mardi 11 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2107558 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire complémentaire et un mémoire en réplique, enregistrés respectivement les 9 et 22 avril et 10 décembre 2021, M. A C, représenté par Me Touloudi, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 mars 2021 par lequel le préfet de police lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français à son encontre d'une durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de police d'effacer le signalement le concernant dans le fichier européen de non-admission ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) à défaut, d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjours, dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1990.
Il soutient :
S'agissant de l'ensemble des décisions, qu'elles :
- sont entachées d'une erreur de droit en raison de l'irrégularité de la notification, en méconnaissance des articles L. 512-1 II et L. 512-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- sont insuffisamment motivées ;
- méconnaissent les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision de refus de titre de séjour, qu'elle :
- a été prise par une autorité incompétente pour en connaître ;
- a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que la commission du titre de séjour aurait dû être saisie ;
- est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- est entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet s'est estimé lié par l'avis du collège de médecins de l'OFII ;
- a méconnu les dispositions de l'articles L. 313-11 11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de cet article ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qu'elle :
- est entachée d'une erreur de droit ;
- est illégale, par voie d'exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- a méconnu l'article L. 511-4 10° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- a été prise en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, qu'elle :
- est entachée d'une erreur de fait ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 511-1 II du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination, qu'elle :
- est illégale, par voie d'exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- méconnaît les articles 2 et 3de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français, qu'elle :
- a été prise par une autorité incompétente pour en connaître ;
- est illégale, par voie d'exception d'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire ;
- a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'a pas bénéficié d'une information complète quant à l'enregistrement aux fins de non-admission ;
- est entachée d'une erreur de droit ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mai 2021, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Par une ordonnance du 29 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 15 juillet 2022.
Par une décision du 13 octobre 2021, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme E ;
- et les observations de Me Touloudi, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant tunisien, né le 24 juillet 1991 à Kairouan, entré en France en 2013 selon ses déclarations, a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 313-11 11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 24 mars 2021, le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Par la présente requête M. C en demande l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun aux différentes décisions :
2. En premier lieu, aux termes du II de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire sans délai peut, dans les quarante-huit heures suivant sa notification par voie administrative, demander au président du tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision refusant un délai de départ volontaire, de la décision mentionnant le pays de destination et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. ". Aux termes du II de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " Conformément aux dispositions du II de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification par voie administrative d'une obligation de quitter sans délai le territoire français fait courir un délai de quarante-huit heures pour contester cette obligation et les décisions relatives au séjour, à la suppression du délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément. ". Il résulte de ces dispositions que seule une notification par voie administrative est de nature à faire courir ce délai. La notification d'une telle obligation de quitter le territoire à l'intéressé par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, quand bien même elle comporte l'indication de ce délai de recours contentieux, n'est pas de nature à le faire courir.
3. Ainsi, la notification de l'arrêté attaqué du 24 mars 2021 par voie postale était régulière, dès lors que le délai de 48h pour le contester n'a pas été opposé à M. C, ainsi qu'il ressort des pièces du dossier.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 512-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dès notification de l'obligation de quitter le territoire français, l'étranger auquel aucun délai de départ volontaire n'a été accordé est mis en mesure, dans les meilleurs délais, d'avertir un conseil, son consulat ou une personne de son choix. L'étranger est informé qu'il peut recevoir communication des principaux éléments des décisions qui lui sont notifiées en application de l'article L. 511-1. Ces éléments lui sont alors communiqués dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de supposer qu'il la comprend ".
