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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2108450

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2108450

vendredi 28 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2108450
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 4e Chambre
Avocat requérantCABINET DENIZEAU GABOTIR TAKHEDMIT & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 21 avril 2021 et 20 janvier 2023, M. A D, représenté par Me Souet, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 17 décembre 2020 et du 16 avril 2021 refusant implicitement de faire droit à ses demandes d'inscription sur la liste d'aptitude pour l'accès au corps des chefs de services pénitentiaires au titre des années 2020 et 2021, les décisions portant inscription des agents sur ces listes d'aptitudes, ces mêmes listes d'aptitudes, les décisions refusant sa nomination dans le corps des chefs des services de l'administration pénitentiaire au titre des années 2020 et 2021 et la décision implicite de rejet du recours gracieux formé contre ces décisions au titre de l'année 2020 ;

2°) d'annuler la décision du 24 février 2021 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a prononcé sa mutation dans l'intérêt du service au centre pénitentiaire de Nantes à compter du 15 mars 2021 ;

3°) à titre principal, d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice, de procéder à son inscription sur la liste d'aptitude au titre de l'année 2020, de prononcer sa nomination dans le corps des chefs de services pénitentiaire à compter du 1er janvier 2020 et de reconstituer sa carrière à compter de cette même date, sous une astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice, de réexaminer sa demande de nomination dans le corps des chefs de services pénitentiaire au titre de l'année 2020 et de la soumettre à la commission administrative paritaire dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous une astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

5°) à titre infiniment subsidiaire, d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice, de procéder à son inscription sur la liste d'aptitude au titre de l'année 2021, de prononcer sa nomination dans le corps des chefs de services pénitentiaires à compter du 1er janvier 2021 et de reconstituer sa carrière à compter de cette même date, ou de réexaminer sa demande de nomination dans le corps des chefs de services pénitentiaires au titre de l'année 2021 et de la soumettre à la commission administrative paritaire dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous une astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne les décisions relatives à la liste d'aptitude au titre des années 2020 et 2021 :

- elles ont été prises par une autorité qui ne bénéficie d'aucune délégation de signature régulière ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit ; il remplissait la condition de vingt ans de services effectifs au sein de l'administration pénitentiaire et celle de deux ans de service en qualité de commandant pénitentiaire ; il devait être inscrit sur les listes d'aptitude ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ; ses mérites et sa valeur professionnelle justifient sa promotion dans le corps des chefs de services pénitentiaires ; les insuffisances professionnelles indiquées par l'administration ne lui sont pas personnellement imputables, notamment la sanction dont il a fait l'objet en 2007, les manquements énumérés dans le rapport d'inspection de la maison d'arrêt de Niort ainsi que dans la lettre de signalement adressée au garde des sceaux ; il justifie d'une expérience de chef d'établissement depuis plus de douze ans et a occupé des fonctions à haute responsabilité ; il justifie d'acquis de formation lui permettant d'être promu ; ses qualités professionnelles et les résultats de son travail ont été salués ; ses compte-rendu d'entretien professionnel font état d'appréciation élogieuses.

En ce qui concerne la décision du 24 février 2021 de mutation au centre pénitentiaire de Nantes :

- elle est entachée d'incompétence, faute pour l'auteur de l'acte de justifier d'une délégation de signature régulière ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, l'administration ne l'ayant pas mis à même de consulter son dossier avant son édiction ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation compte tenu de ses qualités professionnelles, l'intérêt du service ne justifiant pas l'intervention d'une telle mesure ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir et constitue une sanction disciplinaire déguisée ; son changement d'affectation a été prononcé en raison de griefs le visant spécifiquement et qui figurent dans un rapport de l'inspection générale de la justice ; il a impacté ses responsabilités et ses missions dans la mesure où les fonctions de chef d'établissement lui ont été retirées ; il exerce désormais des responsabilités résiduelles.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er décembre 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la loi du 22 avril 1905 portant fixation du budget des dépenses et des recettes de l'exercice 1905 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;

- le décret n° 2006-441 du 14 avril 2006 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Blusseau, conseiller ;

- et les conclusions de M. Degand, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, commandant pénitentiaire exerçant alors les fonctions de chef d'établissement à la maison d'arrêt de Niort a demandé à être inscrit sur la liste d'aptitude pour l'accès au corps des chefs de services pénitentiaires au titre de l'année 2020. Le 17 décembre 2020, l'administration a établi cette liste d'aptitude sur laquelle ne figure pas le nom de l'intéressé. Le 11 février 2021, il a formé un recours gracieux contre la décision refusant implicitement de faire droit à sa demande d'inscription sur la liste d'aptitude, la décision portant inscription des agents sur cette liste d'aptitude, cette même liste d'aptitude et la décision refusant sa nomination dans le corps des chefs des services de l'administration pénitentiaire. Du silence de l'administration, une décision implicite de rejet est née. Par un arrêté du 24 février 2021, le garde des sceaux, ministre de la justice, a prononcé la mutation de M. D dans l'intérêt du service au centre pénitentiaire de Nantes à compter du 15 mars 2021. M. D a demandé à être inscrit sur la liste d'aptitude pour l'accès au corps des chefs de services pénitentiaires au titre de l'année 2021. Le 16 avril 2021, l'administration a établi la liste d'aptitude pour l'accès au corps des chefs de services pénitentiaires au titre de l'année 2021 sur laquelle ne figure pas le nom de l'intéressé. M. D demande au tribunal d'annuler, d'une part, les décisions refusant implicitement de faire droit à sa demande d'inscription sur la liste d'aptitude pour l'accès au corps des chefs de services pénitentiaires au titre des années 2020 et 2021, les décisions portant inscription des agents sur ces listes d'aptitudes, ces mêmes listes d'aptitudes, les décisions refusant sa nomination dans le corps des chefs des services de l'administration pénitentiaire au titre des années 2020 et 2021 et la décision implicite de rejet du recours gracieux formé contre ces décisions au titre de l'année 2020 et, d'autre part, la décision du 24 février 2021 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a prononcé sa mutation au centre pénitentiaire de Nantes à compter du 15 mars 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les décisions relatives aux listes d'aptitude au titre des années 2020 et 2021 :

2. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du gouvernement : " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions(), peuvent signer, au nom du ministre ou du secrétaire d'Etat et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : / ()/ 2° Les (), sous-directeurs () ".

