vendredi 20 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2107930 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | RENAULT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 14 avril 2021, le 7 avril 2022 et le 26 avril 2022, Mme D, représentée par Me Renault, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision en date du 15 septembre 2020 par laquelle la consule générale de France à Pondichéry et B l'a radiée du registre des Français établis hors de France, ensemble la décision du 7 décembre 2020 rejetant son recours hiérarchique ;
2°) d'ordonner sa réinscription au registre des Français à l'étranger sous un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou subsidiairement à elle-même.
Elle soutient que :
- la décision du 7 décembre 2020 est entachée d'incompétence ;
- les décisions attaquées sont entachées d'un défaut de motivation ;
- elles ont été prises en méconnaissance du principe du contradictoire ;
- elles sont entachées d'erreur de droit au regard du principe de séparation des pouvoirs ;
- la consule générale de France était tenue de faire droit à son recours contre la décision du 15 septembre 2020 compte tenu de la décision de la commission de contrôle des listes électorales du 27 octobre 2020 ;
- la décision de radiation prise à son égard s'analyse comme le retrait illégal d'une décision créatrice de droits ;
- l'administration ne se trouvait pas en situation de compétence liée pour prononcer sa radiation du registre des Français établis hors de France ;
- les décisions attaquées méconnaissent les articles 8 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juillet 2021, le ministre de l'Europe et des affaires étrangères conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable pour tardiveté ;
- le moyen tiré de l'incompétence entachant la décision prise sur recours hiérarchique est inopérant ;
- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 26 avril 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 27 mai 2022.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le décret n° 2003-1377 du 31 décembre 2003 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- et les conclusions de Mme Pestka, rapporteure publique.
Une note en délibéré présentée pour Mme A a été enregistrée le 11 janvier 2023 et n'a pas été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. Par courrier du 29 juin 2020, la consule générale de France à Pondichéry et B a invité Mme A, qui réside à Pondichéry (Inde), à lui communiquer tout élément prouvant sa nationalité française en l'informant qu'à défaut, elle se verrait dans l'obligation de procéder à sa radiation du registre des Français établis hors de France ainsi que de la liste électorale consulaire. Par deux décisions du 15 septembre 2020, la consule générale de France à Pondichéry et B a prononcé la radiation de Mme B du registre des Français établis hors de France ainsi que sa radiation de la liste électorale consulaire. Par courrier du 19 novembre 2020, Mme A a formé auprès de l'ambassadeur de France en Inde un recours administratif contre la décision prononçant sa radiation du registre des Français établis hors de France. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler ladite décision, ainsi que la décision du 7 décembre 2020 ayant rejeté son recours contre celle-ci.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
Sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par le ministre de l'Europe et des affaires étrangères :
2. En premier lieu, à supposer que le recours administratif de Mme A contre la décision du 15 septembre 2020 prononçant sa radiation du registre des Français établis hors de France doive être regardé comme un recours hiérarchique, la requérante ne saurait utilement se prévaloir des vices propres de la décision prise sur un tel recours. Le moyen tiré de ce que la décision du 7 décembre 2020 rejetant ledit recours serait entachée d'incompétence ne peut dès lors qu'être écarté comme inopérant.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. () ". Il ressort des pièces du dossier que, par courrier du 29 juin 2020, la consule générale de France à Pondichéry et B a invité Mme A à lui communiquer tout élément permettant de prouver sa nationalité dans un délai de deux mois, en l'informant qu'à défaut, elle procèderait à sa radiation du registre des Français établis à l'étranger. La requérante a ainsi été mise en mesure de présenter des observations préalablement à l'édiction de la décision de radiation contestée. Si Mme A fait par ailleurs valoir que les décisions contestées mentionnent qu'elle n'a pas répondu au courrier précité du 29 juin 2020, alors qu'elle a présenté des observations le 13 août 2020, une telle circonstance est par elle-même sans incidence sur le respect des dispositions précitées de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration. En tout état de cause, la requérante ne justifie pas de la réception par l'administration des observations dont elle fait état. Le moyen tiré du non-respect de la procédure contradictoire doit ainsi être écarté.
