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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2107656

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2107656

jeudi 9 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2107656
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 2e Chambre
Avocat requérantJASLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 avril 2021, M. B A, représenté par Me Jaslet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 mars 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de le rétablir dans ses droits aux conditions matérielles d'accueil à compter du mois de juin 2020 dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de son admission à l'aide juridictionnelle et, en cas de refus de l'aide juridictionnelle, de lui verser directement cette somme.

Il soutient que :

- la décision de suspension des conditions matérielles d'accueil, qui n'était ni écrite ni motivée, est illégale et cette illégalité, invoquée par voie d'exception, entache d'illégalité la décision attaquée ;

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît la procédure prévue à l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'OFII n'a pas procédé à un nouvel examen de sa situation et de sa vulnérabilité ;

- elle est entachée d'erreur de fait et d'un défaut d'examen de sa situation dès lors qu'il ne pouvait être regardé comme en fuite ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 1er de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2022, l'OFII conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyen s invoqués par M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 22 août 2022, la clôture d'instruction a été fixée au

12 septembre 2022.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 10 juin 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'ordonnance n° 2020-1402 du 18 novembre 2020 ;

- le décret n° 2020-1406 du 18 novembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rebellato, rapporteur,

- et les conclusions de Mme Nikolic, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan, a présenté une demande d'asile le

9 janvier 2020. Cette demande a été enregistrée en " procédure Dublin ", le relevé de ses empreintes digitales ayant fait apparaître qu'il avait déposé une demande d'asile en Autriche. Les autorités autrichiennes, saisies le 10 janvier 2020 d'une demande de reprise en charge, ont donné leur accord le 14 janvier 2020. Un arrêté de transfert vers ce pays a été pris et notifié à M. A le 20 février 2020. M. A s'est vu remettre une attestation de demandeur d'asile en procédure normale le 15 février 2021 et a demandé au directeur général de l'OFII le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 23 mars 2021, l'OFII lui a refusé le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. M. A demande au tribunal d'annuler cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable : " () La décision de suspension, de retrait ou de refus des conditions matérielles d'accueil est écrite et motivée. "

3. Pour refuser de rétablir les conditions matérielles d'accueil de l'intéressé, la décision du 23 mars 2021 de l'OFII se borne à mentionner sans aucune précision que le requérant s'était abstenu de se présenter aux autorités. Toutefois, l'absence de mention dans la décision attaquée de précision sur les dates des convocations auxquelles il ne se serait pas présenté, révèle un défaut de motivation en fait et un défaut d'examen préalable et particulier de la situation M. A. Par conséquent, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.

4. Eu égard au motif retenu pour annuler la décision litigieuse, le présent jugement implique nécessairement que l'OFII procède au réexamen de la situation de M. A dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

5. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Jaslet, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'OFII le versement à Me Jaslet la somme de

1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de l'OFII du 23 mars 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de procéder au réexamen de la situation de M. A dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Office français de l'intégration et de l'immigration versera la somme de 1 000 euros à Me Jaslet sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve qu'ils renoncent à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Jaslet et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 26 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gros, président,

M. Feghouli, premier conseiller,

M. Rebellato, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 9 février 2023.

Le rapporteur,

J. REBELLATO

Le président,

L. GROS

La greffière,

S. PORRINAS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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