mercredi 30 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2108116 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET DARTEVELLE & DUBEST (AARPI) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 avril 2021 et 7 janvier 2022, la société La Poste, représentée par Me Rossignol, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler la décision du 11 février 2021 par laquelle le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi d'Île-de-France a mis à sa charge une amende d'un montant de 21 000 euros ;
2°) à titre subsidiaire, de réformer cette sanction en prononçant la sanction d'avertissement ou, à défaut, de réduire le montant de l'amende.
Elle soutient que :
- la décision est signée par une autorité incompétente ;
- elle est illégale compte tenu de l'illégalité de l'article R. 8115-10 du code du travail dont elle fait application dès lors que la procédure contradictoire a été engagée après que le principe du prononcé d'une sanction avait été décidé ;
- elle est entachée de vices de procédure ; premièrement, la procédure a été engagée par une autorité incompétente ; deuxièmement, la procédure n'a pas été engagée à l'encontre du représentant légal de la société La Poste mais à l'encontre de la directrice de l'établissement ; troisièmement, il n'a pas été répondu à ses demandes de communication des pièces du dossier et de présentation de ses observations orales en méconnaissance des articles L. 122-1 et L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration ; quatrièmement, la décision a été prise au vu d'un rapport du 9 juin 2020 qui n'émane pas de l'agent de contrôle visé à l'article R. 8115-1 du code du travail et qui a été établi avant l'achèvement de la procédure contradictoire prorogée par l'article 3 de l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;
- la décision méconnaît les articles L. 8115-1 et L. 8115-2 du code du travail dans la mesure où le procureur de la République n'a pas été mis en mesure d'exercer des poursuites pénales ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dans la mesure où il appartient à l'employeur de décider du mode d'organisation du temps de travail, lequel a été déterminé en l'espèce selon le principe des horaires collectifs par un accord collectif national du 7 février 2017, de sorte que les articles L. 3171-2 et D. 3171-8 du code du travail, qui concernent les salariés qui ne travaillent pas en horaires collectifs, ne lui sont pas applicables ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans la mesure où les salariés relèvent d'un régime d'horaires collectifs ; à cet égard, l'article D. 3171-1 du code du travail autorise le travail en dehors de l'horaire collectif dans la limite du contingent annuel des heures supplémentaires et aucun texte n'impose que ces heures supplémentaires soient collectives et préalablement affichées et transmises à l'inspection du travail ; en outre, les activités de distribution postale ne sont pas incompatibles avec l'organisation en horaires collectifs ;
- elle méconnaît l'article L. 8115-3 du code du travail dès lors que le montant de l'amende de 500 euros a été multiplié par le nombre total de salariés ayant travaillé au cours des contrôles alors que tous les agents n'avaient pas dépassé l'horaire collectif affiché ;
- à titre subsidiaire, compte tenu de sa bonne foi, la sanction d'avertissement aurait dû être prononcée.
Une mise en demeure a été adressée le 13 octobre 2021 au directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi d'Île-de-France.
Par ordonnance du 10 janvier 2022, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 26 janvier 2022 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de Mme Privet, rapporteure publique,
- et les observations de Me Rossignol, représentant la société La Poste.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite de trois contrôles effectués les 14 février 2019, 16 mars 2019 et 30 juillet 2019 au sein de la plateforme de préparation et de distribution du courrier (PPDC) du 12ème arrondissement de Paris, établissement de la société La Poste, le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi d'Île-de-France a mis à la charge de la société, par une décision du 11 février 2021, une amende d'un montant de 21 000 euros pour avoir méconnu ses obligations en matière de décompte des durées de travail effectif de ses salariés de droit privé. Par la présente requête, la société La Poste demande, à titre principal, l'annulation de cette sanction et, à titre subsidiaire, sa modulation.
