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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2108412

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2108412

vendredi 14 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2108412
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4e Section - 3e Chambre
Avocat requérantTAUGOURDEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 avril 2021, M. C G et Mme H I d'Agneaux, représentés par Me Taugourdeau, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 mars 2021 par laquelle la maire de Paris a décidé de préempter les lots n°2, 5, 17, 20, 33 ainsi que les 1 463/10 000ème des parties communes générales de l'immeuble en copropriété sis 24, rue La Bruyère - 36, rue de la Rochefoucauld au prix de 621 600 euros en valeur occupée ;

2°) d'enjoindre à la maire de Paris de leur proposer, ainsi qu'aux vendeurs, d'acquérir ces biens au prix où elle les a acquis dès la notification du jugement, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la Ville de Paris une somme de 4 000 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision du 17 mars 2021 a été signée alors que le droit de préemption sur le bien préempté n'est pas établi ;

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière en l'absence d'avis du service des domaines ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et méconnaît les dispositions des articles L. 210-1 et L. 300-1 du code de l'urbanisme dès lors d'une part que le projet de la Ville de Paris n'entre pas dans les objectifs susceptibles d'être poursuivis par une décision de préemption, d'autre part que la réalité du projet n'est pas établie.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 novembre 2021, la maire de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de Mme de Schotten, rapporteure publique,

- et les observations de Me Bigas pour M. D F et M. E F.

Considérant ce qui suit :

1. M. C G et Mme H I d'Agneaux ont, le 19 janvier 2021, conclu une promesse de vente avec M. E F et M. D F pour l'acquisition des lots n°2, 5, 17, 20 et 33 de l'immeuble situé au 24, rue La Bruyère - 36, rue de la Rochefoucauld dans le 9ème arrondissement de Paris. Le même jour, M. D F a adressé à la Ville de Paris une déclaration d'intention d'aliéner portant sur ces lots. Par une décision du 17 mars 2021, la Ville de Paris a décidé d'exercer, au prix de 621 600 euros, le droit de préemption urbain sur l'immeuble situé 24, rue La Bruyère - 36, rue de La Rochefoucauld, en vue de réaliser un programme de trois logements locatifs sociaux et deux locaux commerciaux. M. G et Mme I d'Agneaux demandent l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment de la délibération du Conseil de Paris DU 2006-127 des 16 et 17 octobre 2006, qui a fait l'objet d'une publicité au Bulletin municipal officiel de la Ville de Paris le 28 novembre 2006 et d'une insertion dans deux journaux le 20 octobre 2006, que la Ville de Paris a instauré le droit de préemption urbain sur les zones U du plan local d'urbanisme, parmi lesquelles figure l'immeuble sis 24, rue La Bruyère - 36, rue de La Rochefoucauld. Il suit de là que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la Ville de Paris a pris la décision attaquée lors qu'elle ne disposait pas de droit de préemption sur le bien préempté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2511-27 du code général des collectivités territoriales : " Le maire de la commune peut donner sous sa surveillance et sa responsabilité, par arrêté, délégation de signature au directeur général des services de la mairie et aux responsables de services communaux ". Il ressort des pièces du dossier, notamment de la délibération 2020 DDCT 17 du 3 juillet 2020, que la maire de Paris a reçu, pour la durée de son mandat, délégation de compétences du Conseil de Paris pour exercer, au nom de la Ville de Paris et dans les conditions fixées par le Conseil de Paris, le droit de préemption défini par l'article L. 214-1 du code de l'urbanisme.

4. Par un arrêté du 1er septembre 2020, régulièrement publié au bulletin municipal officiel de la Ville de Paris du 8 septembre suivant, Mme Marie Villette, Secrétaire Générale de la Ville de Paris, et, en cette qualité, responsable d'un service communal au sens de l'article L. 2511-27 du code général des collectivités territoriales, a reçu délégation de la maire de Paris à l'effet de signer tous arrêtés, actes ou décisions préparés par les services placés sous son autorité ainsi que les décisions de préemption et l'exercice du droit de priorité prévus au code de l'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision du 17 mars 2021 doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 213-21 du code de l'urbanisme, " Le titulaire du droit de préemption doit recueillir l'avis du service des domaines sur le prix de l'immeuble dont il envisage de faire l'acquisition dès lors que le prix ou l'estimation figurant dans la déclaration d'intention d'aliéner ou que le prix que le titulaire envisage de proposer excède le montant fixé par l'arrêté du ministre chargé du domaine prévu à l'article R. 1211-2 du code général de la propriété des personnes publiques. "

6. S'il est constant que l'exercice du droit de préemption sur l'immeuble sis 24, rue La Bruyère -36, rue de La Rochefoucauld nécessitait au préalable le recueil de l'avis du service des domaines, il ressort des pièces du dossier que ce dernier a bien été consulté par la Ville de Paris le 10 février 2021 et ce service a émis un avis par courrier électronique du 10 mars 2021, reçu le même jour, par lequel il indique que le montant de 621 600 euros indiqué dans la déclaration d'aliéner " peut être accepté ". Par suite, le moyen tiré du vice de procédure en l'absence de consultation du service des domaines doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme, " Toute décision de préemption doit mentionner l'objet pour lequel ce droit est exercé. ".

