jeudi 15 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2108279 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | MARCHIANI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 avril 2021 et le 2 février 2022, M. C A, représenté par Me Marchiani, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 novembre 2020 par lequel le préfet de police lui a ordonné de se dessaisir des armes, éléments d'armes et munitions en sa possession, dans un délai de deux mois, lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes, éléments d'armes et munitions quelle que soit leur catégorie et a procédé à l'inscription de cette interdiction au fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes, ensemble la décision du 17 février 2021 rejetant son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il renonce à invoquer les moyens tirés de l'incompétence des signataires des décisions attaquées ;
- l'arrêté attaqué est entaché de vices de procédure dès lors que le signataire de la lettre du 4 septembre 2020 engageant la procédure contradictoire préalable était incompétent ; il n'a jamais reçu cette lettre et n'a donc pas été mis en mesure de présenter ses observations ; il n'y a pas eu de véritable enquête administrative en méconnaissance de l'article R. 312-67 3° du code de la sécurité intérieure ;
- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur de droit au regard des articles L. 312-3 et L. 312-3-1 du code de la sécurité intérieure dès lors que sa condamnation pour les faits d'escroquerie incriminés à l'article 313-1 du code pénal, lesquels étaient sans violence et sans lien avec le port d'arme, ne peut fonder une interdiction d'acquisition et de détention d'armes ;
- les décisions attaquées sont entachées d'une inexactitude matérielle des faits dès lors que les faits de violence conjugale ne sont pas établis ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation et d'une erreur de droit au regard des articles L. 312-3-1 du code de la sécurité intérieure.
Par un mémoire, enregistré le 26 juillet 2021, le ministre de l'intérieur demande sa mise hors de cause compte tenu de la compétence du préfet de police pour représenter l'Etat devant le tribunal.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er janvier 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 3 février 2022, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 3 mars 2022 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de Mme Privet, rapporteure publique,
- et les observations de Me Marchiani, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A est détenteur de plusieurs armes de catégorie C de type carabine et fusil de chasse. Il a déclaré, en dernier lieu aux mois de novembre 2017 et mars 2020, l'acquisition de deux nouvelles armes de catégorie C, de type carabine de marque Francotte. Par un arrêté du 19 novembre 2020, notifié le 10 décembre 2020, le préfet de police a, d'une part, ordonné à M. A de se dessaisir de l'ensemble des armes, éléments d'armes et munitions en sa possession dans un délai de deux mois, d'autre part, interdit à l'intéressé d'acquérir ou de détenir des armes, éléments d'armes et munitions quelle que soit leur catégorie. Il a également été informé de l'enregistrement de cette interdiction dans le fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes (FINIADA). Le recours gracieux formé le 11 décembre 2020 par M. A contre cet arrêté a été expressément rejeté par une décision du 17 février 2021. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette dernière décision ainsi que de l'arrêté du 19 novembre 2020.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 312-11 du code de la sécurité intérieure : " Sans préjudice des dispositions de la sous-section 1, le représentant de l'Etat dans le département peut, pour des raisons d'ordre public ou de sécurité des personnes, ordonner à tout détenteur d'une arme, de munitions et de leurs éléments de toute catégorie de s'en dessaisir. Le dessaisissement consiste soit à vendre l'arme les munitions et leurs éléments à une personne titulaire de l'autorisation, mentionnée à l'article L. 2332-1 du code de la défense, ou à un tiers remplissant les conditions légales d'acquisition et de détention, soit à la remettre à l'Etat. Un décret en Conseil d'Etat détermine les modalités du dessaisissement. Sauf urgence, la procédure est contradictoire. Le représentant de l'Etat dans le département fixe le délai au terme duquel le détenteur doit s'être dessaisi de son arme, de ses munitions et de leurs éléments. ". Aux termes de l'article R. 312-67 du même code : " Le préfet ordonne la remise ou le dessaisissement de l'arme ou de ses éléments dans les conditions prévues aux articles L. 312-7 ou L. 312-11 lorsque : () 3° Il résulte de l'enquête diligentée par le préfet que le comportement du demandeur ou du déclarant est incompatible avec la détention d'une arme ; cette enquête peut donner lieu à la consultation des traitements automatisés de données personnelles mentionnés à l'article 26 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 ; () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 312-13 du code de la sécurité intérieure : " Il est interdit aux personnes ayant fait l'objet de la procédure prévue à la présente sous-section d'acquérir ou de détenir des armes, munitions et leurs éléments de toute catégorie. Le représentant de l'Etat dans le département peut cependant décider de limiter cette interdiction à certaines catégories ou à certains types d'armes, de munitions et de leurs éléments. Cette interdiction est levée par le représentant de l'Etat dans le département s'il apparaît que l'acquisition ou la détention d'armes, de munitions et de leurs éléments par la personne concernée n'est plus de nature à porter atteinte à l'ordre public ou à la sécurité des personnes. ". L'article L. 312-3-1 de ce même code autorise par ailleurs l'autorité administrative à interdire l'acquisition et la détention des armes, munitions et de leurs éléments des catégories A, B et C aux personnes dont le comportement laisse craindre une utilisation dangereuse pour elles-mêmes ou pour autrui. Enfin, aux termes de l'article L. 312-16 du même code : " Un fichier national automatisé nominatif recense : 1° Les personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes, de munitions et de leurs éléments en application des articles L. 312-10 et L. 312-13 ; () 3° Les personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes, de munitions et de leurs éléments des catégories A, B et C en application de l'article L. 312-3-1. () ".
4. Pour prendre les décisions attaquées, le préfet s'est fondé, d'une part, sur la présence au bulletin n° 2 du casier judiciaire de M. A de la condamnation dont il a fait l'objet, le 31 mai 2017, par le tribunal correctionnel de Paris à 800 euros d'amende pour des faits d'escroquerie commis du 1er décembre 2013 au 31 juillet 2014, et d'autre part, sur l'intervention des forces de police à son domicile le 12 septembre 2017 pour des faits de violence conjugale, pour lesquels il a fait l'objet d'un rappel à la loi. Il ressort toutefois des pièces du dossier que les faits de violence dénoncés au mois de septembre 2017 par l'ancienne compagne de M. A, dont celui-ci conteste la matérialité s'agissant des violences physiques, ont été classés sans suite par le délégué du procureur au motif que l'infraction était insuffisamment caractérisée, seules les violences verbales commises ayant donné lieu à un rappel à la loi. En outre, il n'est pas contesté que les faits d'escroquerie pour lesquels le requérant a été condamné au mois de mai 2017 à une amende de 800 euros, qui étaient anciens de plus de six ans à la date de l'arrêté attaqué, ont été commis dans un contexte amical particulier et n'ont pas été réitérés par la suite. Dans ces conditions, en considérant au vu de ces seuls éléments que le comportement de M. A, qui détient par ailleurs de nombreuses armes de chasse depuis plusieurs années sans que son comportement à ce titre n'ait jamais fait l'objet d'un signalement, était incompatible avec la détention de ses armes et en lui ordonnant, en conséquence, de s'en dessaisir, le préfet de police a commis une erreur d'appréciation.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 19 novembre 2020 et de la décision du 17 février 2021 rejetant son recours gracieux.
Sur les frais liés au litige :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. A d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions du préfet de police du 19 novembre 2020 et du 17 février 2021 sont annulées.
Article 2 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 1er décembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Amat, présidente,
Mme Armoët, première conseillère,
Mme Nguyen, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.
La rapporteure,
E. B
La présidente,
N. AMATLa greffière,
P. TARDY-PANIT
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026