lundi 10 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2103086 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | DOLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 février 2021 et 2 janvier 2022,
M. D B, représenté par Me Dole, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 décembre 2020 par lequel le ministre de l'économie, des finances et de la relance et le ministre de l'intérieur ont prononcé, pour une durée de six mois, le gel de ses fonds et ressources économiques en application des articles L. 562-2 et suivants du code monétaire et financier ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'économie, des finances et de la relance et au ministre de l'intérieur d'ordonner la mainlevée immédiate du gel de ses avoirs sous astreinte de 500 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté n'a pas été pris dans le respect de la procédure contradictoire prévue à l'article L. 122-1 du code de relations entre le public et l'administration ;
- il doit pouvoir bénéficier de la communication de son dossier en application de l'article L. 122-2 du code de relations entre le public et l'administration dès lors que l'arrêté lui inflige une sanction ;
- il est insuffisamment motivé en fait dès lors qu'il ne donne aucune précision sur les montants qui auraient été collectés par les requérants, sur les personnes à qui les fonds auraient été remis et les profits qu'il en aurait retirés, sur les responsables du PKK avec lesquels il serait en contact, ni sur le rôle actif qu'il tiendrait dans le recrutement de jeunes activistes ;
- il est entaché d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 562-2 du code monétaire et financier dès lors que les ministres se sont fondés sur ses fonctions pour prendre la mesure de gel de ses fonds et ressources économiques ;
- il est entaché d'erreurs de fait qui révèlent un défaut d'examen de sa situation ;
- il est entaché d'erreur d'appréciation ;
- il a porté une atteinte manifestement disproportionnée et excessive à l'exercice de son droit de propriété tel que garanti par l'article 1er du protocole n°1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il a porté une atteinte manifestement excessive à son droit de mener une vie privée et familiale normale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 novembre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 12 janvier 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 31 janvier 2022.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution ;
- la décision n° 2015-524 QPC du 2 mars 2016 du Conseil constitutionnel ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et son premier protocole additionnel ;
- le règlement (CE) n° 2580/2001, du Conseil, du 27 décembre 2001 ;
- la position commune 2001/931/PESC, du Conseil, du 27 décembre 2001 ;
- le code monétaire et financier ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- et les conclusions de Mme Alidière, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 9 décembre 2020, le ministre de l'économie, des finances et de la relance et le ministre de l'intérieur ont, en application des articles L. 562-2 et suivants du code monétaire et financier, pris pour une période de six mois une mesure de gel des fonds et ressources économiques possédés, détenus ou contrôlés par M. B, de nationalité turque. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent.
A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ".
3. L'arrêté attaqué vise notamment l'article L. 562-2 du code monétaire et financier sur lequel il se fonde et précise notamment que M. B est membre actif du centre démocratique du peuple kurde (CDPK) de Strasbourg, qu'il est en contact régulier avec l'un des principaux responsables du PKK en région Grand Est, qu'il est responsable depuis 2018 de la Kampanya dans la région strabourgeoise et a fait partie des collecteurs de fonds en 2020, qu'il est impliqué dans le recrutement et l'envoi de jeunes kurdes dans des camps d'entraînement des combattants du PKK en Irak, que sous couvert des cours de musique traditionnelle kurde qu'il dispense au sein du CDPK de Strasbourg, il met en relation des jeunes kurdes avec des membres plus âgés qui les encouragent à participer à des camps d'embrigadement et que ces activités sont de nature à faciliter la concrétisation des actions terroristes du PKK. L'arrêté attaqué comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / () 2° Lorsque leur mise en œuvre serait de nature à compromettre l'ordre public () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 122-2 de ce code : " Les mesures mentionnées à l'article L. 121-1 à caractère de sanction ne peuvent intervenir qu'après que la personne en cause a été informée des griefs formulés à son encontre et a été mise à même de demander la communication du dossier la concernant. ".