8. La décision attaquée vise les dispositionsdes articles L. 210-1, L. 210-2, L. 211-1, R. 211-1 et suivants et R. 213-4 et suivants du code de l'urbanisme dont la maire de Paris a fait application, ainsi que la délibération du Conseil de Paris 2011 DLH 89 des 28 et 29 mars 2011 adoptant le programme local de l'habitat entre 2011 et 2016 tel qu'arrêté par délibération des 15 et 16 novembre 2010 et modifié par délibération 2015 DLH 19 des 9 et 10 février 2015, ainsi que la délibération

n° DU 2006-127 des 16 et 17 octobre 2006 du Conseil de Paris instaurant le droit de préemption urbain dans les zones U du plan local d'urbanisme. En outre, elle mentionne avec suffisamment de précisions la situation du logement locatif dans le 9ème arrondissement de Paris et indique qu'il affiche un taux de logements sociaux de seulement 7% au 1er janvier 2019 contre le taux légal de 25%, ce qui justifie, ainsi qu'il est précisé dans la décision, l'exercice du droit de préemption afin de " réaliser dans l'immeuble un programme de trois logements locatifs sociaux et deux locaux commerciaux ". Il suit de là que la décision du 17 mars 2021 est suffisamment motivée en droit et en fait et que le moyen tiré de son insuffisance de motivation doit être écarté.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme, " Les droits de préemption institués par le présent titre sont exercés en vue de la réalisation, dans l'intérêt général, des actions ou opérations répondant aux objets définis à l'article L. 300-1, à l'exception de ceux visant à sauvegarder ou à mettre en valeur les espaces naturels, à préserver la qualité de la ressource en eau et à permettre l'adaptation des territoires au recul du trait de côte, ou pour constituer des réserves foncières en vue de permettre la réalisation desdites actions ou opérations d'aménagement. ". Aux termes de l'article L. 300-1 du même code, " Les actions ou opérations d'aménagement ont pour objets de mettre en œuvre un projet urbain, une politique locale de l'habitat, d'organiser la mutation, le maintien, l'extension ou l'accueil des activités économiques, de favoriser le développement des loisirs et du tourisme, de réaliser des équipements collectifs ou des locaux de recherche ou d'enseignement supérieur, de lutter contre l'insalubrité et l'habitat indigne ou dangereux, de permettre le renouvellement urbain, de sauvegarder ou de mettre en valeur le patrimoine bâti ou non bâti et les espaces naturels, notamment en recherchant l'optimisation de l'utilisation des espaces urbanisés et à urbaniser. ".

10. D'une part, il ressort des pièces du dossier, notamment du programme local de l'habitat (PLH) modifié en février 2015 que l'un de ses objectifs est l'atteinte du seuil de 25% de logements sociaux parmi les résidences principales en 2025 et 30% de logement sociaux existants et financés en 2030. Il en ressort également que l'action 1.2.4. " Poursuivre l'acquisition par la Ville et les bailleurs sociaux de terrains et d'immeubles privés " de ce plan prévoit la mise en œuvre du droit de préemption urbain pour atteindre ces objectifs. La circonstance que le projet litigieux porte sur trois locaux d'habitation, dont il est constant que deux d'entre eux sont actuellement loués, ainsi que deux caves est sans incidence sur le respect des dispositions précitées qui fixe un objectif de seuil de logements sociaux à atteindre, dès lors qu'aucune disposition législative et réglementaire ne fait obstacle à la préemption d'un immeuble occupé par des locataires et que l'opération litigieuse a précisément pour but d'augmenter la capacité de logements sociaux à Paris.

11. D'autre part, les collectivités titulaires du droit de préemption urbain peuvent légalement exercer ce droit, d'une part, si elles justifient, à la date à laquelle elles l'exercent, de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, alors même que les caractéristiques précises de ce projet n'auraient pas été définies à cette date, et, d'autre part, si elles font apparaître la nature de ce projet dans la décision de préemption.

12. Il ressort des pièces du dossier que la Ville de Paris a fait procéder à une étude de la faisabilité du projet envisagé par la société Aximo, opérateur de logement social, qui a réalisé une visite des lieux le 2 mars 2021. Il ressort de cette étude technique que les parties privatives préemptées, à savoir les lots à destination d'habitation, devront faire l'objet de " travaux de restructuration et de rénovation complets ", pour un coût total de 779 050, 50 euros. En outre, la décision attaquée précise que l'exercice du droit de préemption a pour objectif de " réaliser dans l'immeuble un programme de trois logements locatifs sociaux et deux locaux commerciaux ". Ainsi, la Ville de Paris justifie de la réalité du projet de l'opération et la nature de ce projet apparaît dans la décision de préemption.

13. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la décision de préemption du 17 mars 2021 est entachée d'une erreur de droit.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. G et Mme I d'Agneaux tendant à l'annulation de la décision attaquée, celles à fin d'injonction ainsi que celles tendant à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. G et Mme I d'Agneaux est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C G et Mme H I d'Agneaux et à la maire de Paris.

Délibéré après l'audience du 31 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Simonnot, président,

M. Grandillon, premier conseiller,

M. Paret, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 avril 2023.

Le rapporteur,

F. BLe président,

J.-F. SIMONNOT

La greffière,

S. RAHMOUNI

La République mande et ordonne à la maire de Paris en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

210841

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