5. Les conditions de notification d'un acte administratif sont sans incidence sur sa légalité. M C qui a, au demeurant, exercé les voies de recours auxquelles il avait droit, ne peut donc utilement faire valoir que la décision contestée portant obligation de quitter le territoire français sans délai ne lui aurait pas permis d'être assisté par un conseil. Le moyen tiré de la violation des dispositions précitées de l'article L. 512-2 doit ainsi être écarté comme inopérant.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
7. En l'espèce, l'arrêté contesté, après avoir visé les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, examine la situation du requérant et indique qu'il ne remplit pas les conditions prévues à l'article L. 313-11 11° et L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il vise également le 3° du II de son article L. 511-1, fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre, il mentionne qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé à sa vie privée et familiale et que celui-ci n'établit pas être exposé à des peines ou traitement contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Il mentionne enfin que le requérant constitue une menace à l'ordre public et qu'il est célibataire et sans charge de famille en France. Par suite et alors que le préfet de police n'est pas tenu d'énoncer l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressé dont il pourrait avoir connaissance, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué pris en toutes les décisions qu'il comporte, à l'exception de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français, qui sera traitée ci-dessous, aux points 28 et suivants.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
9. M. C est célibataire et sans charge de famille en France. Il n'invoque aucune circonstance particulière de nature à montrer qu'il se serait inséré en France et y aurait fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
11. M. C n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il serait directement et personnellement exposé à des risques en cas de retour dans son pays d'origine. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui n'est opérant qu'à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi, doit être écarté.
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
12. En premier lieu, par un arrêté n° 2020-01102 du 28 décembre 2020, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de police du même jour, le préfet de police a donné délégation à Mme B D, adjointe au chef du 9ème bureau et signataire de la décision attaquée, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figurent les décisions de refus de séjour. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.
13. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police ne se serait pas livré à un examen de la situation personnelle de M. C.
14. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police se serait cru lié par l'avis rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII).
15. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du même code : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit : () 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié (). La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège des médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".
16. Pour refuser à M. C le titre de séjour sollicité, le préfet de police a pris en compte l'avis rendu le 14 septembre 2020 par le collège de médecins à compétence nationale l'OFII selon lequel si son état de santé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, celui-ci pouvait effectivement bénéficier d'un traitement médical approprié dans son pays d'origine vers lequel il pouvait voyager sans risque. Il ressort des pièces du dossier que M. C est atteint d'une schizophrénie paranoïde évolutive, pour laquelle il prend un traitement médicamenteux composé de clozapine, depakote, fluoxetine et zopiclone. Il est par ailleurs suivi régulièrement dans un cadre pluri-disciplinaire par deux praticiens de l'hôpital Saint-Anne et en hôpital de jour ainsi que par un ergothérapeute. Il a été hospitalisé à plusieurs reprises et se trouve en service fermé depuis le 9 janvier 2020. Si le requérant soutient que le médicament clozapine n'est pas disponible en Tunisie au motif qu'un laboratoire auquel il s'est adressé ne le commercialise pas en Tunisie, cette circonstance ne suffit pas à établir l'indisponibilité de ce traitement en Tunisie. Par ailleurs, si le requérant fait état du faible nombre de psychiatres et de services hospitaliers adaptés en Tunisie rapportés à la population totale, ces seuls éléments ne sont pas de nature à établir que l'intéressé ne pourrait pas bénéficier du traitement et du suivi nécessaires dans son pays d'origine, que les certificats médicaux ne mentionnent pas. Ceux-ci ne précisent pas non plus quels traitements ou suivis ne seraient pas disponibles. Ces différents éléments ne remettent ainsi pas utilement en cause l'avis rendu par l'OFII. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 313-11 11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.
17. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La commission [du titre de séjour] est saisie par l'autorité administrative lorsque celle-ci envisage de refuser de délivrer ou de renouveler une carte de séjour temporaire à un étranger mentionné à l'article L. 313-11 ou de délivrer une carte de résident à un étranger mentionné aux articles L. 314-11 et L. 314-12, ainsi que dans le cas prévu à l'article L. 431-3. () ". Si M. C soutient que le préfet de police aurait dû, préalablement à l'examen de sa demande, saisir la commission du titre de séjour mentionnée à l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du titre de séjour du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions relatives à la délivrance de plein droit des cartes de séjour citées audit article, auxquels il envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour, et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. Le requérant ne justifiant pas, ainsi qu'il a été dit, entrer dans le champ des dispositions de l'article L. 313-11 2° bis et 7° qu'il invoque, le préfet de police n'était pas tenu de soumettre son cas à la commission du titre de séjour avant de statuer sur sa demande de titre de séjour.
