vendredi 14 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2103514 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 4e Chambre |
| Avocat requérant | SAUTEREAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 février 2021, Mme B A, représentée par Me Sautereau, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté interministériel du 10 septembre 2020 la plaçant en congé de maladie ordinaire d'office, les arrêtés interministériels du 1er octobre 2020 et du 2 novembre 2020 prolongeant son congé de maladie, la décision de rejet du recours gracieux qu'elle a formé contre ces trois arrêtés ainsi que l'arrêté interministériel du 4 décembre 2020 la plaçant d'office en congé de longue maladie pour la période du 2 septembre 2020 au 1er mars 2021 ;
2°) d'enjoindre au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ou, subsidiairement, de son article L. 911-2, de reconstituer ses droits sociaux et à rémunération ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté du 10 septembre 2020 a été pris avant de recueillir l'avis d'un médecin agréé et avant la saisine du comité médical et ceux du 1er octobre 2020 et du 2 novembre 2020 avant de recueillir l'avis d'un médecin agréé ;
- l'administration ne pouvait pas la placer d'office en congé de maladie dans l'attente de l'avis du comité médical sans que le médecin de prévention ait établi l'incompatibilité de son état de santé avec le service ;
- elle ne pouvait pas se fonder sur le rapport hiérarchique du 27 août 2020 qui est entaché d'erreurs matérielles ;
- les arrêtés de placement en congé de maladie d'office du 10 septembre 2020, du 1er octobre 2020 et du 2 novembre 2020 sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation sur la compatibilité de son état de santé avec l'exercice de ses fonctions ;
- l'arrêté du 4 décembre 2020 est entaché d'erreur d'appréciation dès lors qu'un congé de longue maladie ne peut être octroyé que dans le cas d'une maladie particulièrement invalidante, présentant un degré de gravité confirmé, nécessitant des soins prolongés et entraînant l'impossibilité d'exercer ses fonctions ce qui n'est pas le cas en l'espèce ;
- les décisions attaquées sont entachées d'un détournement de pouvoir leur but étant de l'inciter à demander sa réintégration dans son administration d'origine.
Par un mémoire enregistré le 20 juillet 2022, le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les conclusions tendant à l'annulation des arrêtés du 10 septembre 2020, du 1er octobre 2020 et du 2 novembre 2020, qui ont été retirés par l'arrêté du 4 décembre 2020, sont irrecevables ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un courrier du 22 novembre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré du défaut d'intérêt pour agir de la requérante contre l'arrêté du 4 décembre 2020 portant placement en congé de longue maladie, cette décision ayant été prise à la demande de l'intéressée.
Par un mémoire enregistré le 29 novembre 2022, Mme A a répondu au moyen relevé d'office.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 31 mars 2023 :
- le rapport de Mme Arnaud, conseillère ;
- les conclusions de M. Degand, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, adjointe administrative initialement affectée aux services du Premier ministre, a été détachée sur le poste d'assistante de secteur au sein de l'unité départementale de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) de Paris, à compter du 1er mai 2020 et pour une durée d'un an. Par un arrêté du ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports, du ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion et du ministre des solidarités et de la santé du 10 septembre 2020, elle a été placée d'office en congé de maladie du 2 septembre au 6 octobre 2020. Son congé a été prolongé par un arrêté interministériel du 1er octobre 2020, pour la période du 7 octobre au 3 novembre 2020, puis par un arrêté interministériel du 2 novembre 2020, pour la période du 4 novembre au 3 décembre 2020. Le 4 décembre 2020, Mme A a formé un recours gracieux demandant le retrait de ces trois arrêtés. Par un arrêté interministériel du même jour, elle a été placée en congé de longue maladie pour la période du 2 septembre 2020 au 1er mars 2021. Elle demande au tribunal l'annulation des arrêtés du 10 septembre 2020, du 1er octobre 2020 et du 2 novembre 2020 et de la décision implicite de rejet du recours gracieux formé à leur encontre ainsi que celle de l'arrêté du 4 décembre 2020.
Sur les conclusions dirigées contre l'arrêté du 4 décembre 2020 :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 alors en vigueur : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () / 3° A des congés de longue maladie d'une durée maximale de trois ans dans les cas où il est constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaire un traitement et des soins prolongés et qu'elle présente un caractère invalidant et de gravité confirmée () ".
3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que l'avis du médecin de prévention, établi le 22 septembre 2020, fait état du fait que Mme A est très angoissée et dépressive et l'oriente vers son médecin traitant pour repos et soins. De plus, si le psychiatre agréé, dans son avis du 2 novembre 2020, ne constate pas de symptomatologie dépressive, il fait état d'une hyper expressivité clinique, d'un trouble anxieux dans un contexte de personnalité histrionique et affirme que l'état de santé de Mme A justifie l'octroi d'un congé de longue maladie de six mois. En outre, le 3 décembre 2020, le comité médical s'est prononcé en faveur de l'ouverture d'un tel congé du 2 septembre 2020 au 1er mars 2021. Ni le fait que le médecin traitant de Mme A ait refusé de la placer en arrêt de travail, ce dont la requérante n'apporte au demeurant pas la preuve, ni le fait qu'un praticien hospitalier ait certifié, dans une attestation particulièrement peu circonstanciée datée du 24 janvier 2021, n'avoir noté aucun trouble psychique lors de son entretien avec l'intéressée, sans qu'il se prononce sur sa capacité à exercer ses fonctions à la date de la décision du 4 décembre 2020, ne sont susceptibles de remettre en cause les diagnostics formulés par le médecin de prévention et le médecin agréé.
