mardi 20 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2102536 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET BELEM (AARPI) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 février 2021, la société Soleil, représentée par Me de Beauregard, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 février 2021 par lequel le préfet de police a ordonné la fermeture administrative, pour une durée de 30 jours, de son établissement à l'enseigne " Le Jip's Café " situé 41 rue Saint Denis dans le 1er arrondissement de Paris ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le principe du contradictoire a été méconnu ;
- l'arrêté est dépourvu de base légale ;
- l'arrêté méconnaît l'article 40 du décret du 29 octobre 2020 dès lors qu'aucune mise en demeure préalable ne lui a été adressée ;
- l'établissement ne pouvait pas faire l'objet d'une fermeture administrative dès lors qu'il était déjà fermé au public en application de l'article 40 du décret du 29 octobre 2020 ;
- les faits fondant l'arrêté de fermeture ne sont pas matériellement établis et ne justifient pas une fermeture de trente jours.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mai 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 7 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la santé publique,
- le décret n° 2020-1310 du 29 octobre 2020,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D ;
- et les conclusions de Mme Ménéménis, rapporteure publique ;
Considérant ce qui suit :
1. La société Soleil demande l'annulation de l'arrêté du 2 février 2021 par lequel le préfet de police a ordonné la fermeture administrative, pour une durée de 30 jours, de son établissement à l'enseigne " Le Jip's café " situé 41 rue Saint-Denis, dans le 1er arrondissement de Paris.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; () ".
3. Compte tenu de l'urgence sanitaire qui imposait le strict respect des règles visant à lutter contre la propagation du virus covid-19, eu égard à la circulation intense du virus en Île-de-France, et au vu de la persistance de la société à enfreindre les règles sanitaires constatée lors des contrôles de police des 31 janvier et 1er février 2021 et alors que la société avait déjà fait l'objet d'une première fermeture administrative de quinze jours le 15 janvier 2021, le préfet de police doit être regardé comme justifiant d'une situation d'urgence et de circonstances exceptionnelles au sens de l'article L. 121-2 précité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1er du décret du 29 octobre 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de Covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire: " Afin de ralentir la propagation du virus, les mesures d'hygiène définies en annexe 1 au présent décret et de distanciation sociale, incluant la distanciation physique d'au moins un mètre entre deux personnes, dites barrières, définies au niveau national, doivent être observées en tout lieu et en toute circonstance / () ". Aux termes de l'article 40 du même décret : " I. - Les établissements relevant des catégories mentionnées par le règlement pris en application de l'article R. 123-12 du code de la construction et de l'habitation figurant ci-après ne peuvent accueillir du public : 1° Etablissements de type N : Restaurants et débits de boisson ; () Par dérogation, les établissements mentionnés au présent I peuvent continuer à accueillir du public sans limitation horaire pour : leurs activités de livraison ; () Ces établissements peuvent en outre accueillir du public pour les besoins de la vente à emporter entre 6 heures et 18 heures.". Aux termes de l'article 27 de ce décret : " I. Dans les établissements relevant des types d'établissements définis par le règlement pris en application de l'article R. 123-12 du code de la construction et de l'habitation et où l'accueil du public n'est pas interdit en vertu du présent titre, l'exploitant met en œuvre les mesures de nature à permettre le respect des dispositions de l'article 1er. Il peut limiter l'accès à l'établissement à cette fin. Il informe les utilisateurs de ces lieux par affichage des mesures d'hygiène et de distanciation mentionnées à l'article 1er. () ". Enfin, aux termes de l'article 29 dudit décret : " Le préfet de département est habilité à interdire, à restreindre ou à réglementer, par des mesures réglementaires ou individuelles, les activités qui ne sont pas interdites en vertu du présent titre. / Lorsque les circonstances locales l'exigence, le préfet de département peut en outre fermer provisoirement une ou plusieurs catégories d'établissements recevant du public ainsi que des lieux de réunions, ou y réglementer l'accueil du public. / Le préfet de département peut, par arrêté pris après mise en demeure restée sans suite, ordonner la fermeture des établissements recevant du public qui ne mettent pas en œuvre les obligations qui leur sont applicables en application du présent décret. ". Il résulte de ces dispositions que le préfet ne peut prononcer la fermeture administrative d'un établissement de manière provisoire lorsque ce dernier ne met pas en œuvre les obligations qui lui incombent qu'après une mise en demeure restée sans suite.