En ce qui concerne la décision d'obligation de quitter le territoire sans délai :
18. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision portant refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. C ne saurait se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision le concernant, pour demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
19. En second lieu, pour les raisons exposées au point 16, la décision n'a pas méconnu l'article L. 511-4 10° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'est pas entachée d'une erreur de droit ou d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision de refus de délais de départ volontaire :
20. Aux termes du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse et qui n'est pas membre de la famille d'un tel ressortissant au sens des 4° et 5° de l'article L. 121-1, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : 1° Si l'étranger ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, à moins qu'il ne soit titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () / 7° Si le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; / () ".
21. Il ressort des pièces du dossier que M. C a été condamné par le tribunal correctionnel de Paris, le 6 mars 2019, à 8 mois d'emprisonnement dont 4 mois avec sursis assortie d'une mise à l'épreuve de deux ans pour rébellion, menaces de mort ou d'atteinte aux biens dangereuses pour les personnes et à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique, dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui, violence sur personne dépositaire de l'autorité publique suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours et outrage à une personne chargée d'une mission de service public. Cette condamnation, pour des faits graves, est intervenue deux ans avant la décision attaquée. Par conséquent, c'est à juste titre que le préfet de police a considéré que l'intéressé constituait une menace à l'ordre public et lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire. La décision contestée n'est ni entachée d'une erreur de fait, ni d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
22. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision portant refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. C ne saurait se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision le concernant, pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination de sa reconduite.
23. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi ".
24. M. C n'apporte aucun élément de nature à établir que sa vie serait menacée en cas de retour dans son pays d'origine. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
25. En premier lieu, ainsi qu'il a été exposé au point 12, la décision attaquée a été prise par une autorité compétente pour en connaître.
26. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision portant obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. C ne saurait se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision le concernant, pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination de sa reconduite.
27. En troisième lieu, la circonstance que M. C n'aurait pas été destinataire de l'information prévue par l'article 42 du règlement (CE) n° 1987/2006 du Parlement européen et du Conseil du 20 décembre 2006, conformément aux exigences de la directive n° 95/46/CE du Parlement européen et du Conseil du 24 octobre 1995, alors au demeurant qu'il a été informé, aux termes de l'article 4 de l'arrêté attaqué, qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, est sans incidence sur la légalité de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Ce moyen doit donc être écarté.
28. En quatrième lieu, aux termes du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par une décision motivée, assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français ( ) / Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger obligé de quitter le territoire français, l'autorité administrative peut prononcer l'interdiction de retour pour une durée maximale de trois ans à compter de sa notification. /() L'interdiction de retour et sa durée sont décidées par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
29. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.
30. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu'invoque l'autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour et si la décision ne porte pas au droit de l'étranger au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.
31. La décision par laquelle le préfet de police a fait interdiction à M. C de revenir sur le territoire français pendant trois ans vise les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle précise que M. C constitue une menace à l'ordre public, en détaillant en quoi consiste cette menace, ainsi qu'il a été dit au point 21, et examine la situation de l'intéressé en exposant qu'il est célibataire et sans charge de famille en France, qu'il n'est pas démuni d'attaches à l'étranger où résident ses parents, son frère et sa sœur. La décision est dès lors suffisamment motivée.
32. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance.
33. Si le requérant fait valoir qu'il réside en France depuis 2013, il n'établit sa présence en France que depuis 2019. Ainsi qu'il a été dit au point 31, il est célibataire et sans charge de famille en France, et n'est pas démuni d'attaches à l'étranger où résident ses parents, son frère et sa sœur. Le seul fait qu'il soit soigné en France n'est pas de nature à établir qu'il y aurait fixé le centre de sa vie privée et familiale. La seule circonstance que le préfet de police ne se soit pas prononcé sur tous les critères n'est pas de nature à entacher la décision d'une erreur de droit. Les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.
34. Il résulte de l'ensemble ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée dans l'ensemble de ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 27 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
- Mme Hermann Jager, présidente ;
- Mme Beugelmans-Lagane, première conseillère ;
- et Mme Renvoise, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2022.
La rapporteure,
N. E
La présidente,
V. HERMANN JAGERLa greffière,
S. DICK
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026