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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2106575

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2106575

jeudi 9 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2106575
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3e Section - 2e Chambre
Avocat requérantDOUËB FRÉDÉRIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 mars 2021 et 22 septembre 2021, la société Cofinfo, représentée par Me Doueb, demande au tribunal :

1°) d'annuler la saisie administrative à tiers détenteur émise le 11 décembre 2020 par la direction régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris en vue du recouvrement d'un trop perçu d'un montant de 238 794, 06 euros à la suite de l'arrêt de la Cour administrative d'appel de Paris n° 06PA02463 du 5 juin 2007 ;

2°) de la décharger du paiement de la somme de 238 794, 06 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la saisie à tiers détenteur est entachée d'incompétence dès lors qu'il appartenait au préfet de police de la signer ;

- elle est entachée de vices de forme dès lors qu'elle ne mentionne pas la référence du texte sur lequel est fondée la créance ni le comptable assignataire ;

- elle est fondée sur des titres de perceptions illégaux qui reposent sur un détournement de pouvoir compte tenu des refus de concours de la force publique illégaux suivis de la mise en œuvre d'une procédure d'expropriation à moindre coût et compte tenu de la volonté de l'administration de " l'étouffer financièrement " ;

- elle méconnaît l'autorité de la chose jugée par la Cour administrative d'appel et de Paris et par le Conseil d'Etat qui ont annulé la procédure d'expropriation ;

- elle méconnaît l'article 6-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu des refus de l'administration d'exécuter une décision de justice définitive et des refus de l'indemniser des travaux réalisés d'office ;

- elle méconnaît l'article 1er du premier protocole à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que cette mesure n'aurait pas été prise si son droit de propriété avait été respecté.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juillet 2021, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- en application de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales, le juge administratif n'est pas compétent pour statuer sur la régularité d'un acte de poursuite de sorte que les moyens tirés de l'incompétence du signataire de la saisie à tiers détenteur et des vices de forme doivent être écartés ;

- en application du même article, les autres moyens soulevés, qui contestent le bien-fondé de la somme réclamée et se rattachent donc au contentieux de l'assiette, ne peuvent pas être utilement invoqués dans le cadre du contentieux du recouvrement.

Par une ordonnance du 28 septembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 14 octobre 2021 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le livre des procédures fiscales ;

- le code des procédures civiles d'exécution ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Privet, rapporteure publique,

- et les observations de Me Douëb, avocat de la société Cofinfo.

Considérant ce qui suit :

1. La société Cofinfo, qui est venue aux droits de la société Kentucky, a acquis en 1997 un immeuble situé dans le 11ème arrondissement de Paris, afin de le rénover et de le donner en location. L'immeuble a toutefois été occupé par plusieurs familles sans droit ni titre. Par une ordonnance du 22 mars 2000, le juge des référés du tribunal de grande instance de Paris a ordonné l'expulsion des occupants. Le concours de la force publique pour procéder à cette expulsion a néanmoins été refusé à plusieurs reprises par le préfet de police, pour des motifs d'ordre public. Par un jugement n° 0300713, 0513150/6-2 du 14 mars 2006, le tribunal a condamné l'Etat à verser à la société Cofinfo une indemnité globale de 1 654 358, 75 euros en réparation des préjudices subis du fait du refus de concours de la force publique entre les mois d'octobre 2000 et juin 2005. Toutefois, par un arrêt n° 06PA02463 du 5 juin 2007, la Cour administrative d'appel de Paris a réformé ce jugement et ramené l'indemnité due par l'Etat à la somme globale de 689 424 euros. Par la suite, une indemnité complémentaire de 556 511, 64 euros a été allouée à la société Cofinfo, par un jugement n° 0816133, 1014727 du 29 avril 2011, en réparation des préjudices qu'elle a subis jusqu'au 24 octobre 2007, du fait du refus de concours de la force publique. Une saisie à tiers détenteur portant sur le trop-perçu indemnitaire restant dû par la société à la suite de l'arrêt du 5 juin 2007 a été émis, en dernier lieu, le 11 décembre 2020, pour un montant de 238 794, 06 euros. Par la présente requête, la société Cofinfo demande l'annulation de cette saisie à tiers détenteur et la décharge de l'obligation de payer la somme correspondante.

