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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2105659

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2105659

mercredi 30 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2105659
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1re Section - 1re Chambre
Avocat requérantTIHAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 mars 2021, M. C B, représenté par Me Tihal, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 janvier 2021 par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer un certificat de résidence de dix ans portant la mention " retraité " ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative .

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en méconnaissance des stipulations de l'article 7 ter de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2021, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés et demande au tribunal de procéder à une substitution de la base légale de sa décision fondée sur l'article L. 317-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile par l'article 7 ter de l'accord franco-algérien.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 27 décembre 1968 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République démocratique et populaire algérienne relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant algérien né le 29 mai 1949 à El Tarf a sollicité, la délivrance d'un certificat de résidence de 10 ans " retraité ". Par un arrêté du 18 janvier 2021, le préfet de police lui en a refusé la délivrance. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision.

En ce qui concerne la substitution de base légale :

2. Aux termes de l'article 7 ter de l'accord franco-algérien : " Le ressortissant algérien, qui après avoir résidé en France sous couvert d'un certificat de résidence valable dix ans, a établi ou établit sa résidence habituelle hors de France et qui est titulaire d'une pension contributive de vieillesse, de droit propre ou de droit dérivé, liquidées au titre d'un régime de base français de sécurité sociale, bénéficie, à sa demande, d'un certificat de résidence valable dix ans portant la mention " retraité ". Ce certificat lui permet d'entrer à tout moment sur le territoire français pour y effectuer des séjours n'excédant pas un an. Il est renouvelé de plein droit. Il n'ouvre pas droit à l'exercice d'une activité professionnelle. "

3. Il ressort de la décision attaquée qu'elle a été prise au visa de l'article L. 317-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne trouve pas à s'appliquer aux ressortissants algériens, dont la situation est entièrement régie par l'accord franco-algérien du

27 décembre 1968. Toutefois, il y a lieu de substituer ainsi que le demande le préfet de police à cette base légale les stipulations de l'article 7 ter de l'accord franco-algérien, dès lors que cette substitution de base légale n'a pas pour effet de priver M. B d'une garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation dans les deux cas.

En ce qui concerne les conclusions en annulation :

4. En premier lieu, la décision attaquée comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite elle est suffisamment motivée.

5. En deuxième lieu, les stipulations de l'article 7 ter de l'accord franco-algérien ne privent pas l'administration du pouvoir qui lui appartient, en application de la réglementation générale en vigueur relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France, de refuser l'admission au séjour en se fondant sur des motifs tenant à l'ordre public. Pour refuser à M. B la délivrance d'un certificat de résidence, le préfet de police a retenu que sa présence menaçait l'ordre public. Si M. B fait valoir que les faits sont anciens, il est constant qu'il a été condamné trois fois à des peines de prison ferme d'un total de huit ans, dont quatre ans en 1981 pour homicide volontaire et en 1987 à une interdiction définitive du territoire français. Par suite, le préfet de police a pu estimer, compte tenu de la gravité des faits et de l'interdiction définitive du territoire que sa présence en France menaçait l'ordre public.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

7. M. B fait valoir la présence en France de sa famille et de ses petits-enfants de nationalité française. Toutefois, l'unique témoignage d'une de ses filles est insuffisant à établir l'intensité des liens familiaux dont il se prévaut, alors qu'il est constant que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les stipulations précitées. En outre, il ne ressort pas de cette décision qu'elle soit entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er :La requête de M. C B est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 16 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Vidal, présidente,

Mme Edert, première conseillère,

M. Baudat, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2022.

La rapporteure,

S. ALa présidente,

S. Vidal La greffière,

S. Coulant

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2105659/1-1

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