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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2102722

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2102722

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2102722
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3e Section - 1re Chambre
Avocat requérantREZGUI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 février 2021, la société Aure, représentée par Me Rezgui, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 février 2021 par lequel le préfet de police a ordonné la fermeture administrative pour une durée de 15 jours, de son établissement à l'enseigne " Meal Time " sis 33 avenue de Clichy, Paris 17ème ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 20 000 euros en réparation du préjudice subi du fait de la fermeture administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- le procureur de la République compétent aurait dû être informé de la mesure de police prise, en application de l'article 5 du décret du 14 mars 2020 portant diverses mesures relatives à la lutte contre la propagation du virus Covid-19 ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique dès lors que le préfet aurait d'abord dû prendre à son encontre un avertissement ;

- il méconnaît l'article 29 du décret n°2020-1310 du 29 octobre 2020 ;

- les articles visés dans l'arrêté, à savoir L. 3136-1, L. 3131-1 et L. 3131-15 à L. 3131-17 du code de la santé publique ne peuvent légalement fonder l'arrêté litigieux qui est ainsi entaché d'une erreur de droit ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur de fait ;

- la fermeture de l'établissement pour une durée de 15 jours est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 juillet 2021, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société Aure ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 1er juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 juillet 2022.

Par courrier du 13 septembre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires de la requête, faute d'avoir été précédées d'une demande indemnitaire préalable.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique,

- le décret n° 2020-1310 du 29 octobre 2020,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les conclusions de Mme Privet, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société Aure demande l'annulation de l'arrêté du 9 février 2021 par lequel le préfet de police a ordonné la fermeture administrative pour une durée de 15 jours, de son établissement à l'enseigne " Meal Time " sis 33 avenue de Clichy, Paris 17ème.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 1er du décret du 29 octobre 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de Covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire: " Afin de ralentir la propagation du virus, les mesures d'hygiène définies en annexe 1 au présent décret et de distanciation sociale, incluant la distanciation physique d'au moins un mètre entre deux personnes, dites barrières, définies au niveau national, doivent être observées en tout lieu et en toute circonstance / () ". Aux termes de l'article 40 du même décret : " I. - Les établissements relevant des catégories mentionnées par le règlement pris en application de l'article R. 123-12 du code de la construction et de l'habitation figurant ci-après ne peuvent accueillir du public : 1° Etablissements de type N : Restaurants et débits de boisson ; () Par dérogation, les établissements mentionnés au présent I peuvent continuer à accueillir du public sans limitation horaire pour : leurs activités de livraison ; () Ces établissements peuvent en outre accueillir du public pour les besoins de la vente à emporter entre 6 heures et 18 heures.". Aux termes de l'article 27 de ce décret : " I. Dans les établissements relevant des types d'établissements définis par le règlement pris en application de l'article R. 123-12 du code de la construction et de l'habitation et où l'accueil du public n'est pas interdit en vertu du présent titre, l'exploitant met en œuvre les mesures de nature à permettre le respect des dispositions de l'article 1er. Il peut limiter l'accès à l'établissement à cette fin. Il informe les utilisateurs de ces lieux par affichage des mesures d'hygiène et de distanciation mentionnées à l'article 1er. () ". Enfin, aux termes de l'article 29 dudit décret : " Le préfet de département est habilité à interdire, à restreindre ou à réglementer, par des mesures réglementaires ou individuelles, les activités qui ne sont pas interdites en vertu du présent titre. / Lorsque les circonstances locales l'exigence, le préfet de département peut en outre fermer provisoirement une ou plusieurs catégories d'établissements recevant du public ainsi que des lieux de réunions, ou y réglementer l'accueil du public. / Le préfet de département peut, par arrêté pris après mise en demeure restée sans suite, ordonner la fermeture des établissements recevant du public qui ne mettent pas en œuvre les obligations qui leur sont applicables en application du présent décret. ".

3. Il résulte de ces dispositions que le préfet ne peut prononcer la fermeture administrative d'un établissement de manière provisoire lorsque ce dernier ne met pas en œuvre les obligations qui lui incombent qu'après une mise en demeure restée sans suite.

4. En l'espèce, il est constant qu'aucune mise en demeure n'a été adressée à la société requérante avant le prononcé, par arrêté du préfet de police du 9 février 2021, de la fermeture administrative de son établissement pour une durée de quinze jours. Contrairement à ce que fait valoir le préfet, les dispositions précitées ne lui permettent pas de s'exonérer de la mise en œuvre d'une telle mise en demeure en cas d'urgence. La société Aure est, par suite, fondée à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article 29 du décret du 29 octobre 2020.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la société Aure est fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions indemnitaires :

6. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. ". La condition tenant à l'existence d'une décision de l'administration doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle, régularisant ce faisant la requête.

7. En l'absence, au jour du présent jugement de toute décision du préfet de police rejetant une demande indemnitaire de la société Aure, les conclusions présentées par cette dernière, tendant à la condamnation de l'Etat doivent être rejetées comme étant irrecevables.

Sur les frais liés au litige :

8.Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, partie perdante, une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de police du 9 février 2021 est annulé.

Article 2 : L'Etat versera à la société Aure une somme de 1 500 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Aure et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Giraudon, présidente,

- Mme Marcus, première conseillère

- Mme Castéra, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.

La rapporteure,

A. A

La présidente,

M.-C. GiraudonLe greffier,

Y. Fadel

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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