vendredi 12 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2107260 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | DIANI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 8 avril 2021, le 8 mars 2022 et le 12 mai 2022, Mme B D, représentée par Me Diani, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 10 février 2021 par laquelle le ministre de l'Europe et des affaires étrangères a mis fin à son contrat à durée déterminée en qualité de directrice des cours du département d'enseignement de l'arabe contemporain de l'Institut français d'Egypte au Caire au terme de celui-ci ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'Europe et des affaires étrangères de réexaminer sa demande de renouvellement de son contrat de travail et de reprendre une nouvelle décision dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée constitue une sanction déguisée qui a été prise au terme d'une procédure irrégulière au regard des articles 1-2 et 44 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- cette sanction est injustifiée et, en tout état de cause, disproportionnée ;
- le non-renouvellement de son contrat n'est pas justifié par l'intérêt du service et constitue en réalité l'aboutissement du harcèlement moral qu'elle a subi.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 8 avril 2022 et le 8 juin 2022, le ministre de l'Europe et des affaires étrangères conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 13 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 14 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Broussois,
- les conclusions de Mme Pestka, rapporteure publique,
- les observations de Me Diani pour Mme D,
- et les observations de Mme A pour la ministre de l'Europe et des affaires étrangères.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, professeur agrégée de classe normale, a été recrutée, dans le cadre d'un détachement sur contrat d'une durée de deux ans, pour exercer, à compter du 1er septembre 2019, les fonctions de directrice du département d'enseignement de l'arabe contemporain (DEAC) de l'Institut français d'Egypte (IFE) placé auprès de l'ambassade de France au Caire. Par note diplomatique du 23 novembre 2020 adressée à la direction des ressources humaines du ministère de l'Europe et des affaires étrangères, complétée le 7 février 2021, l'ambassade de France au Caire a sollicité le non-renouvellement du contrat de Mme D au terme de celui-ci, soit au 31 août 2021. Le 26 novembre 2020, la direction des ressources humaines du ministère de l'Europe et des affaires étrangères a donné son accord à ce non-renouvellement. Par courrier du 10 février 2021, Mme D a été informée que son contrat de travail à durée déterminée ne serait pas renouvelé au-delà de son terme. Par la présente requête, Mme D demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête :
2. Un agent public qui a été recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficie d'aucun droit au renouvellement de son contrat. Toutefois, l'administration ne peut légalement décider, au terme de son contrat, de ne pas le renouveler que pour un motif tiré de l'intérêt du service.
3. Il ressort des pièces du dossier, en particulier des écritures en défense du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, que la décision de non-renouvellement du contrat de Mme D a été motivée par l'attitude d'opposition de l'intéressée envers sa hiérarchie, par ses problèmes récurrents dans la gestion de son département ainsi que par l'agressivité dont elle avait fait preuve.
4. Toutefois, il est constant que la note diplomatique du 23 novembre 2020 par laquelle a été sollicité le non-renouvellement du contrat de Mme D, ainsi que la note diplomatique du 7 février 2021 la complétant, ont été rédigées à l'initiative de M. F C, conseiller de coopération et d'action culturelle (COCAC) et directeur de l'IFE, dont les méthodes de management, après avoir été mises en cause par cinq agents de l'IFE en juillet 2021, ont donné lieu à une mission ponctuelle de l'Inspection générale des affaires étrangères (IGAE) du 18 au 20 juillet 2021, ainsi qu'à une mission d'enquête administrative de cette même inspection, réalisée du 5 au 9 septembre 2021, sur des faits susceptibles de relever du harcèlement moral envers trois agents de l'IFE, dont Mme D. Dans ses rapports du 5 août 2021 et du 29 novembre 2021 établis à la suite de ces missions, l'IGAE a relevé que M. C pratiquait un management " non inclusif, clivant, sans bienveillance à l'égard des agents qu'il estime défaillants dès lors qu'ils sont réticents à des arguments d'autorité, alors qu'il s'agit de bons professionnels ", qu'il se livrait à " des contrôles tatillons, voire infantilisants " ainsi qu'à " une affirmation de son autorité souffrant difficilement la contradiction et qui peut le conduire à se montrer désagréable (signes d'agacement ou d'énervement, propos secs) ", que ses pratiques managériales étaient caractérisées par " un dialogue insuffisant " et avaient débouché sur " des situations de souffrance " ainsi qu'une " dégradation continue des conditions de travail des trois plaignants, dont l'autonomie et les moyens se réduisaient ", ces éléments ayant conduit l'IGAE, en conclusion de son rapport du 29 novembre 2021, à émettre la recommandation qu'il soit mis fin à la mission de M. C à la tête de l'IFE, recommandation qui a été suivie par l'administration. L'IGAE a également noté, dans son rapport du 29 novembre 2021, que M. C et Mme D avaient pris leurs fonctions au Caire au même moment et qu'après " un début sans difficulté notable, il semble que M. C ait rapidement pris en grippe S. D dont il n'appréciait pas qu'elle puisse discuter ses décisions ", que certains comportements de l'intéressé " laissent à penser qu'il cherchait à prendre S. D en faute ", que celle-ci " peut à raison considérer qu'un dossier a été monté contre elle à son insu ", et que " la présentation faite par M. C des " carences " de Mme D est sur plusieurs points excessive, contestable ou partiale " et par ailleurs contradictoire avec les appréciations portées sur la manière de servir de l'intéressée dans son évaluation de l'été 2020.
