mercredi 26 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2108111 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET GINESTIE MAGELLAN PALEY-VINCENT (SELAS) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 avril 2021 et le 8 décembre 2021,
M. B, représenté par Me Berdugo, demande au Tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2014, ainsi que des pénalités correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat les frais d'avocat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Il soutient que :
-Le service ne pouvait remettre en cause sur le terrain de l'abus de droit le report d'imposition de la soulte sans remettre en cause l'acte d'apport ;
-En exigeant qu'il soit justifié que la société bénéficiaire de l'apport avait un intérêt économique au versement de la soulte inférieure à 10% de la valeur nominale des titres, l'administration ajoute à la loi.
Par des mémoires en défense enregistrés le 21 octobre 2021 et le 11 janvier 2022, le directeur de la direction nationale des vérifications de situations fiscales conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- et le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Merino, rapporteur,
- les conclusions de Mme Belle, rapporteure publique,
- et les observations de Me Lentini, avocat de M. B.
Considérant ce qui suit :
1. Le 19 novembre 2012, M. B a réalisé un apport de 7 999 actions de la
SARL HPL Promotion à la SAS HPL Participation, qui avait été créée en 2009, d'une valeur de 850 080 euros. En contrepartie de cet apport, il a reçu 7 392 actions de la SAS HPL Participation d'une valeur nominale de 1 euro, soit une valeur globale de 7 392 euros ainsi qu'une prime de fusion de 842 688 euros qui sera transformée en 842 688 actions nouvelles de la SAS HPL Participation dans le cadre d'une augmentation de capital décidée le même jour. A la suite de cette opération, M. B a déclaré au titre de l'année 2012 une plus-value en report d'imposition de 842 081 euros en application de l'article 150-0 B ter du code général des impôts. Le 22 novembre 2012, M. B a créé la SARL HPL Groupe (HPLG) en apportant
688 064 titres de la société HPL Participation d'une valeur de 1 600 000 euros et a, en contrepartie, reçu en rémunération 1 450 000 actions HPL Groupe d'une valeur totale de 1 450 000 euros, ainsi qu'une soulte de 150 000 euros. A l'issue de cette opération, il a déclaré une plus-value d'apport en report d'imposition de 761 936 euros égale à la différence entre la valeur des actions de la société HPL Groupe et la valeur d'acquisition des actions de la société HPL Participation apportées. Par une proposition de rectification du 7 décembre 2015, l'administration a remis en cause ces deux plus-values dès lors que la soulte dépassait 10% de la valeur nominale des titres reçus.
2. Le 19 novembre 2014, M. B a consenti à la société HPL Groupe un nouvel apport de 172 016 actions de la société HPL Participation pour une valeur de 13 940 000 euros et a reçu en rémunération 12 680 000 actions de la société HPL Groupe d'une valeur totale de
12 680 000 euros ainsi qu'une soulte de 1 260 000 euros qui a été inscrite au crédit du compte courant d'associé ouvert à son nom dans les écritures de la société HPL Groupe. La plus-value résultant de l'opération d'apport a été placée en report d'imposition, ainsi que la soulte. Par une proposition de rectification du 22 novembre 2016, l'administration, suivant la procédure de rectification contradictoire, a rehaussé la plus-value en report du montant de la soulte, la portant à la somme de 13 769 784 euros. Le report d'imposition de la soulte a quant à lui été remis en cause selon la procédure d'abus de droit prévue à l'article L. 64 du livre des procédures fiscales au motif que la stipulation de cette soulte ne répondait à aucun impératif économique pour la société bénéficiaire de l'apport et était uniquement destinée à masquer l'appréhension de liquidités en franchise d'impôt.
3. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales laissés à sa charge au titre de l'année 2014 à raison de la soulte versée en rémunération de l'apport à la société HPL Groupe des actions que M. B détenait dans la société HPL Participation, ainsi que des majorations correspondantes, l'administration ayant abandonné la remise en cause d'une partie de la plus-value d'apport grevant les titres apportés en 2014, réalisée le 19 novembre 2012 et placée en report d'imposition.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition :
4. Aux termes, d'une part, de l'article L. 64 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Afin d'en restituer le véritable caractère, l'administration est en droit d'écarter, comme ne lui étant pas opposables, les actes constitutifs d'un abus de droit, soit que ces actes ont un caractère fictif, soit que, recherchant le bénéfice d'une application littérale des textes ou de décisions à l'encontre des objectifs poursuivis par leurs auteurs, ils n'ont pu être inspirés par aucun autre motif que celui d'éluder ou d'atténuer les charges fiscales que l'intéressé, si ces actes n'avaient pas été passés ou réalisés, aurait normalement supportées eu égard à sa situation ou à ses activités réelles. / En cas de désaccord sur les rectifications notifiées sur le fondement du présent article, le litige est soumis, à la demande du contribuable, à l'avis du comité de l'abus de droit fiscal. L'administration peut également soumettre le litige à l'avis du comité. / Si l'administration ne s'est pas conformée à l'avis du comité, elle doit apporter la preuve du bien-fondé de la rectification ". Il résulte de ces dispositions que, lorsque l'administration use des pouvoirs que lui confère ce texte dans des conditions telles que la charge de la preuve lui incombe, elle est fondée à écarter comme ne lui étant pas opposables certains actes passés par le contribuable dès lors qu'elle établit que ces actes ont un caractère fictif, ou bien, à défaut, recherchent le bénéfice d'une application littérale des textes à l'encontre des objectifs poursuivis par leurs auteurs et n'ont pu être inspirés par aucun motif autre que celui d'éluder ou d'atténuer les charges fiscales que l'intéressé, s'il n'avait pas passé ces actes, aurait normalement supportées eu égard à sa situation et à ses activités réelles. L'administration fiscale apporte cette preuve par la production de tous éléments suffisamment précis attestant du caractère fictif des actes en cause ou de l'intention du contribuable d'éluder ou d'atténuer ses charges fiscales normales. Dans l'hypothèse où l'administration s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au contribuable, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de la réalité des actes contestés ou de ce que l'opération litigieuse est justifiée par un motif autre que celui d'éluder ou d'atténuer ses charges fiscales normales.
5. Aux termes, d'autre part, du I de l'article 150-0 B ter du code général des impôts, dans sa rédaction applicable à l'année 2014 : " L'imposition de la plus-value réalisée, directement ou par personne interposée, dans le cadre d'un apport de valeurs mobilières, de droits sociaux, de titres ou de droits s'y rapportant tels que définis à l'article 150-0 A à une société soumise à l'impôt sur les sociétés ou à un impôt équivalent est reportée si les conditions prévues au III du présent article sont remplies. () / Les apports avec soulte demeurent soumis à l'article 150-0 A lorsque le montant de la soulte reçue excède 10 % de la valeur nominale des titres reçus () ". En application de l'article 150-0 A du code général des impôts, la plus-value qu'une personne physique retire d'un apport de titres ou droits est soumise à l'impôt sur le revenu au titre de l'année de sa réalisation. Toutefois, le contribuable bénéficie, en vertu des dispositions précitées de l'article 150-0 B ter du même code, d'un report d'imposition si l'apport est effectué à une société qu'il contrôle et que le montant de la soulte perçue, le cas échéant, n'excède pas 10 % de la valeur nominale des titres reçus à l'échange.
6. En instituant un mécanisme de report d'imposition, le législateur a entendu favoriser les restructurations d'entreprises susceptibles d'intervenir par échange de titres en évitant que l'imposition immédiate de la plus-value constatée à l'occasion d'une telle opération, alors que le contribuable ne dispose pas des liquidités lui permettant d'acquitter cet impôt, fasse obstacle à sa réalisation. Si, dans la version du texte applicable au litige, le report d'imposition bénéficie à la totalité de la plus-value résultant d'une opération d'apport avec soulte lorsque le montant de celle-ci n'excède pas 10 % de la valeur nominale des titres reçus en rémunération de l'apport, le but ainsi poursuivi par le législateur n'est pas respecté si la stipulation d'une soulte au profit de l'apporteur en complément de l'attribution de titres de la société bénéficiaire de l'apport n'a aucune autre finalité que de permettre à celui-ci d'appréhender, en franchise immédiate d'impôt, des liquidités détenues par cette société ou par celle dont les titres sont apportés. Dans ce cas, l'administration est fondée, sur le fondement de l'article L. 64 du livre des procédures fiscales, à considérer qu'en stipulant l'octroi de cette soulte, les parties à l'opération d'apport ont recherché le bénéfice d'une application littérale des dispositions de l'article 150-0 B ter du code général des impôts à l'encontre des objectifs poursuivis par le législateur, dans le seul but d'éluder ou d'atténuer les charges fiscales que l'apporteur aurait normalement supportées.
7. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent, que M. B n'est pas fondé à soutenir que la stipulation d'une soulte ne saurait être dissociée de l'acte d'apport en ce qu'elle représente la contrepartie financière globale destinée à rémunérer la totalité des titres apportés puisqu'elle s'y intègre. Ainsi, en recourant à la procédure d'abus de droit, l'administration qui n'a privé le requérant d'aucune garantie, n'a pas ajouté de condition à la législation applicable.
8. De plus, si l'administration fiscale n'a pas remis en cause les motifs économiques à l'origine de la constitution de la société HPL Groupe, elle a estimé en substance, pour remettre en cause la stipulation d'une soulte, que cette dernière présentait un caractère artificiel, faute d'être justifiée par la nécessité d'équilibrer le rapport d'échange des titres ou de rééquilibrer l'actionnariat, dès lors que M. B était le seul associé de la société HPL Groupe. Elle a également relevé que la soulte stipulée au profit de M. B a été inscrite sur son compte courant d'associé dans la comptabilité de la société HPL Groupe et que M. B, en sa qualité d'associé unique de la société a décidé d'en limiter le capital alors qu'il aurait pu le porter à la valeur des actions apportées, ce qui aurait été plus avantageux financièrement pour cette société. L'administration fiscale, qui supporte la charge de la preuve en l'absence de saisine du comité de l'abus de droit fiscal, apporte ainsi des éléments suffisamment précis de nature à établir que, dans le cadre de l'opération litigieuse, la stipulation d'une soulte égale à 10% de la valeur nominale des titres a permis à M. B d'appréhender en franchise d'impôt des liquidités substantielles provenant de la société HPL Groupe, au bénéfice d'une application littérale des textes contraire à l'intention du législateur et au détriment de la société HPL Groupe.
9. Contrairement à ce que soutient M. B, si l'administration a relevé que le contribuable avait la possibilité d'augmenter le capital de la société HPL Groupe dont il est l'associé unique à hauteur du montant de la soulte versée, c'est pour démontrer son intention d'appréhender des liquidités en franchise d'impôt en faisant le choix de stipuler une soulte qu'il a placée en report d'imposition. Par conséquent, elle n'était pas tenue, à l'appui de sa démonstration, de qualifier la soulte d'apport pur et simple. De plus, si M. B fait valoir que la soulte n'a pas été financée par une distribution de dividendes et n'aurait donc pas entraîné de désinvestissement pour la société HPL Groupe, le montant de la soulte a été inscrit au crédit du compte-courant d'associé ouvert à son nom dans les écritures de la société. Or, les sommes portées au crédit d'un compte-courant d'associé doivent être regardées comme ayant été mises à la disposition du contribuable, même en l'absence de prélèvement effectif, à la date de l'inscription des sommes au crédit du compte. Enfin, M. B ne saurait utilement soutenir que la stipulation d'une soulte aurait, en l'espèce, été de nature à compenser sa renonciation au privilège du vendeur ou s'expliquerait par l'intérêt du contrôle de l'opération par un commissaire aux apports.
10. Par suite, l'administration fiscale, qui établit l'existence de l'abus de droit, était fondée à appliquer le principe général du droit à la répression des abus de droit pour rejeter la demande tendant au bénéfice du report d'imposition de la plus-value d'apport à concurrence du montant de la soulte.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander la décharge des impositions en litige. Sa requête doit dès lors être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au directeur de la direction nationale des vérifications de situations fiscales.
Délibéré après l'audience du 29 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Vidal, présidente,
Mme Merino, première conseillère,
M. Baudat, conseiller.
Rendu public par sa mise à disposition au greffe le 26 avril 2023.
La rapporteure,
M. C
La présidente,
S. VIDAL
La greffière,
S. COULANT
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires publics à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°2108111/1-1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026