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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2106456

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2106456

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2106456
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4e Section - 1re Chambre
Avocat requérantMEILHAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 mars 2021, la société EF-CS, représentée par Me Meilhac, demande au tribunal :

1°) d'annuler la saisie à tiers détenteur prise pour application des titres exécutoires n°261932 et n°177032 émis respectivement les 16 octobre 2018 et 24 juillet 2019 par la Ville de Paris ;

2°) d'annuler les titres exécutoires n°261932 et n°177032 ;

3°) de prononcer la décharge des sommes correspondantes, soit 39 891,5 euros ;

4°) de mettre à la charge de la Ville de Paris une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les titres exécutoires contestés ne lui ont jamais été adressés ;

- l'avis des sommes à payer n'est pas signé ;

- les titres exécutoires sont illégaux en raison de l'illégalité des arrêtés des 21 décembre 2015 et 13 janvier 2017 au regard des articles L. 2125-3 du code général de la propriété des personnes publiques ; le tarif des droits de voirie additionnels est manifestement excessif et discriminatoire compte tenu des avantages spécifiquement procurés par les installations, en particulier s'agissant des droits de voirie relatifs aux dispositifs situés hors tiers du trottoir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juillet 2022, la Ville de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par une ordonnance du 25 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 16 août 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- l'arrêté municipal du 21 décembre 2015 portant nouveaux tarifs applicables aux droits de voirie pour l'année 2016 ;

- l'arrêté municipal du 13 janvier 2017 portant nouveaux tarifs applicables aux droits de voirie pour l'année 2017 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les conclusions de Mme Baratin, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société EF-CS exploite un fonds de commerce situé 5 rue de Mirbel (Paris 5ème). Elle dispose d'autorisations d'occupation du domaine public viaire pour l'installation de plusieurs terrasses. Les 16 octobre 2018 et 24 juillet 2019, la Ville de Paris a émis à son encontre deux titres exécutoires, respectivement référencés n°261932 et n°177032, d'un montant de 20 045,06 euros et 19 846,44 euros, au titre des droits de voirie pour les exercices 2017 et 2016. Ces sommes n'ayant pas été réglées, la direction régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris lui a notifié, le 27 janvier 2021, un avis de saisie administrative à tiers détenteur. La société EF-CS demande, par voie d'action, l'annulation partielle de cette saisie administrative à tiers détenteur, et, par voie d'exception, l'annulation de deux des titres exécutoires qui en sont le fondement.

Sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge :

En ce qui concerne la légalité externe des titres contestés :

2. Aux termes du 4° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " Quelle que soit sa forme, une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressé aux redevables () / En application de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. / Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation ". Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif adressé au redevable doit mentionner les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis et, d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de l'émetteur.

3. En l'espèce, il résulte de l'instruction que les titres n°261932 et n°177032 mentionnent qu'ils sont émis respectivement par Mme E D, cheffe du service de l'expertise comptable, et M. C A, adjoint au chef du service de l'expertise comptable et, d'autre part, que les bordereaux dématérialisés de titres de recettes, produits par la Ville en cours d'instance, comportent la signature électronique de Mme D et M. A, ainsi qu'il ressort des deux attestations par la société Docapost Fast, prestataire de la Ville. Le moyen tiré du défaut de signature des actes doit donc être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé du titre exécutoire :

S'agissant de la légalité des tarifs appliqués :

4. L'article L. 2125-1 du code général de la propriété des personnes publiques dispose : " Toute occupation ou utilisation du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 donne lieu au paiement d'une redevance () ". Aux termes de l'article L. 2125-3 du même code : " La redevance due pour l'occupation ou l'utilisation du domaine public tient compte des avantages de toute nature procurés au titulaire de l'autorisation ".

5. Les dispositions précitées du code général de la propriété des personnes publiques ne font pas obstacle à ce que la Ville de Paris fixe, annuellement et forfaitairement, des droits de voirie additionnels dès lors qu'il n'est pas établi que le tarif ainsi appliqué ne tiendrait pas compte des avantages procurés aux titulaires d'autorisations d'occupation du domaine public, ni que la méthode ainsi mise en place ne serait pas objectivement justifiée, transparente et non discriminatoire.

