jeudi 20 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2106804 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET CASSEL (SELAFA) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 31 mars 2021 et le 15 juillet 2021, Mme C de A, représentée par la SELAFA Cabinet Cassel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 janvier 2021 par lequel la présidente du conseil régional d'Ile-de-France a prononcé son licenciement pour inaptitude physique à compter du 1er février 2021 ;
2°) d'enjoindre à la présidente du conseil régional d'Ile-de-France de la réintégrer avec effet rétroactif, de saisir la caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales et de prononcer sa mise à la retraite dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de la région Ile-de-France la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence dès lors que la caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales n'a pas été saisie, alors même que son avis conforme est requis ;
- l'arrêté est entaché d'erreur de fait et d'erreur de droit dès lors qu'elle disposait d'un droit à pension ;
- l'arrêté est entaché d'erreur de fait et d'erreur de droit dès lors que la liquidation de la pension pouvait être immédiate, sauf à interpréter les dispositions en vigueur comme contraires au principe d'égalité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juin 2021, la présidente du conseil régional d'Ile-de-France conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens présentés par Mme de A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le décret n°86-68 du 13 janvier 1986 ;
- le décret n°2003-1306 du 26 décembre 2003 ;
- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- et les conclusions de Mme Mauclair, rapporteure publique,
Considérant ce qui suit :
1. Mme de A, rédacteur territorial, placée en disponibilité pour convenances personnelles depuis le 16 janvier 2009, a sollicité, en novembre 2015, sa réintégration au sein de la région Ile-de-France. Le 18 décembre 2015, Mme de A a été victime, au cours d'un entretien professionnel, d'une hémorragie cérébrale. Par arrêté du 24 février 2016 et à la suite de sa demande, la disponibilité pour convenances personnelles de Mme de A a été prolongée pour une période d'un an à compter du 15 mars 2016. Ayant sollicité, par courrier du 17 octobre 2016, le réexamen de sa situation administrative, Mme de A a été convoquée à une expertise médicale qui a été réalisée le 22 février 2017. Aux termes de son rapport, l'expert a conclu à l'inaptitude de Mme de A à ses fonctions et à toutes fonctions de façon totale et définitive, avec un taux d'incapacité permanente partielle de 35%. Ayant sollicité sa mise à la retraire pour invalidité le 20 juin 2017, Mme de A a été placée, dans l'attente des séances du comité médical et de la commission de réforme saisis, en disponibilité d'office par arrêté du 21 septembre 2017 pour la période du 15 septembre 2017 au 14 juin 2018, puis jusqu'au 31 juillet 2018 par arrêté du 27 juin 2018. Le comité médical s'est prononcé, le 17 octobre 2017, en faveur de l'inaptitude absolue et définitive à toutes fonctions de Mme de A. La commission de réforme a émis, le 21 novembre 2017, un avis défavorable à la mise à la retraite pour invalidité. Par un arrêté du 12 juillet 2018 la présidente du conseil régional d'Ile-de-France a procédé au licenciement pour inaptitude physique de Mme de A. Par un jugement du 9 juillet 2020, le tribunal administratif de céans a annulé cette décision. Dans le cadre de l'exécution de ce jugement, Mme de A a bénéficié d'un entretien qui s'est tenu le 5 octobre 2020, à la suite duquel elle a été informée, par un courrier du 27 octobre 2020, de l'impossibilité de l'admettre à la retraite anticipée. Par un arrêté du 27 janvier 2021, la présidente du conseil régional d'Ile-de-France a procédé au licenciement de Mme A pour inaptitude physique. Par la présente requête, elle demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 31 du décret du 26 décembre 2003 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales, dans sa rédaction applicable au litige : " " Une commission de réforme est constituée dans chaque département pour apprécier la réalité des infirmités invoquées, la preuve de leur imputabilité au service, les conséquences et le taux d'invalidité qu'elles entraînent, l'incapacité permanente à l'exercice des fonctions () / Le pouvoir de décision appartient dans tous les cas à l'autorité qui a qualité pour procéder à la nomination, sous réserve de l'avis conforme de la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales. ".
