mercredi 28 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2104858 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | ORHANT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 mars 2021, M. A B alias M. A D, représenté par Me Orhant, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision du 11 janvier 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation de demandeur d'asile à titre rétroactif, dans un délai de trois jours suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros hors taxes au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision du 11 janvier 2021 ne comporte pas l'identité de son auteur, en violation de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- cette décision est insuffisamment motivée dès lors que les dates de son transfert vers la Belgique et l'Etat membre responsable de sa demande d'asile n'y figurent pas ;
- il n'a pas bénéficié d'un entretien de vulnérabilité conformément à l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il n'a pas été en mesure de présenter ses observations conformément à ce que prévoient les articles L. 744-8 et D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cette décision a été prise en méconnaissance de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a respecté l'ensemble des exigences des autorités chargées de l'asile, qu'il a exécuté l'arrêté de transfert et est retourné en Belgique ;
- il n'a bénéficié d'aucune prise en charge en Belgique ;
- sa demande d'asile n'a pas été examinée ;
- il s'est rendu à tous les entretiens en France ;
- le seul fait de retourner en France après avoir été transféré vers la Belgique ne constitue pas une fraude ;
- la décision attaquée vise de façon erronée les dispositions de l'article R. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne s'appliquent pas à sa situation ;
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, la suspension entrainant des conséquences excessives sur sa situation personnelle dès lors qu'il est suivi depuis novembre 2020 pour un syndrome anxio-dépressif sévère avec des idées suicidaires.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 août 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. B alias D dès lors que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lui a été rétabli postérieurement à l'introduction de la requête ;
- les moyens soulevés par M. B alias D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive n°2003/9/CE du Conseil du 27 janvier 2003 relative à des normes minimales pour l'accueil des demandeurs d'asile dans les Etats membres ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Sueur, greffière :
- le rapport de M. C,
- et les conclusions de M. Lamy, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B alias D, ressortissant afghan, a sollicité la reconnaissance de la qualité de réfugié en France ou le bénéfice de la protection subsidiaire le 15 juin 2020 et a accepté, le 16 juin 2020, l'offre de prise en charge au titre du dispositif national d'accueil proposée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par un arrêté du 28 juillet 2020, le préfet de police a décidé son transfert aux autorités belges, responsables de l'examen de sa demande d'asile. Après que, par un jugement du 27 août 2020, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Paris a rejeté la requête de M. B alias D dirigée contre cet arrêté, l'intéressé a été placé en rétention administrative par un arrêté du 9 novembre 2020 et réadmis en Belgique le 10 novembre 2020. Le 19 novembre 2020, M. B alias D a de nouveau sollicité l'asile en France et a accepté l'offre de prise en charge au titre du dispositif d'accueil qui lui était proposée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 20 novembre 2020. Le 5 janvier 2021, M. B alias D s'est vu délivrer une attestation de demande d'asile en procédure dite " Dublin " et a fait l'objet d'un nouvel arrêté de transfert vers la Belgique. Par une décision du 11 janvier 2021, dont M. B alias D demande l'annulation, l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 62 du décret du 19 décembre 1991 : " () L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué ". Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B alias D ait présenté une demande d'aide juridictionnelle et celui-ci ne se prévaut d'aucune urgence à même de justifier que lui soit accordé le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Il en résulte que la demande du requérant tendant à ce qu'il soit admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle doit être rejetée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci () ".
4. Si la décision attaquée ne mentionne certes pas les noms et prénoms de son auteure, elle comporte cependant sa signature ainsi que sa qualité de " directrice territoriale de Paris ". Ainsi, le requérant était à même d'identifier avec certitude l'auteure de cette décision. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.
5. En deuxième lieu, la décision du 11 janvier 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a suspendu les conditions matérielles d'accueil de M. B alias D vise les textes dont elle a fait application et notamment les articles L. 744-7 et R. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que la décision du Conseil d'Etat n° 428530 et indique le motif de suspension des conditions matérielles d'accueil, en précisant que l'intéressé n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en présentant une nouvelle demande d'asile en France après avoir été transféré vers l'Etat membre responsable de l'instruction de sa demande. Par suite, et sans que puisse y faire obstacle la circonstance que cette décision ne mentionne pas le pays vers lequel il a été transféré ni la date à laquelle ce transfert a été effectivement mis en œuvre, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
6. En troisième lieu, une omission ou une erreur dans les visas d'un acte administratif ne sont pas de nature à en affecter la légalité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée vise de manière erronée l'article R. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est, en tout état de cause, sans influence sur sa légalité.
7. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 27 octobre 2020, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a informé M. B alias D de son intention de suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et l'a informé qu'il disposait d'un délai de 15 jours pour présenter ses observations. Il ressort également des pièces du dossier que, par un courrier du 28 octobre 2020, reçu le
30 octobre 2020, M. B alias D a pu présenter ses observations. Dès lors, le moyen tiré de l'absence de procédure préalable contradictoire ne peut qu'être écarté.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du même code : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile () ".
9. Il résulte de ces dispositions que tout demandeur d'asile doit bénéficier d'un entretien personnel, destiné à évaluer sa vulnérabilité, lors de la présentation de sa première demande d'asile. En revanche, ces dispositions n'imposent pas qu'un tel entretien soit à nouveau mené, préalablement à la décision de suspension des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision aurait été prise au terme d'une procédure irrégulière est inopérant et ne peut qu'être écarté.
10. En sixième lieu, par une décision n° 428530 et n° 428564 du 31 juillet 2019, le Conseil d'Etat statuant au contentieux a jugé que dans l'attente de la modification des articles
L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction issue de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018, jugées partiellement incompatibles avec la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013, il reste possible à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, après examen de sa situation particulière et par une décision motivée, au demandeur qui a refusé le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation. Il lui est également possible, dans les mêmes conditions et après avoir mis, sauf impossibilité, l'intéressé en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ces conditions lorsque le demandeur a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. Si le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office, qui devra apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.
11. Il résulte de qui précède, ainsi que des dispositions de la directive du Conseil du
27 janvier 2003 relative à des normes minimales pour l'accueil des demandeurs d'asile dans les Etats membres qui ont notamment été interprétées par la décision de la Cour de justice de l'Union européenne du 27 septembre 2012 CIMADE et GISTI c-179/11, que lorsqu'un demandeur d'asile a été transféré vers l'Etat responsable de l'examen de sa demande, c'est à ce dernier de lui assurer les conditions matérielles d'accueil. En cas de retour de l'intéressé en France sans que la demande n'ait été examinée et de présentation d'une nouvelle demande, l'Office français de l'immigration et de l'intégration peut refuser le bénéfice de ces droits, sauf si les autorités en charge de cette nouvelle demande décident de l'examiner ou si, compte tenu du refus de l'Etat responsable d'examiner la demande précédente, il leur revient de le faire.
12. En l'espèce, d'une part, il ressort des pièces du dossier, par un arrêté du 28 juillet 2020, le préfet de police a décidé le transfert du requérant, connu alors sous l'identité de M. E D, vers la Belgique. Il est constant que le requérant est ensuite revenu en France, s'est vu délivrer, sous l'identité de M. A B, une attestation de demande d'asile selon la procédure dite " Dublin " le 5 janvier 2021 et a fait l'objet d'un nouvel arrêté de transfert, le même jour, vers la Belgique. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que la Belgique aurait refusé d'examiner sa demande d'asile, ni que, après son retour en France, les autorités françaises auraient décidé d'examiner cette demande, laquelle, ainsi qu'il vient d'être dit, a été enregistrée en procédure dite " Dublin ". Par suite, le moyen sus-analysé ne peut qu'être écarté.
13. En dernier lieu, s'il ressort des pièces du dossier que M. B alias D est suivi par la permanence d'accès aux soins de l'hôpital de la Pitié Salpêtrière pour un syndrome anxio-dépressif sévère avec des idées suicidaires qui nécessite un suivi médico-psychologique régulier et la prise d'un traitement quotidien, ces éléments ne suffisent pas, malgré la précarité de sa situation, et en l'absence de toute autre précision sur ses conditions de vie en France, à démontrer qu'il serait dans une situation de particulière vulnérabilité et que l'Office français de l'immigration et de l'intégration aurait entaché la décision attaquée d'une erreur manifeste d'appréciation sur ce point.
14. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur l'exception de non-lieu opposée en défense par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que les conclusions à fin d'annulation présentées pour M. B alias D ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B alias D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B alias M. A D et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 13 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Ladreyt, président,
M. Gandolfi, premier conseiller,
Mme Leravat, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2022.
Le rapporteur,
G. CLe président,
J-P. Ladreyt
La greffière,
L. Sueur
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026