S'agissant du tarif appliqué pour les dispositifs de chauffage :

6. Par délibération 2011 DU 54 des 28, 29 et 30 mars 2011 portant réforme des droits de voirie, le Conseil de Paris, siégeant en formation de conseil municipal, a pris acte de nouveaux modes d'occupation du domaine public et notamment de l'installation sur les terrasses exploitées commercialement de divers équipements destinés à atténuer les aléas climatiques, qui prolongent et facilitent ainsi l'usage privé du domaine public. Il a décidé de soumettre ces installations à des droits de voirie additionnels, fixés selon la catégorie de la voie et calculés de façon annuelle et forfaitaire proportionnellement à la surface de la terrasse exploitée, et de taxer plus fortement les installations de chauffage situées sur une terrasse non protégée. Les annexes des arrêtés des 21 décembre 2015 et 13 janvier 2017 de la maire de Paris portant nouveaux tarifs applicables aux droits de voirie à compter respectivement du 1er janvier 2016 et du 1er janvier 2017 prévoient ainsi, s'agissant des " prescriptions applicables aux étalages et terrasses " : " Selon les cas, un droit de voirie additionnel, s'ajoutant à celui prévu pour diverses emprises (étalage, terrasse ouverte, terrasse fermée, prolongement intermittent de terrasse ou d'étalage, contre-étalage ou contre-terrasse, contre-terrasse sur chaussée) est perçu pour : / () - l'installation de tout type de protection, notamment sous forme d'écrans parallèles, sur tout type de terrasse ouverte () / - l'installation de tout mode de chauffage () sur tout type de terrasse ouverte (bâchée ou non, dotée ou non de tout type de protection, notamment sous forme d'écrans parallèles). Ces droits de voirie additionnels sont appréciés annuellement, de façon forfaitaire et indivisible. Ils s'appliquent quelles que soient les dates de pose ou dépose de ces dispositifs et leur temps de présence effectif au cours de l'exercice considéré. Il n'est procédé à aucun abattement mensuel ou calcul au " prorata temporis " lors de la première année d'installation ou dans les cas de cessation d'activité ou de démontage () /. Le cas échéant, les droits de voirie additionnels précités se cumulent en fonction de la présence de différentes installations sur un même emplacement. Les étalages et terrasses sont taxés au mètre carré et pour l'exercice en cours () ". S'agissant de tout mode de chauffage ou de climatisation dans tout type de terrasse ouverte, cet arrêté précise que " () le droit de voirie additionnel s'apprécie exclusivement sur la totalité de la surface occupée par la terrasse de tout type et non en fonction des surfaces des dispositifs à usage de chauffage ou de climatisation. ".

7. D'une part, en l'absence d'individualisation comptable permettant de soumettre l'occupation du domaine public à une redevance proportionnelle au chiffre d'affaires ou au bénéfice généré par chaque installation, la Ville de Paris pouvait légalement fixer un tarif au mètre carré, variable en fonction de la nature du dispositif et de son association ou non avec d'autres dispositifs, ainsi que de l'attractivité de la voie publique sur laquelle il est installé et du positionnement de la terrasse hors tiers ou dans le tiers du trottoir, critères qui ne sont pas étrangers aux " avantages de toute nature " procurés à l'occupant privatif du domaine public par chaque installation. En outre, la circonstance que les dispositifs litigieux ne sont utilisés ou maintenus en place qu'une partie de l'année ne fait pas en soi obstacle à ce que la redevance soit calculée au titre d'une année entière. De même, dès lors qu'il n'est pas possible de déterminer la surface chauffée ou protégée par chaque dispositif, la Ville de Paris est fondée à appliquer le tarif additionnel en proportion de la surface totale de chacune des terrasses chauffées ou protégées de chaque commerce.

8. D'autre part, la circonstance qu'une terrasse ouverte non chauffée serait, proportionnellement au chiffre d'affaires susceptible d'être généré par son installation, nettement moins taxée qu'une terrasse protégée et chauffée, ne crée pas de discrimination illégale et ne saurait en soi démontrer que la redevance exigée pour une terrasse chauffée et protégée serait manifestement excessive par rapport aux avantages que procure son installation sur le domaine public. Si la société requérante fait valoir que les montants réclamés au titre de l'utilisation de dispositifs de chauffage ou d'écrans de protection sont deux à six fois supérieurs à ceux réclamés pour l'installation des terrasses elles-mêmes, elle n'apporte aucun élément permettant d'établir que la redevance mise à sa charge au titre de ces dispositifs n'aurait pas été fixée au regard des avantages de toute nature que lui procure leur exploitation. Dès lors, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que les droits de voirie additionnels prévus pour l'installation des dispositifs de chauffage sont manifestement excessifs.

