vendredi 7 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2102629 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET FRANCOIS JACQUOT (SELARL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 février 2021, l'association " Commission des citoyens pour les droits de l'homme " (CCDH), représentée par Me Jacquot, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la direction générale de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) a rejeté sa demande de communication de la copie du registre de contention et d'isolement de l'hôpital Louis Mourier établi au titre de l'année 2018 et du rapport annuel établi la même année rendant compte des pratiques d'admission en chambre d'isolement et de contention dans cet établissement ;
2°) d'enjoindre à la direction générale de l'AP-HP de lui communiquer, sans occultation de l'identifiant anonymisé des patients et des mentions de début, de fin et de durée des mesures d'isolement et de contention, les documents sollicités sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Elle soutient que :
- sa demande, qui tend à la communication du registre de contention et d'isolement, ne porte pas sur la communication des mentions permettant d'identifier le personnel de santé ;
- le refus implicite attaqué contrevient à la législation sur l'accès aux documents administratifs, les documents demandés sont des pièces publiques qui ne tombent sous aucun secret prévu par la loi ;
- le refus d'accès à ces documents porte atteinte à sa liberté d'association et sa liberté d'expression ;
- il n'y a pas lieu, s'agissant des patients, de procéder à l'occultation des mentions figurant sur les registres de contention et d'isolement ni des mentions quant au début, à la fin et à la durée des mesures d'isolement et de contention, et le registre doit lui être communiqué avec les identifiants anonymisés des patients mais sans les mentions permettant d'identifier les personnels hospitaliers.
La requête a été communiquée à l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de santé publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 2020-1576 du 14 décembre 2020 ;
- la décision du conseil constitutionnel n° 2020-844 QPC du 19 juin 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de Mme Pestka, rapporteure publique.
Une note en délibéré présentée pour l'association CCDH a été enregistrée le 25 septembre 2022 et n'a pas été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. Par un courrier électronique en date du 27 décembre 2019, l'association " Commission des citoyens pour les droits de l'homme " (CCDH) a demandé la communication d'une copie du registre de contention et d'isolement de l'hôpital Louis Mourier, établissement relevant de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP), pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2018 et du rapport annuel établi par cet établissement pour l'année 2018 relatif aux pratiques d'admission en chambre d'isolement et de contention. En l'absence de réponse de l'AP-HP, l'association CCDH a saisi le 20 mars 2020 la commission d'accès aux documents administratifs (CADA) qui a, le 4 juin 2020, émis un avis favorable sous réserve à la communication demandée. Par la présente requête, l'association CCDH demande au tribunal l'annulation de la décision implicite par laquelle l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris a refusé de lui communiquer les documents précités.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Le droit de toute personne à l'information est précisé et garanti par les dispositions des titres Ier, III et IV du présent livre en ce qui concerne la liberté d'accès aux documents administratifs ". Aux termes de l'article L. 300-2 de ce code : " Sont considérés comme documents administratifs, (), quels que soient leur date, leur lieu de conservation, leur forme et leur support, les documents produits ou reçus, dans le cadre de leur mission de service public, par l'Etat, les collectivités territoriales ainsi que par les autres personnes de droit public ". Selon l'article L. 311-1 du même code : " Sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et L. 311-6, les administrations mentionnées à l'article L. 300-2 sont tenues de communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande, dans les conditions prévues par le présent livre ". Aux termes de l'article L. 311-2 du code précité : " Le droit à communication ne s'applique qu'à des documents achevés. Le droit à communication ne concerne pas les documents préparatoires à une décision administrative tant qu'elle est en cours d'élaboration ". Aux termes de l'article L. 311-5 du même code : " Ne sont pas communicables : () 2° Les autres documents administratifs dont la consultation ou la communication porterait atteinte : / () / d) A la sûreté de l'Etat, à la sécurité publique, à la sécurité des personnes ou à la sécurité des systèmes d'information des administrations ". Aux termes de l'article L. 311-6 de ce code : " Ne sont communicables qu'à l'intéressé les documents administratifs:/ 1° Dont la communication porterait atteinte à la protection de la vie privée ; () / 3° Faisant apparaître le comportement d'une personne, dès lors que la divulgation de ce comportement pourrait lui porter préjudice ". L'article L. 311-7 de ce même code dispose que : " Lorsque la demande porte sur un document comportant des mentions qui ne sont pas communicables en application des articles L. 311-5 et L. 311-6 mais qu'il est possible d'occulter ou de disjoindre, le document est communiqué au demandeur après occultation ou disjonction de ces mentions ".