5. En outre, et s'agissant, d'une part, de l'attitude d'opposition reprochée à Mme D, il ressort du rapport d'enquête précité du 29 novembre 2021 que la position défendue par l'intéressée sur la question des congés des agents de droit local était conforme au règlement intérieur de l'IFE et que la direction s'y est finalement rangée, que les attentes exprimées par Mme D, à la suite de la panne de la photocopieuse de l'IFE en septembre 2020, en ce qui concerne les besoins de son département en matière de reprographie, étaient légitimes et que M. C avait " pris le parti, en s'abritant derrière le secrétariat général, de laisser pourrir la situation " et que, au sujet de la décision de M. C de ne pas renouveler les enseignants de plus de 65 ans, la présentation faite par ce dernier " des prises de position de S. D, toujours courtoises dans les échanges écrits dont la mission a eu connaissance, apparaît déséquilibrée et ignore les arguments pédagogiques développés par celle-ci ", le successeur de Mme D ayant d'ailleurs fait la même analyse que celle-ci sur cette question. S'agissant, d'autre part, des reproches relatifs à l'exécution par Mme D de ses missions professionnelles, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que la requérante aurait présenté des " carences " ou aurait été à l'origine de problèmes de nature à entraver de manière générale le bon fonctionnement de son département ou celui de l'IFE, notamment sur le plan de la gestion administrative, logistique ou budgétaire, alors par ailleurs que le rapport d'enquête précité a relevé que l'intéressée " avait démontré son entier investissement durant la crise sanitaire (malgré des soucis familiaux) et avait obtenu de bons résultats financiers en 2020, confirmés en 2021 ". S'agissant, enfin, des critiques relatives à son comportement, si le rapport précité, qui évoque le " tempérament entier de S. D qui n'hésite pas à porter la contradiction à la hiérarchie quand elle se mobilise dans l'intérêt de son service ", fait état des relations tendues entretenues par l'intéressée avec le département des cours et des formations de l'IFE et avec le secrétariat général ainsi que de tensions se manifestant notamment à l'occasion des réunions de service, il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu du contexte particulier décrit ci-dessus, et alors que plusieurs témoignages recueillis par la mission d'enquête imputent la responsabilité de ces tensions non à Mme D mais au directeur de l'IFE, que le comportement de l'intéressée aurait été par lui-même de nature à altérer le fonctionnement du service dans des conditions telles qu'elles auraient justifié le non-renouvellement de son contrat à durée déterminée ni, en tout état de cause, que le ministre de l'Europe et des affaires étrangères aurait décidé de ne pas renouveler ce contrat en se fondant sur ce seul motif.
6. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D est fondée à soutenir que la décision de non-renouvellement de son contrat à durée déterminée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et, par suite, à en demander l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Le présent jugement implique nécessairement que la ministre de l'Europe et des affaires étrangères réexamine la situation de Mme D. Il y a lieu de lui enjoindre de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la mise à disposition au greffe du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme D et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision par laquelle le ministre de l'Europe et des affaires étrangères a mis fin au contrat à durée déterminée de Mme D au terme de celui-ci est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'Europe et des affaires étrangères de réexaminer la situation de Mme D dans un délai de deux mois à compter de la mise à disposition au greffe du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Mme D une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et à la ministre de l'Europe et des affaires étrangères.
Délibéré après l'audience du 21 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Marino, président,
M. Le Broussois, premier conseiller,
M. Lautard-Mattioli, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mai 2023.
Le rapporteur,
N. Le Broussois
Le président,
Y. Marino
Le greffier,
A. Lemieux
La République mande et ordonne à la ministre de l'Europe et des affaires étrangères en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No2107260/6-1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026