jeudi 26 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2104595 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CRUSOE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 5 mars 2021, le 7 avril 2021 et le
21 juin 2022, Mme F E, représentée par Me Crusoé, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté daté du 5 janvier 2021 par lequel la ministre de la culture a nommé Mme A D cheffe du département des antiquités orientales de l'établissement public du musée du Louvre, à compter du 11 janvier 2021 ;
2°) d'enjoindre à l'établissement public du musée du Louvre et à la ministre de la culture, de nommer Mme E à l'emploi de cheffe du département des antiquités orientales, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de
150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que Mme D avait le grade de conservateur du patrimoine et ne justifiait pas d'une expérience au moins égale à celle des conservateurs en chef du patrimoine, contrairement à
Mme E ;
- en nommant Mme D au motif que son projet de service était meilleur, alors que la production d'un tel document n'était pas prévu pour candidater au poste de cheffe du département des antiquités orientales, la ministre a commis une erreur de droit et a méconnu les principes d'égal accès à l'emploi public et d'égalité de traitement des agents publics ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que la candidature de Mme E était supérieure à celle de Mme D.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 octobre 2021, la ministre de la culture, représentée par Me Carrère, demande au tribunal :
1°) de rejeter la requête de Mme E ;
2°) de mettre à la charge de Mme E une somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens ne sont pas fondés.
La procédure a été communiquée à l'établissement public du Louvre, qui n'a pas produit d'observations.
La procédure a été communiquée à Madame A D, qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du patrimoine ;
- le décret n° 86-1370 du 30 décembre 1986 ;
- le décret n°2005-850 du 27 juillet 2005 ;
- le décret n° 2013-788 du 28 août 2013 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C
- les conclusions de Mme Nikolic, rapporteure publique,
- les observations de Me Crusoé, représentant Mme E, qui soutient en particulier que le contrôle du juge est normal en la matière selon la décision du Conseil d'Etat du 14 juin 2019, n°424326,
- et les observations de Me Abbal, substituant Me Carrère et représentant la ministre, qui soutient notamment que les mérites de la requérante, qui sur sept candidatures a été classée deuxième, ne sont pas en cause, mais que même en contrôle normal le choix de la candidature de Mme D doit être confirmé.
Une note en délibéré, enregistrée le 13 janvier 2023, a été produite par Me Crusoé pour Mme E.
Considérant ce qui suit :
1. Mme F E, conservatrice en chef du patrimoine, exerçant les fonctions de directrice des musées de Châlons-en-Champagne, a fait acte de candidature, le
5 septembre 2020, à l'emploi de cheffe du département des antiquités orientales de l'établissement public du musée du Louvre. Par un arrêté de la ministre de la culture du
5 janvier 2021, Mme A D a été nommée à cet emploi à compter du 11 janvier 2021. Par un courrier du 9 février 2021, Mme E a formé un recours gracieux. Par la présente requête, Mme E doit être regardée comme demandant l'annulation de cet arrêté et le rejet de son recours gracieux.
2. En premier lieu, aux termes de l'article 1er du décret n°2005-850 du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement : " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions ou à compter du jour où cet acte prend effet, si ce jour est postérieur, peuvent signer, au nom du ministre ou du secrétaire d'Etat et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : / 1°(), les directeurs d'administration centrale (); () Cette délégation s'exerce sous l'autorité du ou des ministres et secrétaires d'Etat dont relèvent les agents, ainsi que, le cas échéant, de leur supérieur hiérarchique immédiat. " Par un décret du 14 novembre 2018, publié au journal officiel du 15 novembre 2018, M. B a été nommé directeur général des patrimoines et disposait, en application des dispositions précitées de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005, d'une délégation de signature pour signer les nominations aux emplois de chef de grand département des musées nationaux, tels que définis par les dispositions des articles R. 421-2 et R. 422-2 du code du patrimoine, auquel appartient le département des antiquités orientales du musée du Louvre. M. B étant compétent pour signer la décision en litige, le moyen doit être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 442-3 du code du patrimoine : " Les grands départements sont dirigés par des professionnels, au sens de l'article L. 442-8, nommés dans les conditions définies à l'article 1er du décret n° 86-1370 du 30 décembre 1986 fixant les dispositions statutaires applicables à certains emplois de la direction générale des patrimoines et de l'architecture. Ils portent le titre de chef de grand département. " Aux termes de l'article L. 442-8 du même code : " Les activités scientifiques des musées de France sont assurées sous la responsabilité de professionnels présentant des qualifications définies par décret en Conseil d'Etat. " Aux termes de l'article 1er du décret n° 86-1370 du 30 décembre 1986 fixant les dispositions statutaires applicables à certains emplois de la direction générale des patrimoines : " Peuvent être nommés à l'emploi de responsable de musée national ou de musée classé les membres du corps de la conservation des musées de France et les fonctionnaires détachés dans ce corps. / Peuvent être nommés à l'emploi de chef de grand département des musées nationaux, des professionnels au sens de l'article 6 de la loi n° 2002-5 du 4 janvier 2002 relative aux musées de France, disposant d'une expérience au moins égale à celle des conservateurs en chef du patrimoine. / Sans préjudice des dispositions particulières aux musées nationaux ayant le statut d'établissement public, ces chefs de grand département sont nommés pour une durée de trois ans renouvelable par arrêté du ministre chargé de la culture. " Aux termes de l'article 2 du décret n° 2013-788 du 28 août 2013 portant statut particulier du corps des conservateurs du patrimoine : " Les conservateurs du patrimoine exercent des responsabilités scientifiques et techniques visant notamment à inventorier, récoler, étudier, classer, conserver, entretenir, enrichir, mettre en valeur et faire connaître le patrimoine. Ils participent à la conception et à la mise en œuvre des politiques publiques dans ces domaines. Ils peuvent être chargés de missions de recherche, de publication et d'enseignement ainsi que de la conception et de la direction de projets de conservation-restauration de biens culturels et de présentation au public de tels biens. / Ils exercent notamment leurs fonctions dans des services déconcentrés, des services de l'administration centrale, des services à compétence nationale ou des établissements publics. / Ils peuvent se voir confier des missions d'expertise scientifique, de contrôle scientifique et technique ou d'appui administratif portant sur l'ensemble du territoire ou sur une zone géographique déterminée. / Ils ont vocation à exercer des fonctions de direction des établissements ou services assurant les missions mentionnées au premier alinéa du présent article. " Et aux termes de l'article 4 du même décret : " Les conservateurs en chef et les conservateurs généraux du patrimoine peuvent, en outre, être chargés des fonctions d'encadrement supérieur, de coordination ainsi que de conseils ou d'études comportant des responsabilités particulières. Ils peuvent être chargés, par arrêté du ministre de la culture, de missions d'inspection générale. "
4. D'une part, il ne résulte pas des dispositions précitées, en particulier celles de l'article 1er du décret du 30 décembre 1986, que les emplois de chef de grand département des musées nationaux ne puissent être occupés que par des conservateurs du patrimoine ayant atteint le grade de conservateur en chef.
5. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, en particulier de l'ensemble des documents relatifs à la procédure de sélection des candidats à l'emploi de chef du département des antiquités orientales que Mme D a travaillé près de dix années dans ce service, en qualité de conservateur pour les collections relatives aux civilisations de l'ancienne Mésopotamie, fonctions de conception, de pilotage de projet et d'encadrement qui l'ont notamment amenée à être commissaire de deux expositions au Louvre-Lens, en 2016 et en 2018, lesquelles ont été présentées dans des institutions culturelles à l'étranger. En outre, elle a participé à des fouilles archéologiques en Irak, en Arabie Saoudite et en Ouzbékistan entre 2012 et 2015, et a été nommée référente du Louvre pour le projet de réhabilitation du musée de Mossoul, en Irak, suite à sa destruction par l'Etat islamique. De plus, docteur en histoire de l'art et archéologie, diplômée en archéologie orientale et en muséologie, Mme D est chargée d'enseignements, principalement à l'école du Louvre depuis 2007, participe à des travaux de recherche, notamment au sein de l'unité mixte de recherche " Digitorient ", au sein du collège de France, a donné des conférences et publie des articles relatifs aux antiquités orientales.
6. Ainsi, Mme D disposant, à la date de la décision en litige, d'une expérience égale à celle d'un conservateur en chef du patrimoine, c'est sans commettre d'erreur de droit, ni d'erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées au point 3 que la ministre de la culture l'a nommée cheffe du département des antiquités orientales.
7. En troisième lieu, si les compétences et le parcours de Mme E sont également riches, il ressort néanmoins des pièces du dossier que cette dernière ne dispose pas d'une connaissance aussi approfondie du fonctionnement du musée du Louvre que Mme D. Dans ces conditions, et pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5 du présent jugement, la ministre n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.
8. En quatrième lieu, Mme E soutient que la ministre de la culture a méconnu les principes d'égalité de traitement des agents publics et l'égal accès à l'emploi public, dès lors que Mme D a été sélectionnée compte tenu du projet de service qu'elle a communiqué au jury, alors que la production d'un tel document ne figurait pas parmi dans la fiche de poste produite. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que, se fondant sur la procédure de recrutement préconisée par une circulaire du ministre de la culture du 7 février 2017, le jury de sélection, composé de quatre personnes, dont le directeur général des patrimoines du ministère de la culture et son adjointe, extérieurs au musée du Louvre, et qui ne comprenait aucun agent du département des antiquités orientales du musée, a apprécié, au moyen d'une grille les compétences clés, l'expérience professionnelle, le parcours de formation et la motivation pour le poste de chaque candidat. Si Mme D a spontanément joint un projet de service à sa lettre de motivation, lequel était notamment instruit par son parcours au sein du département des antiquités orientales, cet élément, qui se rattachait à l'expérience professionnelle et à la motivation, n'a pas été le seul élément pris en compte pour apprécier sa candidature. En outre, en l'absence de dispositions législatives ou règlementaires fixant, de manière limitative, la liste des pièces constitutives du dossier de candidature au poste de directeur de grand département des musées nationaux, il était loisible aux candidats de communiquer aux membres du jury de sélection les documents qu'ils estimaient utiles à leur candidature. Dans ces conditions, la ministre de la culture n'a méconnu ni le principe d'égal accès aux emplois publics, ni le principe d'égalité de traitement des agents publics.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme E doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et ses conclusions, présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.
10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de
Mme E une somme à verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de la ministre de la culture est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme F E et à la ministre de la culture. Copie en sera adressée à l'établissement public du musée du Louvre et à Mme A D.
Délibéré après l'audience du 12 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Gros, président,
M. Rebellato, premier conseiller,
M. Hélard, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2023.
Le rapporteur,
R. C
Le président,
L. GrosLa greffière,
S. Porrinas
La République mande et ordonne à la ministre de la culture, en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2104595/5-
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026