vendredi 21 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2104040 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET GUILLON (SELARL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 février 2021, M. C B, représenté par la SELARL Cabinet Guillon, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 33 457 euros en réparation des préjudices que lui a causé son accident du 10 mars 2016, imputable au service ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 2 787,31 euros au titre des frais d'expertise qu'il a dû acquitter ;
3°) d'assortir ces sommes des intérêts à taux légal et de la capitalisation des intérêts échus depuis plus d'un an ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il a été victime d'un accident le 10 mars 2016, dont l'imputabilité au service a été reconnue par un arrêté du 16 mars 2016 du président de la cour administrative d'appel de Paris ;
- il a subi des préjudices personnels et patrimoniaux lui ouvrant droit à une indemnité complémentaire au titre de la responsabilité sans faute de son employeur public ;
- il est fondé à demander une somme de 4 000 euros au titre des souffrances endurées, de 1 831 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire, de 15 000 euros au titre de son déficit fonctionnel permanent, de 2 860 euros au titre des dépenses de santé restées à charge, de 9 766 euros au titre des pertes de gains professionnels qu'il a subies et, enfin, de 2 787,31 au titre des frais d'expertise judiciaire mis à sa charge par une ordonnance du 16 février 2021 du vice-président du tribunal administratif de Paris.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mai 2022, le ministre de l'intérieur et des Outre-mer conclut au rejet de la requête pour les sommes supérieures à 8 606,31 euros.
Il soutient que M. B, qui n'a subi aucune perte de revenus et dont les dépenses de santé ne sont pas imputables à son accident de service, peut uniquement prétendre au versement d'une somme de 1 800 euros au titre des souffrances endurées, de 678 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire et de 3 341 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, ainsi que la prise en charge des frais d'expertise pour une somme de 2 787,31 euros.
La requête a été communiquée au secrétaire général du Conseil d'Etat, qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code des pensions civiles et militaires,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lautard-Mattioli,
- les conclusions de Mme Pestka, rapporteure publique,
- et les observations de Me Castel pour M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, adjoint technique des administrations de l'Etat et agent du ministère de l'intérieur et des Outre-mer, est affecté à la cour administrative d'appel de Paris comme gestionnaire logistique des moyens matériels et opérationnels et conducteur de véhicule. Il a été victime, le 10 mars 2016, d'une chute dans les escaliers de la cour. Par une ordonnance du 4 juin 2019, le tribunal a désigné un expert, qui a rendu son rapport le 2 novembre 2020. Par un courrier du 15 décembre 2020, réceptionné le 17 décembre 2020, M. B a présenté une demande indemnitaire au président de la cour administrative d'appel de Paris, autorité de gestion déléguée de M. B. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 9 766 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de son accident de service du 10 mars 2016.
Sur la responsabilité sans faute au titre de l'accident de service :
2. Les dispositions des articles L. 27 et L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite, qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service ou de maladies professionnelles, une rente viagère d'invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité, doivent être regardées comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Ces dispositions déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Elles ne font en revanche obstacle ni à ce que le fonctionnaire, qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la collectivité qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre cette personne publique, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette personne.
3. Par un arrêté du 16 mars 2016, le président de la cour administrative d'appel, agissant au titre des compétences de gestion qui lui sont déléguées par le ministre de l'intérieur et des Outre-mer, a reconnu imputable au service l'accident dont a été victime M. B. Par suite, le requérant est fondé à demander l'indemnisation des préjudices qui en résultent dans les conditions énoncées au point précédent.
Sur les préjudices :
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :
S'agissant des préjudices temporaires :
Quant aux dépenses de santé :
4. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expert judiciaire, que les seules dépenses de santé engagées par le requérant pour la période du 10 mars au 10 septembre 2016, date retenue par l'expert pour la consolidation du préjudice, sont imputables à l'accident de service du 10 mars 2016. Pour cette période, le requérant produit un total de cinq factures relatives à des séances d'ostéopathie pour un montant unitaire de 65 euros et pour lesquelles le praticien atteste du lien de ces consultations avec les conséquences de l'accident de service. Le ministre ne produit en défense aucun élément permettant de contredire les dires de l'expert ou la réalité de ces dépenses, non prises en charge par la sécurité sociale. En revanche, les factures présentées par M. B pour la période postérieure au 10 septembre 2016 ne sont pas susceptibles de donner lieu à une indemnisation en l'absence d'éléments contredisant le rapport d'expertise sur ce point. Par suite, le requérant est uniquement fondé à demander le versement d'une somme de 325 euros au titre de ce poste de préjudice.
Quant à la perte de jours de congés au titre de l'année 2017 :
5. M. B soutient avoir été contraint de poser au cours de l'année 2018 treize jours de congés acquis au titre de l'année 2017, puis avoir été privé par l'administration d'un reliquat de treize autres jours acquis au titre de l'année 2017. La circonstance que l'administration l'aurait privé de ses jours de congés acquis n'est toutefois pas susceptible d'engager la responsabilité sans faute de cette dernière. En tout état de cause, M. A n'établit pas de lien de causalité entre ces allégations et les conséquences de son accident de service. Par suite, M. B n'est pas fondé à demander le versement d'une somme de 1 950 euros au titre de ce poste de préjudice.