9. Aux termes des dispositions de l'article DG. 10 du règlement des étalages et des terrasses installés sur la voie publique de la Ville de Paris du 6 mai 2011 : " L'espace public parisien doit ménager dans les meilleures conditions possibles un espace de circulation réservé au cheminement des piétons, en particulier des personnes en situation de handicap. () La largeur des installations permanentes est, en règle générale, limitée au tiers de la largeur utile du trottoir, ou du premier trottoir en cas de contre-allée. Lorsque la configuration des lieux et l'importance locale de la circulation piétonne le permettent, cette largeur peut être portée au-delà du tiers du trottoir, sans pouvoir excéder 50 % de la largeur utile de celui-ci. Les installations peuvent être autorisées, soit d'un seul tenant, soit scindées, sans pouvoir excéder 50 % de la largeur utile du trottoir. Une zone contiguë d'au moins 1,60 mètre de largeur doit être réservée à la circulation des piétons. ().

10. L'autorisation d'emprise au-delà du tiers du trottoir constitue un avantage supplémentaire dans la mesure où le principe est que la largeur de l'installation ne doit pas dépasser le tiers du trottoir, cette largeur pouvant être portée à titre dérogatoire au-delà du tiers lorsque la configuration des lieux et l'importance locale de la circulation piétonne le permettent, sans pouvoir excéder 50% de la largeur du trottoir, une zone d'au moins 1,60 mètre de large devant être réservée à la circulation des piétons, en application de l'article DG 10 cité ci-dessus. L'installation d'une terrasse hors du tiers du trottoir offre un surcroît de visibilité à l'égard de la clientèle potentielle et des possibilités d'exploitation élargies permettant de générer un chiffre d'affaires supplémentaire. Ainsi, les gains attendus de l'exploitation des terrasses étant notamment liés à leur surface, la Ville de Paris, qui justifie des éléments retenus pour son calcul, pouvait légalement fixer des tarifs différents selon que l'installation se situait dans le tiers ou hors tiers du trottoir. Par suite, contrairement à ce que soutient la société requérante, la différenciation des tarifs en fonction de la situation des terrasses hors du tiers ou dans le tiers des trottoirs, prévue par les arrêtés des 21 décembre 2015 et 13 janvier 2017, est objectivement justifiée par l'avantage supplémentaire conféré par l'installation hors du tiers du trottoir. Il en résulte que le moyen tiré de l'erreur de droit qu'aurait commise la maire de Paris en procédant à une différenciation des tarifs au regard de l'article L. 2125-1 du code général de la propriété des personnes publiques doit être écarté.

11. La société requérante soutient que les droits relatifs à la partie de la terrasse fermée située hors du tiers du trottoir ne tiennent pas compte des avantages spécifiquement procurés par une telle installation et que ces droits sont manifestement excessifs et discriminatoires. Toutefois, elle se borne à procéder à une comparaison des tarifs prévus pour les terrasses fermées situées hors du tiers du trottoir avec ceux des terrasses ouvertes et fermées situées dans le tiers du trottoir. A défaut de tout élément relatif à sa situation individuelle produit par la requérante permettant notamment d'apprécier la rentabilité de ses installations, qu'elle seule est en mesure de produire, il ne résulte pas de cette seule comparaison que les droits relatifs à la partie de la terrasse fermée située hors du tiers du trottoir sont sans proportion avec les avantages de toute nature procurés par une telle installation. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que les droits relatifs à la partie de la terrasse fermée située hors du tiers du trottoir ne tiendraient pas compte des avantages procurés par une telle installation et seraient entachées d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 2125-3 du code général des collectivités territoriales.

12. Il résulte de ce qui précède que la requête de la société EF-CS doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société EF-CS est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société EF-CS, à la Ville de Paris et au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et du département de Paris.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Viard, présidente,

M. Perrot, conseiller,

M. Palla, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

Le rapporteur,

V. B

La présidente,

M-P. VIARDLa greffière,

L. THOMAS

La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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