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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2103397

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2103397

mercredi 15 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2103397
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre
Avocat requérantPATUREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 18 février 2021, le 2 juin 2021 et le 6 juillet 2021, Mme A F B, représentée par Me Patureau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 janvier 2021 par lequel le préfet de police a refusé de renouveler son titre de séjour temporaire, mention " vie privée et familiale " ;

2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour temporaire mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet de police, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour portant autorisation de travail dans l'attente de cet examen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence de son signataire ;

- il est incorrectement motivé en droit et insuffisamment motivé en fait ;

- il méconnaît l'autorité de chose jugée attachée au jugement n° 1913803 rendu par le présent tribunal le 24 janvier 2020 ;

- il méconnaît les dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 17 mai et le 1er juillet 2021, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

M. C a lu son rapport au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante ivoirienne née le 13 août 1989, déclare être entrée en France en 2012 et y résider avec son fils, G B, né le 21 juin 2015, de nationalité française, ainsi qu'avec deux jumeaux nés d'une seconde relation, le 31 mai 2021. Elle a bénéficié d'une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " valable du 28 juillet 2016 au 27 juillet 2017, puis s'est vue octroyer plusieurs récépissés de demande de renouvellement de ce titre. Par arrêté du 28 mai 2019, le préfet de police lui a retiré sa carte de séjour temporaire au motif d'une reconnaissance de paternité frauduleuse de son fils français. Toutefois, cet arrêté ayant fait l'objet d'une annulation par jugement du 24 janvier 2020 du présent tribunal, Mme B a été mise en possession d'une autorisation provisoire de séjour en sa qualité de parent d'enfant français, valable du 1er décembre 2020 au 28 février 2021, dont elle a sollicité le renouvellement. Par arrêté du 29 janvier 2021, le préfet de police a rejeté sa demande de renouvellement. Par la requête susvisée, Mme B sollicite l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2020-0102 du 28 décembre 2020, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le préfet de police a donné délégation à Mme E D pour signer tout acte, arrêté et décision nécessaire à l'exercice des missions de la direction de la police générale, parmi lesquelles figure la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux du 29 janvier 2021 mentionne les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles il se fonde, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et fait état d'éléments de la situation administrative et personnelle de Mme B. Le préfet mentionne notamment la nationalité de la requérante, sa date d'entrée en France, ainsi que la naissance de son fils, de nationalité française, et la reconnaissance de paternité par un ressortissant français. Le préfet relève également qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale. Ainsi, l'arrêté litigieux, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivé. Le moyen doit par suite être écarté.

4. En troisième lieu, Mme B soutient que le préfet aurait méconnu l'autorité de la chose jugée qui s'attache au jugement n° 1913803 du 24 janvier 2020 du tribunal administratif de Paris annulant l'arrêté du 28 mai 2019 par lequel le préfet de police procédait au retrait de son titre de séjour, lui en refusait le renouvellement et l'obligeait à quitter le territoire français. Toutefois, cet arrêté se fondait sur l'existence d'une fausse reconnaissance de paternité, et a fait l'objet d'une annulation au motif que les considérations mises en avant par le préfet de police ne constituaient pas, à elles seules, des éléments précis et concordants de nature à établir l'existence d'une fraude. De surcroît, eu égard au motif d'annulation retenu, ledit jugement se borne à enjoindre au préfet de police de procéder au réexamen de la demande de Mme B, et non de lui délivrer un titre de séjour en sa qualité de parent d'enfant français. Dès lors que l'arrêté attaqué par la requête susvisée, en date du 29 janvier 2021, refuse le renouvellement du titre de séjour de l'intéressée au motif que cette dernière ne remplit ni les conditions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les conditions du 7° de ce même article, le moyen tiré de la méconnaissance, par cet arrêté, de l'autorité de la chose jugée ne peut qu'être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () 6° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. / Lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent, en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, justifie que ce dernier contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du même code, ou produit une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ".

6. Pour refuser de renouveler le titre de séjour de Mme B en qualité de parent d'enfant français, le préfet de police a considéré que l'intéressée ne remplissait plus les conditions prévues par l'article L. 313-11 6° précité, dans la mesure où le père de l'enfant ne justifiait pas contribuer de manière effective à l'entretien et à l'éducation de son fils, G B, né le 21 juillet 2015 dans le Val-de-Marne. En l'espèce, pour établir la contribution du père à l'entretien de son fils, Mme B se borne à apporter une attestation du père de l'enfant en date du 29 mars 2019, affirmant verser en espèces la somme de 80 euros, sans préciser la fréquence du versement ; un justificatif de virement de 76,22 euros daté du 30 mars 2019 ; ainsi que deux déclarations de recette de la direction générale des finances publiques d'un montant de 100 euros, en date du 11 septembre 2019 et du 18 janvier 2021, que Mme B affirme correspondre au paiement de la cantine scolaire. Ces apports financiers, peu nombreux et discontinus, ne sont pas de nature à établir la contribution effective du père à l'entretien de son fils. Par ailleurs, la seule affirmation selon laquelle le père de l'enfant lui rendrait visite lorsque sa présence en France le permettrait, ainsi que la production de deux photos, n'est pas de nature à établir la contribution de ce dernier à l'éducation de l'enfant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Mme B soutient que l'arrêté litigieux porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale dès lors qu'elle réside habituellement en France depuis 2012, que sa cellule familiale se trouve sur le territoire français, qu'elle exerce une activité professionnelle de garde d'enfants depuis 2016 et qu'elle témoigne d'une intégration dans la société française. Toutefois, l'intéressée n'établit la réalité de sa présence continue en France qu'à partir de 2015, soit six années à la date de la décision attaquée, et son emploi de garde d'enfants n'est exercé qu'à temps partiel pour des revenus n'excédant pas 526 euros nets par mois. Si elle démontre avoir obtenu une certification d'agent de sécurité en juin 2019, elle n'allègue pas avoir exercé d'activité professionnelle dans ce domaine. En outre, Mme B est célibataire et n'établit pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a passé la majeure partie de son existence. Enfin, la présence en France de ses sœurs, comme de ses deux enfants nés le 31 mai 2021 d'un père camerounais, dont elle ne justifie ni même n'allègue qu'ils auraient la nationalité française, ne lui confère aucun droit au séjour. Le préfet n'a, par suite, méconnu ni les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en refusant le renouvellement du titre de séjour de Mme B. Le moyen doit donc être écarté.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

10. Ainsi qu'il a été dit au point 6, Mme B ne démontre pas que le père de nationalité française contribuerait à l'entretien et l'éducation de son fils, G B. Par ailleurs, si la requérante se prévaut de la scolarisation de son fils, âgé de cinq ans à la date de la décision litigieuse, en classe de maternelle, cet élément ne permet toutefois pas d'établir que l'enfant, qui est encore très jeune, ne pourrait poursuivre sa scolarité aux côtés de sa mère en Côte d'Ivoire, où il pourrait également côtoyer son père, qui atteste y séjourner régulièrement. En tout état de cause, l'arrêté attaqué, qui n'emporte pas l'éloignement de la requérante du territoire national, n'a pas pour conséquence de séparer l'enfant français de sa mère. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

11. En dernier lieu, et pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8, l'arrêté attaqué n'est pas entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme B. Le moyen doit donc être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A F B et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 1er février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Rohmer, président,

M. Guiader, premier conseiller,

M. Lenoir, conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 15 février 2023.

Le président-rapporteur,

B. C

L'assesseur le plus ancien,

V. GUIADER

La greffière,

S. CAILLEU-HELAIEM

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision./1-3

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