3. Ces dispositions, qui régissent le régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales, ne s'appliquent pas aux décisions de licenciement pour inaptitude physique. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'autorité signataire en l'absence d'avis conforme de la caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales est inopérant et doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 26 du décret du 13 janvier 1986 relatif aux positions de détachement, de disponibilité, de congé parental des fonctionnaires territoriaux et à l'intégration. : " () / Le fonctionnaire qui, à l'issue de sa disponibilité ou avant cette date, s'il sollicite sa réintégration anticipée, ne peut être réintégré pour cause d'inaptitude physique est soit reclassé dans les conditions prévues par la réglementation en vigueur, soit mis en disponibilité d'office dans les conditions prévues à l'article 19, soit, en cas d'inaptitude physique à l'exercice des fonctions, admis à la retraite ou, s'il n'a pas droit à pension, licencié. ". Aux termes de l'article 7 du décret du 26 décembre 2003 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales : " Le droit à pension est acquis : / 1° Aux fonctionnaires après deux années accomplies de services civils et militaires effectifs. / 2° Sans condition de durée de services aux fonctionnaires rayés des cadres pour invalidité résultant ou non de l'exercice des fonctions. ". Aux termes de l'article 30 du même décret : " Le fonctionnaire qui se trouve dans l'impossibilité définitive et absolue de continuer ses fonctions par suite de maladie, blessure ou infirmité grave dûment établie peut être admis à la retraite soit d'office, soit sur demande ". Aux termes de l'article 39 de ce décret : " Le fonctionnaire qui se trouve dans l'incapacité permanente de continuer ses fonctions en raison d'une invalidité ne résultant pas du service peut être mis à la retraite par anticipation soit sur demande, soit d'office dans les délais prévus au troisième alinéa de l'article 30. L'intéressé a droit à la pension rémunérant les services prévus au 2° de l'article 7 et au 2° du I de l'article L. 24 du code des pensions civiles et militaires de retraite sous réserve que ses blessures ou maladies aient été contractées ou aggravées au cours d'une période durant laquelle il acquérait des droits à pension. ". Il est constant que Mme de A a été victime, le 18 décembre 2015, d'une hémorragie cérébrale à l'origine de la déclaration d'inaptitude absolue et définitive à toutes fonctions, cet accident étant survenu alors qu'elle était placée en disponibilité pour convenances personnelles. Elle avait dès lors cessé de bénéficier de ses droits à la retraite, ainsi que cela ressort des arrêtés de placement et de renouvellement de mise en disponibilité d'office pour convenances personnelles puis pour raison de santé. Au demeurant, le procès-verbal de séance de la commission de réforme qui s'est tenue le 21 novembre 2017 précise bien que les infirmités de Mme de A n'ont pas été contractées ou aggravées au cours d'une période durant laquelle l'intéressée acquérait des droits à pension en qualité d'affilié à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales. Dès lors, faute pour la requérante d'établir qu'elle est devenue définitivement inapte à l'exercice des fonctions par suite de blessures ou de maladie sans lien avec le service mais contractées ou aggravées pendant une période d'acquisition de droits à pension de retraite, lui permettant de bénéficier d'une retraite anticipée pour invalidité, les moyens tirés d'une erreur de fait et d'une erreur de droit au regard des dispositions du décret du 26 décembre 2003 doivent être écartés.