5. La société Soleil soutient qu'aucune mise en demeure ne lui a été adressée préalablement à l'édiction de la fermeture contestée. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'à l'issue de chacun des contrôles des services de police, les 31 janvier et 1er février 2021, des procès-verbaux valant mise en demeure ont été notifiés et signés respectivement par Mme A B, qui s'est présentée comme étant responsable de l'établissement, et par M. C, gérant de l'établissement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 29 du décret du 29 octobre 2020 doit être écarté comme manquant en fait.
6. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient la société requérante, l'arrêté attaqué, pris sur le fondement des dispositions du décret n°2020-1257 du 14 octobre 2020 déclarant l'état d'urgence sanitaire et du décret 2020-1310 du 29 octobre 2020 susvisé, n'est pas dépourvu de base légale. Le moyen doit donc être écarté.
7. En quatrième lieu, en application des dispositions précitées de l'article 29 du décret du 29 octobre 2020, dans sa version applicable à la date de l'arrêté attaqué, les restaurants et débits de boissons pouvaient continuer à accueillir du public sans limitation horaire pour leurs activités de livraison et pour les besoins de la vente à emporter entre 6 heures et 18 heures. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que son établissement ne pouvait pas faire l'objet d'une fermeture administrative au motif qu'il ne pouvait accueillir du public.
8. En cinquième lieu, il ressort de l'évènement de main courante du 31 janvier 2021 à 16h05, qu'une patrouille de policiers a constaté que trois employés, à proximité des clients, portaient le masque au niveau de leur cou. Or, la société requérante n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause ces faits. L'évènement de main courante du 1er février 2021 à 15h55 fait état de ce que le gérant ne portait pas de masque. La société requérante soutient que le gérant portait son masque lors du contrôle et qu'il l'a simplement relevé quelques secondes pour essuyer ses lunettes et qu'en tout état de cause il n'était pas tenu de porter le masque dans la mesure où il était seul dans l'établissement. Toutefois, d'une part, le gérant n'était pas dans l'obligation d'enlever son masque pour essuyer ses lunettes et, d'autre part, le gérant d'un établissement recevant du public doit porter un masque de protection, en application des dispositions du III de l'article 40 du décret du 29 octobre 2020. Par suite, la société Soleil n'est pas fondée à soutenir que la matérialité des faits qui lui sont reprochés n'est pas établie.
9. En sixième lieu, la fermeture administrative d'une durée d'un mois est motivée par le constat, au cours de deux contrôles de police consécutifs, du non-respect par trois employés, puis par le gérant, du port du masque de protection. En outre, l'établissement avait déjà fait l'objet d'une précédente fermeture administrative de quinze jours, le 15 janvier 2021, pour non-respect des mesures nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire. Compte tenu de ces éléments et du but poursuivi par la mesure de police litigieuse, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la fermeture administrative de son établissement d'une durée d'un mois est disproportionnée.
10. En septième lieu, pour les mêmes motifs qu'exposés au point précédent, le moyen tiré de la méconnaissance de la liberté du commerce et de l'industrie doit être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la société Soleil n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 2 février 2021. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Soleil est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Soleil et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Duchon-Doris, président,
- Mme Marcus, première conseillère,
- Mme Castéra, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.
La rapporteure,
A. D
Le président,
J.-C. Duchon-DorisLe greffier,
Y. Fadel
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026