4. D'autre part, dans le rapport hiérarchique du 27 août 2020, le secrétaire général de l'unité départementale de Paris de la DIRECCTE constate que le manque de concentration de Mme A, le mélange ou la perte de dossiers, la tenue de propos peu compréhensibles sur sa situation personnelle et ses départs précipités de son lieu de travail en cours de journée pour des motifs personnels montrent que son état de santé ne lui permet pas d'assumer correctement les tâches qui lui sont confiées. Il en déduit que son comportement perturbe le service et l'ensemble de ses collègues. Si la requérante conteste une partie des faits mentionnés dans ce rapport, en revanche, elle ne conteste pas son incapacité à effectuer correctement son travail.
5. Il résulte de ce qui précède que l'administration n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que les troubles dont souffre Mme A la placent dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, justifient des soins prolongés et présentent un caractère invalidant et de gravité confirmée.
6. En second lieu, il ressort des pièces du dossier, en particulier du courriel adressé par la requérante à la responsable des ressources humaines de l'unité départementale de la DIRECCTE, qu'elle a, dès le 9 septembre 2020, exprimé le souhait d'être réintégrée dans son administration d'origine à l'issue de son détachement. Par suite, elle ne peut utilement soutenir que son administration de détachement a voulu l'inciter à demander sa réintégration dans son administration d'origine en la plaçant d'office en congé de longue maladie ou en retardant la notification de la décision du 4 décembre 2020, qui lui donne droit à un plein traitement. En outre, la requérante ne produit aucune pièce probante permettant d'établir l'existence d'un détournement de pouvoir. Dès lors, ce moyen doit en tout état de cause être écarté.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 4 décembre 2020 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.
Sur les conclusions dirigées contre les arrêtés du 10 septembre 2020, du 1er octobre 2020 et du 2 novembre 2020 :
8. Aux termes des dispositions de l'article 35 du décret du 14 mars 1986, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " Pour obtenir un congé de longue maladie ou de longue durée, les fonctionnaires en position d'activité ou leurs représentants légaux doivent adresser à leur chef de service une demande appuyée d'un certificat de leur médecin traitant spécifiant qu'ils sont susceptibles de bénéficier des dispositions de l'article 34 (3° ou 4°) de la loi du 11 janvier 1984 susvisée. () / Si la demande de congé est présentée au cours d'un congé antérieurement accordé dans les conditions prévues à l'article 34 (2°), 1er alinéa de la loi du 11 janvier 1984 susvisée, la première période de congé de longue maladie ou de longue durée part du jour de la première constatation médicale de la maladie dont est atteint le fonctionnaire ". L'arrêté du 4 décembre 2020 plaçant d'office Mme A en congé de longue maladie à compter du 2 septembre 2020 et jusqu'au 1er mars 2021 s'est substitué aux arrêtés des 10 septembre 2020, 1er octobre 2020 et 2 novembre 2020 qui la plaçaient d'office en congé de maladie. Ces trois arrêtés ont dès lors été implicitement mais nécessairement retirés par l'arrêté du 4 décembre 2020.
9. Lorsque le juge est parallèlement saisi de conclusions tendant, d'une part, à l'annulation d'une décision et, d'autre part, à celle de son retrait et qu'il statue par une même décision, il lui appartient de se prononcer sur les conclusions dirigées contre le retrait puis, sauf si, par l'effet de l'annulation qu'il prononce, la décision retirée est rétablie dans l'ordonnancement juridique, de constater qu'il n'y a plus lieu pour lui de statuer sur les conclusions dirigées contre cette dernière.
10. Il résulte de ce qui vient d'être dit que l'arrêté du 4 décembre 2020, qui a notamment retiré les arrêtés du 10 septembre 2020, du 1er octobre 2020 et du 2 novembre 2020, n'est pas entaché d'illégalité. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de ces arrêtés sont devenues sans objet en cours d'instance. Dès lors, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à leur annulation.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse à Mme A la somme qu'elle demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme A tendant à l'annulation des arrêtés du 10 septembre 2020, du 1er octobre 2020 et du 2 novembre 2020.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion et au directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités.
Délibéré après l'audience du 31 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Aubert, présidente,
M. Blusseau, conseiller,
Mme Arnaud, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 avril 2023.
La rapporteure,
B. Arnaud
La présidente,
S. Aubert La greffière,
A. Louart
La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2103514
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026