2. D'une part, aux termes de l'article L. 3171-1 du code du travail : " L'employeur affiche les heures auxquelles commence et finit le travail ainsi que les heures et la durée des repos. () ". Aux termes de l'article D. 3171-1 de ce code : " Lorsque tous les salariés d'un atelier, d'un service ou d'une équipe travaillent selon le même horaire collectif, un horaire établi selon l'heure légale indique les heures auxquelles commence et finit chaque période de travail. Aucun salarié ne peut être employé en dehors de cet horaire, sous réserve des dispositions des articles L. 3121-30, L. 3121-33, L. 3121-38 et L. 3121-39 relatives au contingent annuel d'heures supplémentaires, et des heures de dérogation permanente prévues par un décret pris en application de l'article L. 3121-67 ". Aux termes de l'article L. 3171-2 du même code : " Lorsque tous les salariés occupés dans un service ou un atelier ne travaillent pas selon le même horaire collectif, l'employeur établit les documents nécessaires au décompte de la durée de travail, des repos compensateurs acquis et de leur prise effective, pour chacun des salariés concernés () ". L'article L. 3171-3 du code du travail impose à l'employeur de tenir à la disposition de l'agent de contrôle de l'inspection du travail les documents permettant de comptabiliser le temps de travail accompli par chaque salarié. Enfin, aux termes de l'article D. 3171-8 de ce même code : " Lorsque les salariés d'un atelier, d'un service ou d'une équipe, au sens de l'article D. 3171-7, ne travaillent pas selon le même horaire collectif de travail affiché, la durée du travail de chaque salarié concerné est décomptée selon les modalités suivantes : 1° Quotidiennement, par enregistrement, selon tous moyens, des heures de début et de fin de chaque période de travail ou par le relevé du nombre d'heures de travail accomplies ; 2° Chaque semaine, par récapitulation selon tous moyens du nombre d'heures de travail accomplies par chaque salarié ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 8115-1 du code du travail : " L'autorité administrative compétente peut, sur rapport de l'agent de contrôle de l'inspection du travail mentionné à l'article L. 8112-1, et sous réserve de l'absence de poursuites pénales, soit adresser à l'employeur un avertissement, soit prononcer à l'encontre de l'employeur une amende en cas de manquement : () 3° A l'article L. 3171-2 relatif à l'établissement d'un décompte de la durée de travail et aux dispositions réglementaires prises pour son application () ". En vertu du premier alinéa de l'article L. 8115-3 du même code : " Le montant maximal de l'amende est de 4 000 euros et peut être appliqué autant de fois qu'il y a de travailleurs concernés par le manquement ". L'article L. 8115-4 de ce code dispose en outre que " Pour déterminer si elle prononce un avertissement ou une amende et, le cas échéant, pour fixer le montant de cette dernière, l'autorité administrative prend en compte les circonstances et la gravité du manquement, le comportement de son auteur, notamment sa bonne foi, ainsi que ses ressources et ses charges ".
4. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que les salariés travaillant sur le même site ou dans le même établissement peuvent être soumis à un régime horaire collectif ou à un régime horaire individualisé et que, dans ce dernier cas, un décompte des heures accomplies par salarié doit être établi dont l'absence peut donner lieu à une amende administrative en application de l'article L. 8115-1 du code du travail.
5. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la société La Poste a soumis les salariés chargés de la distribution du courrier de la PDDC du 12ème arrondissement, qui sont répartis en équipes, à un régime d'horaires collectifs affichés dans l'établissement, conformément à un accord national négocié du 7 février 2017 portant sur l'amélioration des conditions de travail et l'évolution des métiers de la distribution et des services des factrices et des facteurs et de leurs encadrantes et encadrants de proximité. Lors des trois contrôles effectués par l'inspection du travail au sein de cet établissement, des dépassements de l'horaire de fin de travail ont été constatés, pour plus de la moitié des salariés de droit privé en service, allant, selon les journées et les salariés, de cinq minutes à une heure, de cinq minutes à quatre-cinq minutes et de cinq minutes à deux heures, par rapport à l'horaire collectif de fin de travail fixé aux équipes. Toutefois, il résulte de l'instruction, et il n'est pas contesté par l'administration qui n'a pas produit d'observations en dépit d'une mise en demeure qui lui a été adressée sur le fondement de l'article R. 612-6 du code de justice administrative, que les dépassements de l'horaire collectif sont pris en compte par l'employeur en heures supplémentaires, comme les dispositions précitées de l'article D. 3171-1 du code du travail l'autorisent. A cet égard, contrairement à ce que la sanction litigieuse retient, aucune disposition n'impose, dans le cadre d'un régime d'horaire collectif, que les heures supplémentaires soient obligatoirement prises collectivement par les salariés d'une même équipe. Enfin, il ne ressort, en tout état de cause, pas des pièces versées au dossier que l'activité de distribution du courrier serait, en elle-même, incompatible avec la mise en œuvre d'un régime d'horaires collectifs pour les salariés, compte tenu notamment de la possibilité d'effectuer des heures supplémentaires rémunérées ou compensées qui tient compte des éventuels aléas pouvant survenir au cours de la distribution. Dans ces conditions, le non-respect constaté des horaires collectifs de travail au sein de l'établissement en cause, s'il révèle une absence de contrôle, par la direction, du temps de travail effectif des agents, n'est pas, à lui seul, de nature à établir que les salariés concernés ne seraient en réalité pas soumis à des horaires collectifs d'équipes. Par suite, c'est à tort que le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi d'Île-de-France a infligé une sanction à la société La Poste pour avoir méconnu les obligations en matière de décompte des durées de travail effectif des salariés soumis à un régime d'horaire individualisé.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la société La Poste est fondée à demander l'annulation de la décision du 11 février 2021 par laquelle le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi d'Ile-de-France lui a infligé une amende administrative de 21 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi d'Île-de-France du 11 février 2021 est annulée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société La Poste et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.
Copie en sera adressée au directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Île-de-France.
Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Amat, présidente,
Mme Armoët, première conseillère,
Mme Nguyen, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2022.
La rapporteure,
E. A
La présidente,
N. AMATLa greffière,
P. TARDY-PANIT
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026