5. Les mesures prises sur le fondement de l'article L. 562-1 du code monétaire et financier, qui n'ont pas de finalité répressive, constituent des mesures de police administrative et poursuivent l'objectif de prévention des atteintes à l'ordre public et des infractions, notamment la commission d'actes de terrorisme, et de préservation de la sécurité et la sûreté publique, nécessaire à la sauvegarde de droits et de principes de valeur constitutionnelle. Dès lors que la mise en œuvre d'une procédure contradictoire permettrait à la personne concernée de transférer ses avoirs dans des lieux insaisissables pour les autorités administratives, elle priverait de tout effet utile la mesure de gel des avoirs, et serait ainsi de nature à compromettre l'ordre public qu'elle a pour objet de préserver. Il s'en suit qu'en application des dispositions précitées de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration, qui autorisent à déroger au principe du respect d'une procédure contradictoire préalable pour autant qu'une telle procédure serait de nature à compromettre l'ordre public, une procédure contradictoire n'a pas à être suivie préalablement à une mesure de gel des avoirs. Par ailleurs, M. B ne peut utilement invoquer la méconnaissance de l'article L. 122-2 du même code à l'encontre de la mesure contestée qui ne présente pas le caractère d'une sanction. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de ces dispositions ne peuvent qu'être écartés.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 562-2 du code monétaire et financier : " Le ministre chargé de l'économie et le ministre de l'intérieur peuvent décider, conjointement, pour une durée de six mois, renouvelable, le gel des fonds et ressources économiques : / 1° Qui appartiennent à, sont possédés, détenus ou contrôlés par des personnes physiques ou morales, ou toute autre entité qui commettent, tentent de commettre, facilitent ou financent des actes de terrorisme, y incitent ou y participent () ". Aux termes de l'article L. 562-1 du même code : " Pour l'application du présent chapitre, on entend par : / 1° "Acte de terrorisme": les actes définis au 4° de l'article 1er du règlement (UE) n° 2580/2001 du Conseil du 27 décembre 2001 concernant l'adoption de mesures restrictives spécifiques à l'encontre de certaines personnes et entités dans le cadre de la lutte contre le terrorisme ; () ". Ces dispositions renvoient elles-mêmes à la définition qui figure à l'article 1er, paragraphe 3, de la position commune 2001/931/PESC, aux termes duquel : " Aux fins de la présente position commune, on entend par "acte de terrorisme", l'un des actes intentionnels suivants, qui, par sa nature ou son contexte, peut gravement nuire à un pays ou à une organisation internationale, correspondant à la définition d'infraction dans le droit national, lorsqu'il est commis dans le but de : / i) gravement intimider une population, ou / ii) contraindre indûment des pouvoirs publics ou une organisation internationale à accomplir ou à s'abstenir d'accomplir un acte quelconque, ou / iii) gravement déstabiliser ou détruire les structures fondamentales politiques, constitutionnelles, économiques ou sociales d'un pays ou d'une organisation internationale : / a) les atteintes à la vie d'une personne, pouvant entraîner la mort ; / b) les atteintes graves à l'intégrité physique d'une personne ; / c) l'enlèvement ou la prise d'otage ; / d) le fait de causer des destructions massives à une installation gouvernementale ou publique, à un système de transport, à une infrastructure, y compris un système informatique, à une plate-forme fixe située sur le plateau continental, à un lieu public ou une propriété privée susceptible de mettre en danger des vies humaines ou de produire des pertes économiques considérables ; / e) la capture d'aéronefs, de navires ou d'autres moyens de transport collectifs ou de marchandises ; / f) la fabrication, la possession, l'acquisition, le transport, la fourniture ou l'utilisation d'armes à feu, d'explosifs, d'armes nucléaires, biologiques ou chimiques ainsi que, pour les armes biologiques ou chimiques, la recherche et le développement ; / g) la libération de substances dangereuses, ou la provocation d'incendies, d'inondations ou d'explosions, ayant pour effet de mettre en danger des vies humaines ; /h) la perturbation ou l'interruption de l'approvisionnement en eau, en électricité ou toute autre ressource naturelle fondamentale ayant pour effet de mettre en danger des vies humaines ; / i) la menace de réaliser un des comportements énumérés aux point a) à h) ; / j) la direction d'un groupe terroriste ; / k) la participation aux activités d'un groupe terroriste, y compris en lui fournissant des informations ou des moyens matériels, ou toute forme de financement de ses activités, en ayant connaissance que cette participation contribuera aux activités criminelles du groupe. / Aux fins du présent paragraphe, on entend par "groupe terroriste", l'association structurée, de plus de deux personnes, établie dans le temps, et agissant de façon concertée en vue de commettre des actes terroristes. Les termes "association structurée" désignent une association qui ne s'est pas constituée par hasard pour commettre immédiatement un acte terroriste et qui n'a pas nécessairement de rôles formellement définis pour ses membres, de continuité dans sa composition ou de structure élaborée ".
7. Aucune disposition législative, ni aucun principe ne s'oppose à ce que les faits relatés par les " notes blanches " produites par le ministre de l'intérieur, qui ont été versées au débat contradictoire et ne sont pas sérieusement contestées, soient susceptibles d'être pris en considération par le juge administratif.
