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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2104586

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2104586

vendredi 10 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2104586
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5e Section - 1re Chambre
Avocat requérantNOMBRET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 7 mars et 25 mai 2021, M. B, représenté par Me Nombret, demande au tribunal :

1°) de l'admette provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de police l'a placé en fuite, a prolongé son délai de transfert de six à dix-huit mois et a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de le convoquer aux fins d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer l'attestation prévue par l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ou, en cas de refus de l'aide juridictionnelle, de verser cette somme à son bénéfice, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de la décision de placement en fuite ;

- ces décisions sont insuffisamment motivées ;

- il n'est pas justifié de l'information devant être faite au pays de transfert en application de l'article 9 du règlement CE n° 1560/2003 ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 742-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 29.2 du règlement UE n° 604/2013 du 26 juin 2013 ; il n'est pas justifié de sa volonté de se soustraire intentionnellement à la décision en cause ; il conteste s'être vu remettre une convocation pour les rendez-vous des 26 juin et 3 juillet 2020 et ne s'est jamais présenté en préfecture le 27 mai 2020 ; le document en cause n'est d'ailleurs pas signé et il n'a donc jamais été informé de l'existence de cette convocation ; l'accusé de réception postal n'est pas produit.

-il a droit à un recours effectif contrairement à la position retenue par le Conseil d'Etat.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mai 2021, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. B a vu sa demande tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle rejetée pour caducité par une décision du 3 mai 2021.

Par un courrier du 7 février 2023, les parties ont été informées en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que tribunal était susceptible de soulever d'office le moyen tiré de l'irrecevabilité de la requête dirigée contre la décision de prolongation du délai de transfert dès lors qu'il s'agit d'une décision insusceptible de recours.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- le code du séjour et de l'entrée des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A ;

- et les conclusions de Mme Lambrecq, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant afghan né le 1er janvier 1994, entré irrégulièrement en France en novembre 2019, a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile le 2 décembre 2019 et son relevé d'empreintes a fait ressortir qu'il avait déjà formé une demande d'asile en Allemagne le 17 novembre 2015. Dans ces conditions, et après l'accord des autorités allemandes, il a fait l'objet, le 22 janvier 2020, d'un arrêté de transfert vers l'Allemagne et son recours formé contre celui-ci a été rejeté par jugement du 6 mars 2020, notifié le 24 mars 2020 et devenu définitif. Par trois courriels des 4 novembre et 29 décembre 2020 et du 28 janvier 2021, M. B a sollicité l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale. Il lui a été répondu par courriel du 28 janvier 2021 qu'il avait été placé en fuite et que son délai de transfert avait été prolongé de six à dix-huit mois. M. B demande l'annulation de la décision le plaçant en fuite et prolongeant son délai de transfert de six à dix-huit mois et rejetant implicitement l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, la prolongation du délai de transfert, qui résulte du seul constat de fuite du demandeur et qui ne donne lieu qu'à une information de l'État responsable de la demande d'asile par l'État membre, qui ne peut procéder au transfert du fait de cette fuite, a pour effet de maintenir en vigueur la décision de transfert aux autorités de l'État responsable et ne suppose pas l'adoption d'une nouvelle décision. Cette prolongation, de même que le constat de fuite, ne sont ainsi que des modalités d'exécution de la décision initiale de transfert et ne peuvent pas être regardées comme révélant une décision susceptible de recours.

3. En second lieu, aux termes de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " " 1. Le transfert du demandeur () de l'État membre requérant vers l'État membre responsable s'effectue conformément au droit national de l'État membre requérant, après concertation entre les États membres concernés, dès qu'il est matériellement possible et, au plus tard, dans un délai de six mois à compter de l'acceptation par un autre État membre de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée ou de la décision définitive sur le recours ou la révision lorsque l'effet suspensif est accordé conformément à l'article 27 () 2. Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'État membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'État membre requérant. Ce délai peut être porté à un an au maximum s'il n'a pas pu être procédé au transfert en raison d'un emprisonnement de la personne concernée ou à dix-huit mois au maximum si la personne concernée prend la fuite () ".

4. Il résulte de ces dispositions que le transfert vers l'Etat membre responsable peut avoir lieu pendant une période de six mois à compter de l'acceptation de la demande de prise en charge et est susceptible d'être portée à dix-huit mois si l'intéressé " prend la fuite ", cette notion devant s'entendre comme visant le cas où un ressortissant étranger se serait soustrait de façon intentionnelle et systématique au contrôle de l'autorité administrative en vue de faire obstacle à une mesure d'éloignement le concernant.

5. Le préfet de police fait valoir qu'il a convoqué M. B, par courrier, aux deux entretiens des 26 juin et 3 juillet 2020 auxquels l'intéressé s'est soustrait, ce qui a fondé son placement en fuite. Toutefois, s'il allègue que ce courrier a été remis en mains propres à l'intéressé le 27 mai 2020, le document qu'il a versé au dossier ne permet pas d'en justifier de manière probante. Dans ces conditions, M. B ne peut être considéré comme ayant été régulièrement convoqué à ces deux entretiens. Le préfet de police ne pouvait donc légitimement se fonder sur l'absence du requérant à ces deux entretiens pour procéder à son placement en fuite.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision implicite rejetant l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale.

Sur les conclusions aux fins d'injonctions sous astreinte :

7. Le présent jugement qui annule la décision de refus d'enregistrement de la demande d'asile implique que l'autorité préfectorale compétente procède à l'enregistrement de la demande d'asile de M. B en France et lui remette une attestation de demande d'asile dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du présent jugement. Il n'y a toutefois pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.

Sur les frais du litige :

8. L'aide juridictionnelle ayant été refusée à M. B en raison de la caducité de sa demande, sa demande présentée en faveur de son conseil sur le fondement de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doit être rejetée.

9. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, une somme de 800 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite par laquelle le préfet de police a refusé d'enregistrer la demande d'asile de M. B en procédure normale est annulée.

Article 2 : L'Etat versera à M. B une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police ou au préfet territorialement compétent de procéder à l'enregistrement, en procédure normale, de la demande d'asile de M. B et de lui remettre l'attestation de demande d'asile correspondante, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 23 février 2023 à laquelle siégeaient :

- Mme Riou, présidente,

- Mme Kanté, première conseillère,

- M. Coz, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 10 mars 2023.

La présidente-rapporteure,

C. AL'assesseure la plus ancienne,

C. Kanté

La greffière,

V. Lagrède

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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