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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2102353

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2102353

vendredi 20 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2102353
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6e Section - 1re Chambre
Avocat requérantBOILEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 5 février, 3 juillet, 30 juillet, 11 octobre et 14 octobre 2021, Mme B A, qui n'est plus représentée en dernier lieu, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 14 janvier 2021 par laquelle le groupe hospitalier universitaire (GHU) Paris, psychiatrie et neurosciences a refusé de procéder à l'effacement de certaines de ses données personnelles ;

2°) d'enjoindre au GHU Paris, psychiatrie et neurosciences de procéder sans délai à l'effacement de toutes ses données personnelles, sans conserver de copies ou traces, sous astreinte de 100 euros par jour du retard ;

3°) d'enjoindre à toutes les personnes ayant eu connaissance de ses données de ne plus s'en servir et de les détruire définitivement, sans en conserver de copies ;

4°) d'écarter des débats contentieux la pièce n° 3 jointe au mémoire en défense du GHU Paris, psychiatrie et neurosciences en date du 28 juillet 2021 ;

5°) de mettre à la charge du GHU Paris, psychiatrie et neurosciences une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente,

- elle est insuffisamment motivée,

- elle méconnaît le droit à l'effacement des données personnelles par les responsables de traitements tel qu'issu de l'article 17 du règlement (UE) 2016/679 dès lors que lesdites données ont fait l'objet d'un traitement illicite en ce qu'elles constituent des faux et ont participé de violations par certains praticiens du GHU Paris, psychiatrie et neurosciences du secret médical et du secret professionnel. Elle méconnaît par ailleurs ledit droit dès lors la conservation de ses données n'était plus justifiée. Enfin, ses données doivent être effacées dès lors qu'elles ne sont pas exactes et ont été obtenues sans son consentement,

- elle méconnaît les dispositions des articles 38 et 40 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978,

- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée,

- l'administration s'est rendue coupable d'une escroquerie au jugement en produisant un jugement du tribunal administratif de Paris en date du 9 février 2021 en pièce jointe à ses écritures décrit à tort comme définitif alors qu'un appel est pendant.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 28 juillet, 18 août, 30 août et 19 octobre 2021, le groupe hospitalier universitaire (GHU) Paris, psychiatrie et neurosciences conclut au rejet de la requête et à la condamnation de Mme A à lui verser la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête de Mme A est irrecevable en raison de sa tardiveté au regard des dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative et du caractère purement confirmatif de la décision attaquée, un refus d'effacement de ses données personnelles lui ayant déjà été précédemment opposé le 15 juillet 2019,

- il n'a jamais présenté le jugement du 9 février 2021 comme définitif et il lui était loisible de le produire quand bien même il était frappé d'appel,

- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par un courrier en date du 16 novembre 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen tiré d'office et tiré de l'irrecevabilité de la requête de Mme A dès lors que la décision attaquée du 14 janvier 2021 est purement confirmative de la précédente décision du GHU Paris, psychiatrie et neurosciences en date du 15 juillet 2019, laquelle est devenue définitive en l'absence de recours contentieux à son encontre dans un délai raisonnable d'un an ayant commencé à courir le 17 juillet 2019, date à laquelle la requérante en a eu connaissance au regard des pièces du dossier.

Par une ordonnance du 11 octobre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 10 novembre 2021.

Un mémoire a été présenté par Mme A le 27 novembre 2022, après la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) 2016/679,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978,

- l'arrêté n° DOS/2018-1882 de l'agence régionale de santé Ile-de-France du 9 août 2018 portant création du groupe hospitalier universitaire Paris - Psychiatrie et neurosciences, établissement public de santé, par fusion du centre hospitalier Sainte-Anne, de l'établissement public de santé Maison Blanche et du groupe public de santé Perray-Vaucluse,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les conclusions de Mme Pestka, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1.Il est constant que Mme B A a été prise en charge par le passé par l'établissement public de santé Maison Blanche, aux droits et obligations duquel est venu le Groupement hospitalier universitaire (GHU) Paris, psychiatrie et neurosciences. Par un courrier du 20 juin 2019, elle a sollicité du GHU l'effacement de ses données personnelles, médicales et administratives. Un rejet explicite de sa demande lui a été opposé par un courrier du 15 juillet 2019. Par un nouveau courrier daté du 1er janvier 2021, Mme A a de nouveau sollicité l'effacement desdites données. Par une décision du 14 janvier 2021 dont l'intéressée demande l'annulation par la présente requête, le GHU Paris, psychiatrie et neurosciences a de nouveau refusé de faire droit à sa demande.

