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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2105680

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2105680

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2105680
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2e Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET CHANDELLIER-CORBEL (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 mars 2021, la société à responsabilité limitée (SARL) GMD Taxis, représentée par la selarl d'avocats Chandellier-Corbel, demande au tribunal :

1°) d'ordonner la restitution des sommes recouvrées par le comptable des finances publiques, responsable du pôle de recouvrement spécialisé parisien 2, au titre de la saisie administrative à tiers détenteur émise le 21 décembre 2020 ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser des intérêts moratoires, outre les frais bancaires et de poursuites afférents à cette saisie ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- dès lors qu'elle avait sollicité le bénéfice d'un sursis à paiement, qui ne pouvait être ignoré par l'administration fiscale, puisque celle-ci lui avait demandé de constituer des garanties, les sommes en litige n'étaient pas exigibles ;

- si l'administration fiscale fait valoir que cette demande de sursis avait fait l'objet d'une décision de rejet, elle n'établit pas avoir régulièrement notifié cette dernière ;

- sur ce point, les pièces produites par l'administration ne permettent pas de démontrer la régularité de la notification de la décision de rejet de sa réclamation ;

- dans ces conditions, les sommes en litige ne pouvaient être légalement appréhendées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 avril 2021, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Belkacem,

- et les conclusions de Mme Mauclair, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 21 décembre 2020, le pôle de recouvrement spécialisé parisien 2 a notifié à la Société générale, établissement bancaire au sein duquel la société GMD Taxis détient un compte, une saisie administrative à tiers détenteur en vue de recouvrer la somme de 258 996 euros, correspondant à des créances d'impôt sur les sociétés et de taxe sur la valeur ajoutée mises à la charge de la société GMD Taxis au titre des années 2014, 2015 et 2016. La société GMD Taxis a formé une opposition à poursuites le 4 janvier 2021 à l'encontre de cette mesure de recouvrement, par l'intermédiaire de son conseil, en arguant de la circonstance qu'elle avait adressé, le 25 octobre 2018, une réclamation d'assiette portant sur les rappels de taxe sur la valeur ajoutée notifiés au titre des exercices 2014, 2015 et 2016, ainsi que sur les cotisations d'impôt sur les sociétés portant sur les exercices 2014 et 2015, assortie d'une demande de sursis de paiement présentée sur le fondement des dispositions de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales. Par une décision du 13 janvier 2021, notifiée par courriel, l'administration fiscale a rejeté l'opposition à poursuites formée par la société requérante. Par la présente requête, la société GMD Taxis demande au tribunal d'ordonner la restitution des sommes recouvrées par le comptable des finances publiques, responsable du pôle de recouvrement spécialisé parisien 2, au titre de la saisie administrative à tiers détenteur émise le 21 décembre 2020.

Sur les conclusions à fin de restitution :

2. Aux termes de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales dans sa rédaction applicable au litige : " Le contribuable qui conteste le bien-fondé ou le montant des impositions mises à sa charge est autorisé, s'il en a expressément formulé la demande dans sa réclamation et précisé le montant ou les bases du dégrèvement auquel il estime avoir droit, à différer le paiement de la partie contestée de ces impositions et des pénalités y afférentes. L'exigibilité de la créance et la prescription de l'action en recouvrement sont suspendues jusqu'à ce qu'une décision définitive ait été prise sur la réclamation soit par l'administration, soit par le tribunal compétent. Lorsque la réclamation mentionnée au premier alinéa porte sur un montant de droits supérieur à celui fixé par décret, le débiteur doit constituer des garanties portant sur le montant des droits contestés. A défaut de constitution de garanties ou si les garanties offertes sont estimées insuffisantes, le comptable peut prendre des mesures conservatoires pour les impôts contestés ".

3. Il résulte de ces dispositions que le contribuable qui en fait expressément la demande dans sa réclamation a droit au sursis de paiement sur la totalité des impôts qu'il conteste, à la seule condition qu'il réunisse les garanties appropriées. Ce droit ne peut être restreint par les mesures de recouvrement prises par le comptable avant la demande de sursis. Dès lors que le contribuable a régulièrement déposé une demande de sursis, l'exigibilité de l'impôt est suspendue au moins jusqu'à la notification par le comptable du refus des garanties et le comptable du Trésor ne peut recourir à des mesures d'exécution avant qu'une décision définitive ait été prise sur le bien-fondé de l'imposition litigieuse, soit par l'administration, soit par le tribunal compétent. Lorsque l'administration fiscale a diligenté des mesures d'exécution avant que le contribuable ait demandé le sursis, les sommes ainsi entrées dans le patrimoine de l'État doivent, nonobstant l'effet attributif des mesures d'exécution, être restituées au contribuable au cas où les garanties proposées sont jugées suffisantes.