2. Parallèlement à ce litige indemnitaire relatif au refus de concours de la force publique, l'Etat a fait réaliser, aux frais de la société, des travaux de rénovation de l'immeuble en cause. La société a également contesté les titres de perception afférents au coût de ces travaux. Enfin, par un arrêt n° 10PA04025 du 4 novembre 2011, confirmé par un arrêt du Conseil d'Etat n° 355556, 355557 du 30 décembre 2013, la Cour administrative d'appel de Paris a annulé, à la demande de la société, les arrêtés portant déclaration d'utilité publique et déclaration de cessibilité pris dans le cadre de la procédure d'expropriation qui avait par ailleurs été engagée par l'administration.

3. D'une part, aux termes de l'article L. 262 du livre des procédures fiscales : " 1. Les créances dont les comptables publics sont chargés du recouvrement peuvent faire l'objet d'une saisie administrative à tiers détenteur notifiée aux dépositaires, détenteurs ou débiteurs de sommes appartenant ou devant revenir aux redevables. Dans le cas où elle porte sur plusieurs créances, de même nature ou de nature différente, une seule saisie peut être notifiée. L'avis de saisie administrative à tiers détenteur est notifié au redevable et au tiers détenteur. L'exemplaire qui est notifié au redevable comprend, sous peine de nullité, les délais et voies de recours. La saisie administrative à tiers détenteur emporte l'effet d'attribution immédiate prévu à l'article L. 211-2 du code des procédures civiles d'exécution. Les articles L. 162-1 et L. 162-2 du même code sont applicables. () ". Aux termes de l'article L. 273 A : " Les créances de l'Etat ou celles qu'il est chargé de recouvrer pour le compte de tiers sur la base d'un titre de perception délivré par lui en application de l'article L. 252 A peuvent être recouvrées par voie de saisie administrative à tiers détenteur dans les conditions prévues à l'article L. 262 ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. () Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : a) Pour les créances fiscales, devant le juge de l'impôt prévu à l'article L. 199 ; b) Pour les créances non fiscales de l'Etat, des établissements publics de l'Etat, de ses groupements d'intérêt public et des autorités publiques indépendantes, dotés d'un agent comptable, devant le juge de droit commun selon la nature de la créance ; c) Pour les créances non fiscales des collectivités territoriales, des établissements publics locaux et des établissements publics de santé, devant le juge de l'exécution ".

5. En premier lieu, il résulte des dispositions précitées qu'il n'appartient pas au juge administratif de connaître des contestations portant sur la régularité en la forme des actes de recouvrement, lesquelles relèvent de la compétence du juge judiciaire. Ainsi, comme l'administration le fait valoir, doivent être écartés comme portés devant une juridiction incompétente pour en connaître, les moyens tirés de ce que la saisie à tiers détenteur aurait été signée par une autorité incompétente et qu'elle serait entachée de vices de forme en ce qu'elle ne mentionnerait ni la référence du texte sur lequel la créance est fondée ni le nom du comptable assignataire.

6. En second lieu, les moyens tirés de l'illégalité du titre de perception émis à l'encontre de la société requérante, en ce qu'il serait entaché d'un détournement de pouvoir, ainsi que de la violation des stipulations de l'article 6-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 1er du premier protocole additionnel à cette convention, en raison de l'illégalité des différentes procédures engagées par l'administration à l'encontre de son bien, ne peuvent, en tout état de cause, être utilement invoqués à l'appui du recours relatif à l'acte de recouvrement en litige, dès lors qu'ils tendent à remettre en cause le bien-fondé de la créance. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de la violation de l'autorité de la chose jugée dans le litige d'expropriation et dans le litige relatif au coût des travaux réalisés d'office dans l'immeuble par l'administration, qui sont de surcroît sans incidence en eux-mêmes sur les modalités du chiffrage et le montant de l'indemnité mise, en définitive, à la charge de l'Etat au titre du refus de concours de la force publique par l'arrêt de la Cour administrative d'appel de Paris du 5 juin 2007, ne peuvent qu'être écartés.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la saisie administrative à tiers détenteur émise le 11 décembre 2020 et de décharge de l'obligation de payer la somme de 238 794, 06 euros doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre des frais d'instance doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Cofinfo est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Cofinfo, au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, au préfet de police et au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris.

Délibéré après l'audience du 26 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Amat, présidente,

Mme Armoët, première conseillère,

Mme Guglielmetti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.

La rapporteure,

E. A

La présidente,

N. AMATLa greffière,

P. TARDY-PANIT

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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