S'agissant des préjudices permanents :
Quant aux pertes de gains professionnels futures :
6. Ainsi qu'il a été dit au point 2, M. B n'est pas fondé à demander la réparation des préjudices tirés des éventuelles pertes de gains professionnels futurs sur le fondement de la responsabilité sans faute de l'administration dès lors que la réparation de ce poste est entièrement régie par les dispositions des articles L. 27 et L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite.
En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux :
S'agissant des préjudices temporaires :
Quant au déficit fonctionnel temporaire :
7. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expert judiciaire, ainsi que de celui de l'expert diligenté par l'administration, que M. B a subi un déficit fonctionnel temporaire partiel du 10 mars au 10 septembre 2016 de 10%. Contrairement à ce que soutient M. B, son placement en congé ordinaire de maladie n'est pas de nature à faire présumer une déficit temporaire total ou de 75%, qui est au demeurant contesté par le ministre en défense. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de ces préjudices, sur la base d'une somme journalière de 20 euros, en les évaluant à la somme totale de 366 euros.
Quant aux souffrances endurées :
8. Le rapport d'expertise, qui n'est contesté ni par le requérant ni par le ministre sur ce point, estime que la souffrance endurée par M. B, au seul titre des conséquences de l'accident de service, correspond à une cotation de 2 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation de cette souffrance en fixant le montant de sa réparation à 2 000 euros.
S'agissant des préjudices permanents :
Quant au déficit fonctionnel permanent :
9. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise judiciaire, qui confirme sur ce point le rapport de l'expert diligenté par l'administration ainsi que l'avis collégial de la commission ministérielle de réforme, que M. B subit un déficit fonctionnel permanent total de 10% dont 3% sont imputables aux conséquences de l'accident de service et 7% à l'évolution de l'état antérieur pathologique du requérant. M. A n'apporte aucun élément de nature médicale propre à infirmer cette répartition qui, au demeurant, n'est pas contestée par le ministre. Eu égard à l'âge de M. B et à la date de consolidation du dommage, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en fixant le montant de sa réparation à 5 000 euros.
10. Il résulte de tout ce qu'il précède que M. A est fondé à demander à ce qu'une somme totale de 7 691 lui soit versée par l'Etat en réparation des préjudices qu'il a subis du fait de l'accident de service du 10 mars 2016.
Sur les frais d'expertise :
11. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. () ".
12. Les frais et honoraires de l'expertise, liquidés et taxés à la somme totale de 2 787,31 euros par une ordonnance du 16 février 2021, doivent être mis à la charge définitive de l'Etat.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
13. En premier lieu, lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière.
14. D'une part, il y a lieu de faire droit aux conclusions de M. B tendant à ce que la somme qui lui est allouée au point 10 du présent jugement porte intérêt au taux légal à compter du 17 décembre 2020, date de réception par l'administration de sa demande indemnitaire préalable.
15. D'autre part, la capitalisation de ces intérêts a été demandée le 27 février 2021. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 18 septembre 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
16. En second lieu, la décision par laquelle la juridiction administrative met les frais d'expertise à la charge d'une partie ayant le caractère d'une condamnation à une indemnité, au sens de l'article 1153-1 du code civil, les intérêts sur le montant des frais et honoraires de l'expert ne courent qu'à compter de la date à laquelle ils ont été fixés par la décision juridictionnelle.
17. Il y a lieu de faire droit aux conclusions de M. B tendant à ce que la somme mise à la charge de l'Etat au titre des dépens porte intérêt au taux légal à compter de la date du présent jugement. Les intérêts échus à la date à laquelle ils seront dus pour la première fois depuis une année seront capitalisés à cette date et à chaque échéance annuelle ultérieure pour produire eux-mêmes intérêts.
Sur les frais liés au litige :
18. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, partie perdante, une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat versera à M. B la somme de 7 691 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 17 décembre 2020. Les intérêts échus à la date à laquelle ils étaient dus pour la première fois depuis une année seront capitalisés à cette date et à chaque échéance annuelle ultérieure pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : Les dépens, liquidés et taxés à la somme de 2 787,31 euros, sont mis à la charge définitive de l'Etat qui versera cette somme à M. B, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date du présent jugement. Les intérêts échus à la date à laquelle ils seront dus pour la première fois depuis une année seront capitalisés à cette date et à chaque échéance annuelle ultérieure pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B, au ministre de l'intérieur et des Outre-mer, et au secrétariat général du Conseil d'état.
Copie en sera adressée aux experts.
Délibéré après l'audience du 7 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Marino, président,
M. Le Broussois, premier conseiller,
M. Lautard-Mattioli, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2022.
Le rapporteur,
B. Lautard-Mattioli
Le président,
Y. MarinoLe greffier,
A. Lemieux
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/6-1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026