires placés sous l'autorité du ministre de la défense () "
7. M. C soutient qu'en prévoyant que les frais de changement de résidence seront pris en charge en application du décret n° 50-93 du 20 janvier 1950 et non en application des dispositions du décret n° 2007-640 du 30 avril 2007 modifié, qui prévoit notamment la prise en charge des frais d'hôtel et de restaurant, le ministre a entaché d'illégalité l'arrêté du 16 juillet 2019, par lequel il a été affecté auprès de l'agence européenne de contrôle des pêches.
8. D'une part, les dispositions précitées de l'article 20 du décret du 30 décembre 2015 prévoient que les dispositions de ce décret s'appliquent limitativement aux militaires placés sous l'autorité du ministre de la défense. Par suite, les dispositions du décret du 30 avril 2007, dans leur rédaction issue du décret du 30 décembre 2015, ne sont applicables qu'aux militaires placés sous l'autorité du ministre chargé de la défense. D'autre part, dans sa rédaction antérieure aux modifications introduites par le décret du 30 décembre 2015, le décret du 30 avril 2007 ne s'appliquait qu'aux changements de résidence des militaires sur le territoire métropolitain de la France. Par suite, les dispositions du décret du 30 avril 2007 ne peuvent s'appliquer aux changements de résidence à l'étranger que pour les militaires placés sous l'autorité du ministre chargé de la défense, dont il est constant que M. C ne fait pas partie. Le requérant ne peut utilement se prévaloir de la circonstance, au demeurant non établie, que ses collègues affectés à l'étranger bénéficieraient de la prise en charge des indemnités de changement de résidence. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 1er et de l'article 3 du décret n° 2007-640 du 30 avril 2007 ne peut qu'être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au secrétaire d'Etat auprès de la Première ministre, chargé de la mer.
Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Versol, présidente,
M. Pény, premier conseiller,
M. Doan, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2022.
Le rapporteur,
R. A
La présidente,
F. Versol La greffière,
A. Cardon
La République mande et ordonne au secrétaire d'Etat auprès de la Première ministre, chargé de la mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/6-3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026