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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2105726

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2105726

lundi 26 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2105726
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4e Section - 2e Chambre
Avocat requérantBERTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 19 mars, 15 décembre 2021 et 5 janvier 2022, M. B, représenté par Me Bertin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite du 23 mars 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a implicitement rejeté sa demande d'assignation à résidence ;

2°) d'annuler la décision du 1er décembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a refusé sa demande d'assignation à résidence ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre principal, de l'assigner à résidence dans le département du Doubs, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande et de le munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au bénéfice de Me Bertin en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée au regard des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que le ministre de l'intérieur s'est estimé lié par la décision d'interdiction judiciaire du territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il justifie d'un long séjour régulier en France et d'une implication auprès de son enfant malade, et qu'il ne représente pas de menace à l'ordre public ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 18 novembre, 14 et 22 décembre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par un courrier du 6 septembre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que le ministre de l'intérieur se trouvait en situation de compétence liée pour rejeter, le 1er décembre 2021, la demande d'assignation à résidence présentée par M. B, dès lors que, par arrêt du 19 octobre 2021, la cour d'appel de Besançon l'avait relevé de son interdiction définitive du territoire français.

Par un mémoire, enregistré le 9 septembre 2022, M. B a présenté des observations en réponse à ce moyen d'ordre public.

Par ordonnance du 13 janvier 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 4 février 2022.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 janvier 2021.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les conclusions de Mme Alidière, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, de nationalité kosovare, a été condamné le 27 mars 2017 par le tribunal correctionnel de Besançon à une peine de deux ans et six mois d'emprisonnement pour aide à l'entrée, circulation ou au séjour irrégulier d'un étranger en France et participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni de dix ans d'emprisonnement, peine assortie d'une interdiction définitive du territoire français. Le 21 décembre 2017, la cour d'appel de Besançon a confirmé la peine d'interdiction définitive du territoire français prononcée à son encontre. Par courrier du 18 janvier 2020, reçu le 22 janvier 2020, M. B a demandé au ministre de l'intérieur de l'assigner à résidence afin de lui permettre de se maintenir en France. En l'absence de réponse à sa demande, une décision implicite de rejet est née le 23 mars 2020. Par courrier du 26 mars 2020, auquel il n'a pas été répondu, il a sollicité la communication des motifs de cette décision implicite. Postérieurement à l'intervention de cette décision implicite, le ministre de l'intérieur a rejeté explicitement sa demande par une décision du 1er décembre 2021. Par la présente requête, M. B demande l'annulation des deux décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a rejeté sa demande d'assignation à résidence.

2. En premier lieu, le silence gardé par l'administration sur un recours gracieux ou hiérarchique fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir. Une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article 5 de la loi du 11 juillet 1979 codifiée à l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision. Dans ce cas, des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde. Dès lors, cette première décision ne peut être utilement contestée au motif que l'administration aurait méconnu ces dispositions en ne communiquant pas au requérant les motifs de sa décision implicite dans le délai d'un mois qu'elles lui impartissent.

3. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête dirigées contre la décision implicite de rejet née le 23 mars 2020 doivent être regardées comme dirigées contre la décision du 1er décembre 2021, qui s'y est substituée.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / 2° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction de retour sur le territoire français prise en application des articles L. 612-6, L. 612-7 et L. 612-8 ; / 3° L'étranger doit être éloigné pour la mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, en application de l'article L. 615-1 ; / 4° L'étranger doit être remis aux autorités d'un autre Etat en application de l'article L. 621-1 ; / 5° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction de circulation sur le territoire français prise en application de l'article L. 622-1 ; / 6° L'étranger fait l'objet d'une décision d'expulsion ; / 7° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une peine d'interdiction judiciaire du territoire prononcée en application du deuxième alinéa de l'article 131-30 du code pénal ; / 8° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction administrative du territoire français. / L'étranger qui, ayant été assigné à résidence en application du présent article, ou placé en rétention administrative en application des articles L. 741-1 ou L. 741-2, n'a pas déféré à la décision dont il fait l'objet ou, y ayant déféré, est revenu en France alors que cette décision est toujours exécutoire, peut être assigné à résidence sur le fondement du présent article. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B a sollicité son assignation à résidence sur le fondement du 5° de l'article L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur, devenu le 7° de l'article L. 731-3 du même code cité ci-dessus, au motif qu'il faisait l'objet d'une interdiction définitive du territoire français, prononcée à son encontre par le tribunal correctionnel de Besançon le 27 mars 2017, et confirmée par la chambre des appels correctionnels de la cour d'appel de Besançon le 21 décembre 2017. Il ressort également des pièces du dossier que, par un arrêt du 19 octobre 2021, la chambre des appels correctionnels de la cour d'appel de Besançon a relevé M. B de cette interdiction définitive du territoire. Par suite, et alors que, au demeurant, le requérant n'établit pas se trouver dans l'une des autres situations, définies par l'article L. 731-3 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans laquelle une assignation à résidence peut être prononcée, le ministre de l'intérieur se trouvait en situation de compétence liée pour rejeter, le 1er décembre 2021, la demande d'assignation à résidence présentée par M. B. Par suite, les moyens dirigés contre cette décision sont inopérants.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de décision expresse du 1er décembre 2021, qui s'est substituée à la décision implicite de rejet par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté sa demande d'assignation à résidence. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées les conclusions de M. B à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Le Roux, présidente,

Mme Alidière, première conseillère,

Mme Berland, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2022.

La rapporteure,

F. C

La présidente,

M.-O. LE ROUX La greffière,

E. MOUCHON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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