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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2102648

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2102648

mardi 25 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2102648
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3e Section - 3e Chambre
Avocat requérantMONSEF MARIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 février 2021, Mme C B épouse A, représentée par Me Monsef, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 juillet 2020 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de lui accorder le regroupement familial au profit de son époux, ensemble la décision de rejet de son recours hiérarchique prise par le ministre de l'intérieur le 12 janvier 2021;

2°) d'enjoindre au préfet de police d'autoriser le regroupement familial sollicité dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B épouse A soutient que l'arrêté attaqué :

- est entaché d'incompétence ;

- a été pris en méconnaissance de l'article R. 411-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que ses ressources sont suffisantes et stables ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La requête a été communiquée au ministre de l'intérieur qui n'a pas présenté d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B épouse A, ressortissante ivoirienne, née le 1er janvier 1964 à Bassehoa, a demandé le regroupement familial au profit de son époux, le 28 juin 2019. Par un arrêté du 3 juillet 2020, le préfet de police a rejeté sa demande. Par une décision du

12 janvier 2021, le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique. Par la présente requête, Mme B Épouse A demande l'annulation de cet arrêté ensemble la décision de rejet de son recours hiérarchique.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 411-1 dans sa version alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le ressortissant étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial, par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans, et les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. " Aux termes de l'article L. 411-5 alors en vigueur du même code : " Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : 1° Le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Sont prises en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment des prestations familiales. Les ressources doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance mensuel ; () " Aux termes de l'article R. 411-4 alors en vigueur du même code : " Pour l'application du 1° de l'article L. 411-5, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : - cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes ;() " Aux termes de l'article R. 421-4 alors applicable du même code: " A l'appui de sa demande de regroupement, le ressortissant étranger () joint les copies des pièces énumérées aux 2° à 4° des pièces suivantes : () 3° Les justificatifs des ressources du demandeur et, le cas échéant, de son conjoint, tels que le contrat de travail dont il est titulaire ou, à défaut, une attestation d'activité de son employeur, les bulletins de paie afférents à la période des douze mois précédant le dépôt de sa demande, ainsi que le dernier avis d'imposition sur le revenu en sa possession, dès lors que sa durée de présence en France lui permet de produire un tel document, et sa dernière déclaration de revenus. La preuve des revenus non salariaux est établie par tous moyens "

3. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que le caractère suffisant du niveau de ressources du demandeur est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC) au cours de cette même période, même s'il est toujours possible, pour le préfet, lorsque ce seuil n'est pas atteint au cours de la période considérée, de prendre une décision favorable en tenant compte de l'évolution des ressources du demandeur, y compris après le dépôt de la demande.

4. Il ressort des pièces du dossier que, pour la période de référence, du 27 juin 2018 au 27 juin 2019, Mme B épouse A justifie, par les bulletins de salaire produits, de ressources supérieures à 2 000 euros bruts par mois. Pour l'année 2019, son avis d'imposition fait apparaître un montant total de salaires et assimilés de 33 501 euros. Dans ces conditions, ses ressources sont suffisantes pour obtenir le regroupement familial sollicité au profit de son époux. Le préfet de police ne pouvait rejeter sa demande au seul motif qu'elle aurait des ressources insuffisantes.

5. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête que Mme B épouse A est fondée à soutenir l'arrêté du 3 juillet 2020 doit être annulé.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. Il y a lieu, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de police d'admettre l'époux de Mme B épouse A au bénéfice du regroupement familial dans un délai de trois mois à compter de la date de notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu de mettre à la charge de l'État, partie perdante, le versement d'une somme de 1 000 euros à Mme B épouse A, en application de l'article L. 761-1 du code de

DECIDE :

Article 1er : L'arrêté du 3 juillet 2020 par lequel le préfet de police a rejeté la demande de

Mme B épouse A de lui accorder le regroupement familial au profit de son époux, ensemble la décision de rejet de son recours hiérarchique prise par le ministre de l'intérieur le

12 janvier 2021 sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police d'admettre l'époux de Mme B Épouse A au bénéfice du regroupement familial dans un délai de trois mois à compter de la date de notification du présent jugement..

Article 3 : L'État versera à Mme B Épouse A une somme de 1 000 (mille) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié Mme C B Épouse A, au préfet de police et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Hermann Jager, présidente ;

- Mme Beugelmans-Lagane, première conseillère ;

- et Mme Renvoise, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2023 .

La rapporteure,

N. D

La présidente,

V. HERMANN JAGER

La greffière,

C. YAHIAOUI

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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