4. Il est constant que la société GMD Taxis a présenté une réclamation d'assiette portant sur les rappels de taxe sur la valeur ajoutée notifiés au titre des exercices 2014, 2015 et 2016, ainsi que sur les cotisations d'impôt sur les sociétés portant sur les exercices 2014 et 2015, assortie d'une demande de sursis de paiement présentée sur le fondement des dispositions de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales et qu'elle a constitué des garanties à hauteur du montant des droits contestés, soit la somme 187 419 euros, comme elle y avait été invitée, par une lettre du 30 octobre 2018 du comptable des finances publiques, responsable du pôle de recouvrement spécialisé parisien 2. Si l'administration fiscale fait valoir que cette réclamation a été expressément rejetée par une décision du 7 août 2020, il ne résulte, toutefois, pas de l'instruction, notamment du bordereau de réception de la liasse postale du pli contenant cette décision de rejet, qui se borne uniquement à mentionner que le pli a été " présenté/ avisé " le 18 août 2018, sans aucune précision, en l'absence d'une quelconque signature du destinataire ou de son mandataire, quant au motif de l'absence de distribution du pli. Dès lors cette décision ne saurait être regardée comme régulièrement notifiée. Dans ces circonstances, la décision de rejet précitée ne revêtait pas de caractère définitif à la date à laquelle les sommes en litige ont été appréhendées. Par suite, elles n'étaient pas exigibles. L'administration fiscale ne pouvait dès lors recouvrer les sommes en litige par une saisie à tiers détenteur.

5. Il résulte de ce qui précède que la société requérante est fondée, par application des dispositions citées au point 2, à demander la restitution des sommes appréhendées suite à la saisie administrative à tiers détenteurs à laquelle le comptable public a procédé le 21 décembre 2020. Il suit de là que les conclusions en restitution présentées par la société requérante doivent être accueillies.

Sur les intérêts moratoires :

6. Aux termes de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales : " Quand l'État est condamné à un dégrèvement d'impôt par un tribunal ou quand un dégrèvement est prononcé par l'administration à la suite d'une réclamation tendant à la réparation d'une erreur commise dans l'assiette ou le calcul des impositions, les sommes déjà perçues sont remboursées au contribuable et donnent lieu au paiement d'intérêts moratoires dont le taux est celui de l'intérêt de retard prévu à l'article 1727 du code général des impôts () ".

7. La société requérante doit être regardée comme sollicitant, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales, le bénéfice du versement des intérêts moratoires ayant couru sur les sommes recouvrées au titre de la saisie administrative à tiers détenteur émise le 21 décembre 2020. Toutefois, en l'absence de litige né et actuel relatif à un refus de paiement des intérêts moratoires dus à la société requérante au titre de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales, les conclusions de la requérante tendant au paiement de ces intérêts sont, en tout état de cause, sans objet et, par suite, irrecevables.

Sur la demande tendant au remboursement des frais occasionnés par la saisie à tiers détenteur :

8. Il ne résulte pas de l'instruction que la société requérante ait préalablement présenté à l'administration fiscale une telle demande, qui doit, par suite, être rejetée comme irrecevable.

Sur les frais liés à l'instance :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société requérante et non compris dans les dépens, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Il est ordonné la restitution, à la société GMD Taxis des sommes appréhendées suite à l'exercice de la saisie administrative à tiers détenteur pratiquée le 21 décembre 2020 par le comptable public.

Article 2 : L'État versera à la société GMD Taxis la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SARL GMD Taxis et au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris.

Délibéré après l'audience du 22 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Fouassier, président,

Mme Belkacem, première conseillère,

Mme Marchand, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.

La rapporteure,

N. BELKACEM

Le président,

C. FOUASSIER

La greffière,

C. EL HOUSSINE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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