8. D'une part, l'arrêté litigieux dans le dernier motif précise que " les activités de M. D B sont de nature à faciliter la concrétisation des actions terroristes du PKK ; que par suite, il doit être regardé comme facilitant et incitant à commettre des actes de terrorisme et entre ainsi dans le champ d'application de la disposition précitée ". Ainsi, ce ne sont pas les fonctions de M. B, au sens des dispositions de l'article L. 562-2 du code monétaire et financier dans sa rédaction résultant de l'ordonnance du 30 janvier 2009 déclarées contraires à la Constitution par la décision susvisée n° 2015-524 QPC du 2 mars 2016 du Conseil constitutionnel, qui ont été prises en considération par l'arrêté contesté, mais bien ses activités militantes au sein et au bénéfice du PKK. L'arrêté n'est donc entaché d'aucune erreur de droit sur ce point.
9. D'autre part, M. B invoque plusieurs erreurs de fait. Il soutient d'abord qu'il a déménagé à Strasbourg dès le mois de septembre 2014 et n'a ainsi pu exercer des fonctions de collecteurs de fonds pour C jusqu'en 2018 dans le Vaucluse. La note blanche produite par le ministre de l'intérieur indique sur ce point qu'il a participé à la collecte de la Kampanya dans le Vaucluse jusqu'à son départ pour la région alsacienne en 2018. Or, M. B établit par la production de contrats de travail et de bulletins de paie, de contrats de location, de factures d'électricité, d'avis d'imposition, et de relevés bancaires qu'il a déménagé en région alsacienne dès le mois de septembre 2014. Il est donc fondé à soutenir que l'arrêté contesté est entaché d'une erreur de fait sur ce point. Il fait valoir par ailleurs, qu'il ne donne pas de cours de musique aux jeunes ni n'est recruteur de jeunes activistes alors qu'il était seulement professeur de guitare dans un cours de danse folklorique adulte et ne donne plus de cours depuis 2019 en raison d'une blessure à la main et au coude. Toutefois, la production de quatre comptes rendus radiologiques réalisés en mars et avril 2019 et en mars et septembre 2020 mentionnant une inflammation des tendons du coude droit avec une petite fissuration longitudinale intratendineuse ainsi qu'une tendinopathie du tendon commun épicondylien latéral ne suffit pas à remettre en cause les éléments précis et circonstanciés figurant dans la note blanche selon lesquels il dispense des cours de musique traditionnelle kurde au sein du CDPK-Strasbourg, au cours desquels de jeunes kurdes sont mis en relation avec des membres plus âgés qui encouragent leurs cadets à participer à des camps d'embrigadement à la suite desquels il sont envoyés dans des camps d'entraînement des combattants du PKK, et a, par ailleurs, contacté en août 2020 les parents de l'une des jeunes recrues afin de les rassurer sur le lieu de séjour de leurs enfants et qu'ainsi, sous couvert de cours de musique traditionnelle, il sert de recruteur à l'organisation du PKK. En outre, si M. B conteste s'être rendu à Nancy le 4 octobre 2020 pour participer à la collecte de fonds et soutient qu'il ne s'est rendu qu'une seule fois dans cette ville en 2019, la seule production d'une convocation de sa soeur à une audience qui s'est tenue au tribunal administratif de Nancy le 25 mars 2019 n'est pas de nature à remettre en cause les éléments précis et circonstanciés figurant dans la note blanche selon lesquels sur la période de septembre-octobre 2020 il a fait partie des collecteurs de la Kampanya et " a été aperçu le 4 octobre 2020 récoltant l'impôt révolutionnaire à Nancy". Enfin, si l'intéressé soutient qu'il n'a pas participé à une réunion de collecte de fonds le 16 septembre 2018, il ne produit aucun élément de nature à remettre en cause les éléments précis et circonstanciés figurant dans la note blanche selon lesquels " le 16 septembre 2018, il a participé à une réunion faisant le point sur la collecte de la Kampanya, à laquelle étaient convoqués les collecteurs de la région Alsace. Cette réunion s'est tenue en présence du cadre régional du KCDK-E pour l'Est de la France, Selahattin AKAR, alias E ". Dans ces conditions, M. B est seulement fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait en ce qu'il indique qu'il a participé à la collecte de la Kampanya dans le Vaucluse jusqu'à son départ pour la région alsacienne en 2018. Cette seule erreur de fait n'est pas de nature à révéler un défaut d'examen de la situation de M. B alors que l'inexactitude matérielle des autres faits reprochés à l'intéressé n'est, par ailleurs, pas établie.