2. En premier lieu, aux termes d'une part de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / (). ".

3. Par ailleurs, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.

4. En l'espèce, si la décision du 15 juillet 2019 refusant de faire droit à la demande d'effacement de ses données personnelles adressée par Mme A au GHU Paris, psychiatrie et neurosciences mentionnait bien les voies et délais de recours applicables, aucune pièce au dossier ne permet d'établir la date de sa notification, si bien que les délais de recours contentieux issus des dispositions précitées de l'article R. 421-1 du code de justice administrative n'ont pas commencé à courir à son encontre, contrairement à ce qui est soutenu en défense.

5. En revanche, il ressort d'un échange de courriels du 17 juillet 2019 entre le GHU Paris, psychiatrie et neurosciences et l'agence régionale de santé d'Ile-de-France, dont le contenu n'a pas été contesté par Mme A, que cette dernière a eu connaissance au plus tard à cette date de la décision du 15 juillet 2019 refusant de procéder à l'effacement de ses données personnelles détenues par le groupe hospitalier universitaire dès lors qu'elle avait pu la produire à l'ARS. Cette circonstance n'est contredite par aucune autre pièce du dossier. La requérante, qui a été informée de la possible application de la règle mentionnée au point 3 par une lettre datée du 16 novembre 2022, ne se prévaut d'aucune circonstance particulière justifiant que le délai pour exercer un recours juridictionnel à l'encontre de cette décision excède un an. Il en résulte que la décision du 15 juillet 2019 avait acquis un caractère définitif le 14 janvier 2021 à défaut d'avoir été contestée dans un délai raisonnable. Dans ces conditions, en l'absence de circonstances de droit ou de fait nouvelles au regard des pièces du dossier, le GHU Paris, psychiatrie et neurosciences, en réitérant par la décision contestée du 14 janvier 2021 le refus d'effacement de données personnelles qu'il avait déjà opposé Mme A, n'a fait que confirmer purement et simplement sa précédente décision du 15 juillet 2019. Il s'ensuit que la requérante n'est pas recevable à demander l'annulation de cette décision purement confirmative.

6. Les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte présentées par Mme A ne peuvent ainsi qu'être rejetées.

7. En deuxième lieu, en dehors des dispositions de l'article L. 741-2 du code de justice administrative, lesquelles ne trouvent pas à s'appliquer en l'espèce, le juge administratif ne tient d'aucun texte le pouvoir d'écarter une pièce produite par l'une des parties en raison de tout ou partie de son objet ou de son contenu. En tout état de cause, la pièce que Mme A souhaite voir écarter des débats contentieux est un jugement du présent tribunal produit en défense dans son intégralité et la seule circonstance qu'il n'était pas définitif à la date de sa production ne saurait caractériser une tromperie du GHU Paris, psychiatrie et neurosciences. Par suite, les conclusions de la requérante tendant à la suppression de ce jugement du dossier contentieux ne peuvent qu'être rejetées.

8. En troisième et dernier lieu, les conclusions présentées par Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à l'encontre du GHU Paris, psychiatrie et neurosciences, laquelle n'est pas la partie perdante dans la présente instance, ne peuvent être que rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le même fondement par le groupe hospitalier universitaire.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du groupe hospitalier universitaire (GHU) Paris, psychiatrie et neurosciences au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au directeur du groupe hospitalier universitaire (GHU) Paris, psychiatrie et neurosciences.

Délibéré après l'audience du 6 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Marino, président,

M. Le Broussois, premier conseiller,

M. Thulard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 janvier 2023.

Le rapporteur,

V. C

Le président,

Y. Marino Le greffier,

A. Lemieux

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2102353/6-1

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