3. Aux termes de l'article L. 3222-5-1 du code de la santé publique : " I.- L'isolement et la contention sont des pratiques de dernier recours et ne peuvent concerner que des patients en hospitalisation complète sans consentement. Il ne peut y être procédé que pour prévenir un dommage immédiat ou imminent pour le patient ou autrui, sur décision motivée d'un psychiatre et uniquement de manière adaptée, nécessaire et proportionnée au risque après évaluation du patient. Leur mise en œuvre doit faire l'objet d'une surveillance stricte, somatique et psychiatrique, confiée par l'établissement à des professionnels de santé désignés à cette fin et tracée dans le dossier médical. / () / III.- Un registre est tenu dans chaque établissement de santé autorisé en psychiatrie et désigné par le directeur général de l'agence régionale de santé pour assurer des soins psychiatriques sans consentement en application du I de l'article L. 3222-1. Pour chaque mesure d'isolement ou de contention, ce registre mentionne le nom du psychiatre ayant décidé cette mesure, un identifiant du patient concerné ainsi que son âge, son mode d'hospitalisation, la date et l'heure de début de la mesure, sa durée et le nom des professionnels de santé l'ayant surveillée. Le registre, établi sous forme numérique, doit être présenté, sur leur demande, à la commission départementale des soins psychiatriques, au Contrôleur général des lieux de privation de liberté ou à ses délégués et aux parlementaires. / L'établissement établit annuellement un rapport rendant compte des pratiques d'admission en chambre d'isolement et de contention, la politique définie pour limiter le recours à ces pratiques et l'évaluation de sa mise en œuvre. Ce rapport est transmis pour avis à la commission des usagers prévue à l'article L. 1112-3 et au conseil de surveillance prévu à l'article L. 6143-1 ".
4. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que le registre des mesures d'isolement et de contention ainsi que le rapport annuel rendant compte de ces pratiques, qui sont produits et détenus par les établissements de santé dans le cadre de leur mission de service public, constituent des documents administratifs et sont communicables en application des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration sous réserve, le cas échéant, et conformément à l'article L. 311-6 de ce code, de l'occultation des mentions dont la communication porterait atteinte à la protection de la vie privée de personnes physiques ou qui feraient apparaître le comportement d'une personne, dès lors que la divulgation de ce comportement pourrait lui porter préjudice, tels que les éléments permettant d'identifier les patients concernés.
5. En ce qui concerne, d'une part, les noms des professionnels de santé qui sont consignés dans le registre en application de l'article L. 3222-5-1 du code de la santé publique, ces derniers n'ont, en principe, pas à faire l'objet d'une occultation, cette mention n'étant pas couverte par le secret de la vie privée, s'agissant de personnels de santé intervenant dans le cadre de leurs fonctions dans une structure publique. Il en va différemment s'il apparaît que la divulgation de l'identité d'un de ces professionnels est susceptible de révéler de sa part un comportement dont la divulgation serait susceptible de lui porter préjudice, ou s'il apparaît que l'administration requise peut légitimement craindre que la divulgation de l'identité d'un professionnel de santé pourrait conduire à des représailles ciblées sur cette personne et, ce faisant, à porter atteinte à la sécurité publique ou à la sécurité des personnes. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que l'association requérante renonce à connaître l'identité des professionnels de santé figurant sur le registre. Dans ces conditions, il sera loisible à l'AP-HP de communiquer le registre en ayant procédé, le cas échéant, à l'occultation du nom des personnels soignants.
6. En ce qui concerne, d'autre part, les patients, il résulte des dispositions de l'article L. 3222-5-1 du code de la santé publique que le registre des mesures d'isolement et de contention comporte simplement un identifiant du patient concerné ainsi que son âge, son mode d'hospitalisation, la date et l'heure de début de la mesure et sa durée. Dans ces conditions, le registre est communicable s'agissant des patients, sous réserve de l'occultation des éléments du registre, y compris, le cas échéant, additionnels à l'énumération précitée, qui permettraient d'identifier directement ou indirectement les patients concernés.
7. Enfin, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que le rapport annuel contiendrait des mentions dont la divulgation serait protégée par l'une ou l'autre des dispositions du livre III du code des relations entre le public et l'administration.
8. Il résulte de ce qui précède que l'association requérante est fondée à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle l'AP-HP a refusé de lui communiquer la copie du registre de contention et d'isolement de l'hôpital Louis Mourier établi au titre de l'année 2018 et du rapport annuel établi la même année rendant compte des pratiques d'admission en chambre d'isolement et de contention dans cet établissement.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
9. L'exécution du jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint à l'AP-HP de communiquer à l'association requérante, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, d'une part, une copie du registre des mesures d'isolement et de contention établi pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2018 pour l'hôpital Louis Mourier et, d'autre part, une copie du rapport rendant compte des pratiques d'admission en chambre d'isolement et de contention établi pour l'année 2018 par l'établissement, dans les conditions et sous les réserves mentionnées aux points 5 à 7 du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite par laquelle la direction générale de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris a refusé de communiquer la copie du registre de contention et d'isolement établi du 1er janvier au 31 décembre 2018 pour l'hôpital Louis Mourier ainsi que le rapport annuel établi pour l'année 2018 relatif aux pratiques d'admission en chambre d'isolement et de contention au sein de cet établissement, est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris de procéder à la communication à l'association CCDH des documents visés à l'article 1er selon les modalités prévues aux points 5 à 7 du présent jugement, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris versera à l'association requérante la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à l'association " Commission des citoyens pour les droits de l'homme ", et à l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris.
Copie en sera adressée à l'hôpital Louis Mourier.
Délibéré après l'audience du 23 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Marino, président,
M. Thulard , premier conseiller,
M. Lautard-Mattioli, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2022.
Le rapporteur,
B. A
Le président,
Y. MarinoLe greffier,
A. Lemieux
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/6-1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026