10. Enfin, pour contester l'appréciation des faits par le ministre de l'économie, des finances et de la relance et le ministre de l'intérieur, l'intéressé qui conteste être collecteur de fonds et recruteurs de jeunes pour C, fait valoir qu'il travaille à temps plein comme peintre du bâtiment, est en charge de trois enfants en bas âge, n'a aucun apport et même des crédits en cours, et s'est borné à participer aux grandes manifestations publiques déclarées et légales pour la libération du leader politique Abdullah Ocalan et la commémoration de la mort de militants kurdes. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 9, il n'apporte pas d'éléments de nature à contredire les informations précises et circonstanciées contenues dans les " notes blanches " versées au débat contradictoire, selon lesquelles, d'une part, C est une organisation politique qui mène des actions terroristes et est inscrite sur la liste des organisations terroristes de l'Union européenne, et, d'autre part, il est responsable de la Kampanya dans la région strasbourgeoise, dans le cadre de laquelle il sollicite directement les retardataires, se déplace à leur domicile pour récupérer les sommes dues et met en œuvre des pressions physiques à l'encontre des membres de la communauté kurde qui tarderaient à payer et est impliqué dans le recrutement et l'envoi de jeunes kurdes dans des camps d'entraînement des combattants du PKK en Irak. La circonstance que les faits lui étant reprochés ne seraient pas susceptibles de caractériser une infraction pénale et qu'il n'aurait jamais fait l'objet de poursuites judiciaires est sans incidence sur la mesure de police administrative litigieuse, qui a été prise en application des dispositions précitées de l'article L. 562-2 du code monétaire et financier et n'a pas d'autre finalité que la préservation de l'ordre public et la prévention des infractions. Ces dispositions n'emportent aucune conséquence en matière de poursuites judiciaires et n'empiètent pas sur l'exercice éventuel des fonctions juridictionnelles. Dans ces conditions, eu égard aux faits reprochés à l'intéressé mentionnés au point 9, et alors qu'il résulte de l'instruction que les ministres auraient pris la même décision s'ils n'avaient pas commis l'erreur de fait retenue au point 9 du jugement, M. B n'est pas fondé à soutenir que le ministre de l'économie, des finances et de la relance et le ministre de l'intérieur, en estimant qu'il devait être regardé comme facilitant la commission d'actes de terrorisme et en prononçant, pour ce motif, le gel de ses avoirs pour une durée de six mois, en application des articles L. 562-2 et suivants du code monétaire et financier, auraient commis une erreur d'appréciation.
11. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 1er du 1er protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne physique ou morale a droit au respect de ses biens. Nul ne peut être privé de sa propriété que pour cause d'utilité publique et dans les conditions prévues par la loi et les principes généraux du droit international. / Les dispositions précédentes ne portent pas atteinte au droit que possèdent les Etats de mettre en vigueur les lois qu'ils jugent nécessaires pour réglementer l'usage des biens conformément à l'intérêt général ou pour assurer le paiement des impôts ou d'autres contributions ou des amendes ".
12. Si les dispositions précitées de l'article L. 562-2 du code monétaire et financier comportent une restriction à l'usage du droit de propriété, cette restriction est fondée sur un but légitime, tiré du maintien de l'ordre public, de la préservation de la sécurité et de la sûreté publiques et de la prévention d'infractions en matière d'actes terroristes. Une telle restriction est nécessaire afin d'atteindre efficacement le but poursuivi. En l'espèce, compte tenu des faits précédemment mentionnés, les restrictions à l'usage du droit de propriété de M. B, pour une durée de six mois, prévues par la mesure de police litigieuse, ne présentent pas de caractère disproportionné aux buts poursuivis alors qu'il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté que, le 11 décembre 2020, le ministre de l'économie et des finances a, en application de l'article L. 562-11 du même code, autorisé en tout ou partie, les dépenses de loyer, les remboursements d'emprunts, les primes d'assurances et mutuelles, les abonnements aux fournisseurs d'énergie, les abonnements liés aux transports publics, les frais de syndic, les dépenses liées à la scolarité des enfants, les dépenses liées à la santé, les taxes, impôts, redevances dus aux administrations et les virements entre les comptes gelés appartenant au requérant, et proposé à ce dernier de communiquer à son établissement bancaire le calcul d'une enveloppe à partir des dépenses constatées dans le passé pour assurer les dépenses liées au maintien de son ménage. M. B ne précise pas les motifs pour lesquels la décision attaquée serait disproportionnée au regard de sa situation personnelle. Par suite, ce moyen doit être écarté.
13. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
14. M. B soutient que la mesure est de nature à porter une atteinte manifestement disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, l'arrêté attaqué n'a pas, compte tenu du but légitime de la mesure, des faits retenus à l'encontre de l'intéressé et de l'autorisation de dégel partiel qui lui a été accordée, porté au droit de l'intéressé de mener une vie privée et familiale normale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Ce moyen doit donc être écarté.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, sous astreinte et d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme le Roux, présidente,
Mme Madé, première conseillère,
Mme Berland, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2022.
La rapporteure,
C. A
La présidente,
M-O. LE ROUXLa greffière,
I. SZYMANSKI
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique et au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui les concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
2/4-
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026