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 5 du code des pensions civiles et militaires de retraite : " Les services pris en compte dans la constitution du droit à pension sont : / 1° Les services accomplis par les fonctionnaires titulaires et stagiaires mentionnés à l'article 2 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 précitée () ; ". Aux termes de l'article L. 9 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " Le temps passé dans une position statutaire ne comportant pas l'accomplissement de services effectifs au sens de l'article L. 5 ne peut entrer en compte dans la constitution du droit à pension, sauf : / 1° Dans la limite de trois ans par enfant né ou adopté à partir du 1er janvier 2004, sous réserve que le titulaire de la pension ait bénéficié :/ a) D'un temps partiel de droit pour élever un enfant ; / b) D'un congé parental ; / c) D'un congé de présence parentale ;/ d) D'une disponibilité pour élever un enfant de moins de huit ans ou d'un congé pour convenances personnelles pour élever un enfant de moins de huit ans ". Aux termes de l'article L. 11 du même code : " Les services pris en compte dans la liquidation de la pension sont :/ 1° Pour les fonctionnaires civils, les services énumérés à l'article L. 5 () : ". Aux termes de l'article L. 12 du même code : " Aux services effectifs s'ajoutent, dans les conditions déterminées par un décret en Conseil d'Etat, les bonifications ci-après : () / b) Pour chacun de leurs enfants légitimes et de leurs enfants naturels nés antérieurement au 1er janvier 2004, pour chacun de leurs enfants dont l'adoption est antérieure au 1er janvier 2004 et, sous réserve qu'ils aient été élevés pendant neuf ans au moins avant leur vingt et unième anniversaire, pour chacun des autres enfants énumérés au II de l'article L. 18 dont la prise en charge a débuté antérieurement au 1er janvier 2004, les fonctionnaires et militaires bénéficient d'une bonification fixée à un an, qui s'ajoute aux services effectifs, à condition qu'ils aient interrompu ou réduit leur activité dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. " Aux termes de l'article L. 24 du même code : " I. - La liquidation de la pension intervient : () 4° Lorsque le fonctionnaire ou son conjoint est atteint d'une infirmité ou d'une maladie incurable le plaçant dans l'impossibilité d'exercer une quelconque profession, dans les conditions prévues à l'article L. 31 et sous réserve que le fonctionnaire ait accompli au moins quinze ans de services ; ".
6. D'une part, si Mme de A soutient qu'elle aurait dû bénéficier de la liquidation immédiate de sa pension, en application du 4° de l'article L. 24 du code des pensions civiles et militaires de retraite, dès lors que des bonifications, liées à ses deux enfants, nés avant 2004, devaient être prises en compte en plus des services effectifs qu'elle avait accomplis, il ressort toutefois des pièces du dossier, et alors qu'au demeurant elle n'établit pas être atteinte d'une infirmité ou d'une maladie incurable, qu'elle a accompli treize ans et huit mois de services effectifs, alors que les textes précités prescrivent une durée de quinze années, les bonifications résultant des dispositions de l'article L. 12 du code des pensions civiles et militaires de retraite ne pouvant être regardées comme des années de services accomplies par le fonctionnaire au sens des dispositions du 4° de l'article L. 24 de ce code. Dès lors, elle ne pouvait pas prétendre à la liquidation immédiate de sa pension. D'autre part, si Mme de A entend soutenir que les dispositions législatives précitées introduisent une discrimination contraire au principe d'égalité, ce moyen ne peut qu'être écarté dès lors qu'il n'appartient pas au juge administratif, en l'absence de question prioritaire de constitutionnalité, d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré d'une erreur de fait et d'une erreur de droit au regard des dispositions du code des pensions civiles et militaires de retraite doivent être écartés.
7. Il résulte ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de Mme de A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C de A et à la présidente du conseil régional d'Ile-de-France.
Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Fouassier, président,
Mme Belkacem, première conseillère,
Mme Marchand, première conseillère.
Lu en audience publique le 20 avril 2023.
La rapporteure,
N. BELCACEM
Le président,
C. FOUASSIER
Le président,
C. FOUASSIER
La rapporteure,
A. MARCHAND
Le président,
C. FOUASSIERLa greffière,
C. EL HOUSSINE
La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2106804/2-3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026