4. En troisième lieu, les décisions attaquées comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et sont, par suite, suffisamment motivées.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 1 du décret n°2003-1377 du 31 décembre 2003 relatif à l'inscription au registre des Français établis hors de France : " L'expression Français établi hors de France désigne toute personne de nationalité française ayant sa résidence habituelle dans une circonscription consulaire telle que prévue par la convention de Vienne du 24 avril 1963 sur les relations consulaires susvisée et définie par arrêté du ministre des affaires étrangères ". Aux termes de l'article 2 du même décret : " I. - Tout Français établi hors de France peut demander son inscription au registre des Français établis hors de France au chef de poste consulaire territorialement compétent. () ". Aux termes de l'article 3 du même décret : " L'inscription au registre des Français établis hors de France est une mesure d'information. / Nul ne peut en être exclu s'il remplit les conditions prévues par le présent décret () ". Aux termes de l'article 13 du même décret : " () III. - La radiation d'un Français du registre des Français établis hors de France est effectuée soit à sa demande écrite, soit sur décision du chef de poste consulaire lorsqu'il constate que le Français ne réside plus dans la circonscription consulaire ou que la condition de nationalité française n'est plus remplie ou que l'inscription a été effectuée sur le fondement de fausses informations. () ". Aux termes de l'article 30 du code civil : " La charge de la preuve, en matière de nationalité française, incombe à celui dont la nationalité est en cause. / Toutefois, cette charge incombe à celui qui conteste la qualité de Français à un individu titulaire d'un certificat de nationalité française délivré conformément aux articles 31 et suivants. "
6. Pour décider de radier Mme A du registre des français établis hors de France, la consule générale de France à Pondichéry et B s'est fondée sur la circonstance que celle-ci avait fait l'objet d'un refus de certificat de nationalité française le 2 juillet 2018 devenu définitif en l'absence de contestation de sa part et qu'elle n'avait apporté aucun élément prouvant sa nationalité française. Si la requérante soutient que le refus de délivrance de certificat de nationalité française qui lui a été opposé le 2 juillet 2018 par le directeur des services de greffe judiciaires du pôle de la nationalité française du tribunal d'instance de Paris n'émane pas d'une " autorité judiciaire ", contrairement à ce qui est mentionné dans la décision du 7 décembre 2020, et que ce refus ne plaçait pas l'administration en situation de compétence liée pour la radier du registre des Français établis hors de France, de telles circonstances ne sont pas de nature à établir que la décision de la radier dudit registre pour les motifs précités serait entachée d'erreur de droit au regard du principe de séparation des pouvoirs. De même, la circonstance que le refus de certificat de nationalité française qui lui a été opposé le 2 juillet 2018 aurait été notifié au consulat général de France à Pondichéry et B dès le 18 juillet 2018, soit plus de deux ans avant l'intervention de la décision litigieuse du 15 septembre 2020 est par elle-même sans incidence sur la légalité de ladite décision. Enfin, si Mme A soutient qu'elle est française par filiation en application de l'article 18 du code civil, elle ne peut être regardée comme rapportant la preuve de cette nationalité en se bornant à produire le certificat de nationalité française ainsi que le passeport délivrés à son père, eu égard notamment à la teneur des motifs ayant justifié le refus de certificat de nationalité française qui lui a été opposé, dont elle ne remet pas sérieusement en cause le bien-fondé, et tiré de ce que la filiation de son père avec un ascendant de nationalité française n'était pas légalement établie.
7. En cinquième lieu, la circonstance que la commission de contrôle des listes électorales a fait droit au recours administratif préalable obligatoire de Mme A contre la décision du 15 septembre 2020 prononçant sa radiation des listes électorales consulaires est par elle-même sans incidence sur la légalité de la décision du même jour prononçant sa radiation du registre des Français établis hors de France.
8. En sixième lieu, il résulte des dispositions précitées de l'article 13 du décret du 31 décembre 2003 que la radiation d'un Français du registre des Français établis hors de France est effectuée, notamment, lorsque la condition de nationalité française n'est plus remplie. Par suite, la requérante, qui ne justifie plus remplir cette condition, n'est pas fondée à soutenir que la décision de radiation contestée aurait procédé illégalement au retrait de la décision d'inscription correspondante qui avait créé des droits à son profit.
9. En dernier lieu, et dès lors que Mme A ne justifie plus, ainsi qu'il vient d'être dit, remplir la condition de nationalité française à laquelle est subordonnée l'inscription sur le registre des Français établis hors de France, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées porteraient une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de la requérante et présenteraient un caractère discriminatoire, en méconnaissance des articles 8 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté comme inopérant.
10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions attaquées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme A ne peuvent dès lors qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, soit condamné à verser au conseil de Mme A la somme correspondant à celle qu'il aurait réclamée à sa cliente si cette dernière n'avait eu l'aide juridictionnelle. Les conclusions présentées au titre de ces dispositions ne peuvent dès lors qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D et à la ministre de l'Europe et des affaires étrangères.
Délibéré après l'audience du 6 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Marino, président,
M. Le Broussois, premier conseiller,
M. Thulard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 janvier 2023.
Le rapporteur,
N. C
Le président,
Y. Marino
Le greffier,
A. Lemieux
La République mande et ordonne à la ministre de l'Europe et des affaires étrangères en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2107930/6-1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026