3. Par un arrêté du 26 août 2020, M. C B a été renouvelé dans l'emploi de sous-directeur des ressources humaines et des relations sociales au sein du service de l'administration de la direction de l'administration pénitentiaire à l'administration centrale du ministère de la justice pour une période de deux ans à compter du 23 septembre 2020. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article 26 de la loi du 11 janvier 1984 alors en vigueur : " En vue de favoriser la promotion interne, les statuts particuliers fixent une proportion de postes susceptibles d'être proposés au personnel appartenant déjà à l'administration ou à une organisation internationale intergouvernementale, non seulement par voie de concours selon les modalités définies au troisième alinéa (2°) de l'article 19 ci-dessus, mais aussi par la nomination de fonctionnaires ou de fonctionnaires internationaux suivant l'une des modalités ci-après : /()/ 2° Liste d'aptitude établie par appréciation de la valeur professionnelle et des acquis de l'expérience professionnelle des agents () ". Aux termes des dispositions de l'article 38-4 du décret du 14 avril 2006 portant statut particulier des corps du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire : " Les membres du corps des chefs des services pénitentiaires sont recrutés dans le grade de classe normale : /()/ 3° Dans la limite de 5 % des emplois à pourvoir par voie d'inscription sur une liste d'aptitude, parmi les commandants pénitentiaires justifiant au 1er janvier de l'année d'établissement de la liste d'aptitude de vingt ans au moins de services effectifs au sein de l'administration pénitentiaire, dont deux ans au moins en qualité de commandant pénitentiaire. Les nominations sont prononcées après inscription sur une liste d'aptitude établie par ordre de mérite par le garde des sceaux, ministre de la justice. () ".

5. Si ces dispositions donnent vocation aux fonctionnaires, lorsqu'ils réunissent les conditions qu'elles exigent, à figurer sur la liste d'aptitude, elles ne leur confèrent aucun droit à l'inscription sur cette liste. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

6. En dernier lieu, M. D se prévaut de son expérience de chef d'établissement depuis plusieurs années et de sa valeur professionnelle et produit, à ce titre, des attestations de formation, un article de journal et son compte rendu d'entretien professionnel au titre de l'année 2018. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment du rapport de l'inspection générale de la justice produit en défense, que depuis 2019 il a fait preuve d'un grave déficit dans ses fonctions de commandant et d'insuffisances techniques, qu'il n'incarne pas sa fonction de responsabilité, manque de sérieux, adopte un comportement ainsi que des propos inadaptés et sexistes à l'égard de plusieurs agentes administratives, incompatibles avec l'autorité et la dignité inhérente à ses missions, ce comportement ayant eu pour effet de contribuer à un climat social et une ambiance de travail délétères et dégradés. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision de mutation du 24 février 2021 :

7. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés aux points 2 et 3, le moyen tiré de l'incompétence entachant la décision de mutation du 24 février 2021, signée par M. C B, doit être écarté.

8. En deuxième lieu, en vertu des dispositions de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 un agent public faisant l'objet d'une mesure prise en considération de sa personne, qu'elle soit ou non justifiée par l'intérêt du service, doit être mis à même de demander la communication de son dossier, en étant averti en temps utile de l'intention de l'autorité administrative de prendre cette mesure. Dans le cas où l'agent public fait l'objet d'un déplacement d'office, il doit être regardé comme ayant été mis à même de demander la communication de son dossier s'il a été préalablement informé de l'intention de l'administration de le muter dans l'intérêt du service, quand bien même le lieu de sa nouvelle affectation ne lui aurait pas alors été indiqué.

9. Il ressort des pièces du dossier que le 18 janvier 2021, l'administration a indiqué à M. D son intention de procéder à sa mutation et qu'il a au demeurant lui-même manifesté le souhait de pouvoir obtenir une mutation dans un département proche de la Loire-Atlantique. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il n'a pas été mis à même de demander la communication de son dossier avant l'édiction de la décision attaquée.

10. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du présent jugement, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée, qui a été prise dans l'intérêt du service, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. En dernier lieu, la mutation dans l'intérêt du service constitue une sanction déguisée s'il est établi que l'auteur de l'acte a eu l'intention de sanctionner l'agent et que la décision a porté atteinte à la situation professionnelle de ce dernier.

12. Ainsi qu'il est dit au point 6, les insuffisances professionnelles du requérant dans l'exercice de ses fonctions et son manque d'organisation ont affecté l'organisation et le fonctionnement du service public, notamment en entraînant une dégradation du climat de travail. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'administration a eu l'intention de le sanctionner. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision de mutation prise à son encontre est entachée d'un détournement de pouvoir et constitue une sanction disciplinaire déguisée.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. D doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 14 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Aubert, présidente,

M. Julinet, premier conseiller,

M. Blusseau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 avril 2023.

Le rapporteur,

A. BLUSSEAU

La présidente,

S. AUBERT

La greffière,

A. LOUART

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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