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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2103981

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2103981

mercredi 25 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2103981
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1re Section - 1re Chambre
Avocat requérantORHANT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires complémentaires, le dernier mémoire n'étant pas communiqué, enregistrés respectivement le 26 février 2021, le 10 mars 2021 et le 4 janvier 2023, M. B F, représenté par Me Orhant, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 28 décembre 2020 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de rétablir ses conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de rétablir rétroactivement ses conditions matérielles d'accueil dans un délai de trois jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou à défaut d'admission à l'aide juridictionnelle, à verser à lui-même.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'il n'a pas été mis en mesure de présenter ses observations ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 décembre 2022, le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu :

-les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi du 10 juillet 1991,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique:

- le rapport de Mme C,

- et les conclusions de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1.M. B F, ressortissant afghan, né le 1er janvier 1985, a présenté une demande d'asile le 7 décembre 2017. Le 8 décembre 2017, il acceptait les conditions matérielles d'accueil proposées par l'OFII. L'intéressé a par la suite été déclaré en fuite. A l'expiration du délai de transfert, la demande d'asile de M. F a été enregistrée en procédure normale, le 18 novembre 2020. Ce dernier a sollicité le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil auprès de l'OFII, demande rejetée par décision du 28 décembre 2020. M. F avait alors demandé la suspension de l'exécution de cette décision, demande rejetée par ordonnance du juge des référés du 8 mars 2021. Par la présente requête, M. F sollicite l'annulation de la décision du 28 décembre 2020 par laquelle l'OFII a refusé de rétablir ses conditions matérielles d'accueil. Par décision du 22 décembre 2021 notifiée le 3 janvier 2022, l'OFPRA a accordé le statut de réfugié à M. F.

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2.Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".

3.Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. F au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

4.En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme E D, adjointe à la directrice territoriale de Paris, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature consentie par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en date du 2 octobre 2020. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.

5.En deuxième lieu, la décision attaquée mentionne les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles elle se fonde et indique que l'intéressé ne justifie pas des raisons pour lesquelles il est resté sans attestation de demande d'asile jusqu'au 18 novembre 2020. La décision précise en outre que sa situation personnelle et familiale ne fait pas apparaître de facteur de vulnérabilité au sens de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et répond à l'exigence de motivation posée par les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

6.En troisième lieu, il ne résulte ni des dispositions de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni de celles de l'article D. 744-38 du même code que, lorsqu'il est saisi d'une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, l'OFII devrait mettre l'intéressé en mesure de présenter des observations écrites. L'OFII n'avait pas plus l'obligation de soumettre sa décision au respect d'une procédure contradictoire préalable sur le fondement de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors que la décision a été adoptée à la suite d'une demande formulée par M. F. Par suite, M. F n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait été adoptée en méconnaissance du principe du contradictoire.

7.En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : () / 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. () ". Aux termes de l'article L. 744-8 du même code : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile () ". Il résulte de ces dispositions que dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement de l'article L. 744-8, dans sa rédaction issue de la loi du 29 juillet 2015, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

8.M. F soutient que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article

L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'OFII s'est fondé, pour refuser de rétablir ses conditions matérielles d'accueil, sur son maintien en situation irrégulière sur le territoire français jusqu'au 18 novembre 2020, qui ne constituerait pas un motif de refus au sens des dispositions précitées. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, a été déclaré en fuite et s'est maintenu sans attestation de demandeur d'asile du 6 janvier 2018 au 18 novembre 2020, soit pendant près de trois ans, attendant l'expiration du délai de transfert pour régulariser sa situation, sans que ce défaut de validité de son attestation de demande d'asile puisse être imputable à l'administration. Par suite, l'OFII, qui a fondé sa décision sur l'absence de justification du respect, par M. F, des obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation de l'offre de prise en charge, n'a aucunement méconnu les dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen doit donc être écarté.

9.En dernier lieu, M. F soutient que la décision entraîne des conséquences d'une gravité excessive sur sa situation personnelle et qu'elle est ainsi entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, âgé de 37 ans et présent seul en France, s'il fait état de problèmes de tension dans son entretien de vulnérabilité du 9 décembre 2020, sans pour autant réclamer l'assistance d'un médecin, se borne à produire à l'instance des convocations pour des examens médicaux datées des 27 et 28 novembre 2017et ne présente pas une situation de vulnérabilité particulière. Par suite, l'OFII n'ayant pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de M. F, le moyen doit être écarté.

10.Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction, et celles tendant à l'application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. F est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B F, à Me Orhant et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 11 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Vidal, présidente,

M. Baudat, conseiller,

M. Khansari, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 janvier 2023.

La présidente,

S. C

L'assesseur le plus ancien

J-B. BAUDAT

La greffière

S. COULANT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision./1-1

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