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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2108661

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2108661

mercredi 27 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2108661
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4e Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET GALLICA (AARPI)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 avril 2021 et 14 mai 2022, le syndicat des copropriétaires de l'immeuble situé 16-18-18 bis rue Popincourt dans le 11ème arrondissement de Paris, représenté par Me Cadix, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 novembre 2020 par lequel la maire de paris ne s'est pas opposée à la déclaration préalable déposée par la SAS COMO KITCHEN VOLTAIRE le 29 septembre 2020 pour la création d'un conduit d'extraction et de ventilation dans un angle avec pose d'un caisson d'extraction, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 23 janvier 2021 ;

2°) de mettre à la charge de la Ville de Paris et de la société COMO KITCHEN VOLTAIRE une somme de 3 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les travaux ont été réalisés avant le dépôt de la déclaration préalable ;

- l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme ;

- il a été pris en méconnaissance de l'article R. 421-14 du code de l'urbanisme;

- il méconnaît la règlementation incendie ;

- il méconnaît le 3° de l'article UG. 11.1.3 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris ;

- il est illégal en raison de l'absence d'autorisation d'occupation du domaine public pourtant nécessaire par l'activité de livraison de la société COMO KITCHEN VOLTAIRE.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2022, la maire de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable en application de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- la requête est irrecevable, faute pour le syndicat des copropriétaires d'avoir qualité pour agir ;

- les moyens soulevés par le syndicat des copropriétaires sont en tout état de cause infondés.

La société COMO KITCHEN VOLTAIRE, à qui la procédure a été communiquée, n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le règlement du plan local d'urbanisme de Paris ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de Mme Baratin, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 27 novembre 2020, la maire de Paris n'a pas fait opposition à l'exécution de travaux déclarés par la société COMO KITCHEN VOLTAIRE pour la réalisation d'un conduit d'extraction et de ventilation dans un angle avec pose d'un caisson d'extraction, au 16, 18 et 18 bis rue Popincourt dans le 11ème arrondissement de Paris. Le syndicat des copropriétaires de cet immeuble a formé un recours gracieux contre cette décision le 23 janvier 2021 qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet par la maire de Paris. Par la présente requête, le syndicat des copropriétaires demande l'annulation de l'arrêté du 27 novembre 2020 ainsi que de la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

2. En premier lieu, il est constant que l'arrêté de non opposition a été délivré en vue de régulariser des travaux qui avaient déjà commencé. Cette seule circonstance n'est pas de nature à entacher d'illégalité la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de ce que les travaux avaient déjà commencé à la date de l'arrêté contesté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés : / a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux ; / b) Soit, en cas d'indivision, par un ou plusieurs co-indivisaires ou leur mandataire ; / c) Soit par une personne ayant qualité pour bénéficier de l'expropriation pour cause d'utilité publique ". Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 431-5 du même code : " La demande comporte également l'attestation du ou des demandeurs qu'ils remplissent les conditions définies à l'article R. 423-1 pour déposer une demande de permis ". En vertu de l'article R. 431-4 du même code, le dossier est réputé complet lorsqu'il comprend les informations et pièces limitativement énumérées aux articles R. 431-5 à R. 431-33-1, aucune autre information ou pièce ne pouvant être exigée par l'autorité compétente. Par ailleurs, comme le rappelle le dernier alinéa de l'article A. 428-4 du même code, le permis est délivré sous réserve du droit des tiers, il vérifie la conformité du projet aux règles et servitudes d'urbanisme, il ne vérifie pas si le projet respecte les autres réglementations et les règles de droit privé. Toute personne s'estimant lésée par la méconnaissance du droit de propriété ou d'autres dispositions de droit privé peut donc faire valoir ses droits en saisissant les tribunaux civils, même si le permis respecte les règles d'urbanisme.

4. Il résulte de ces dispositions que, sous réserve de la fraude, le pétitionnaire qui fournit l'attestation prévue à l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme selon laquelle il remplit les conditions fixées par l'article R. 423-1 du même code doit être regardé comme ayant qualité pour présenter sa demande. Il résulte également de ces dispositions qu'une demande d'autorisation d'urbanisme concernant un terrain soumis au régime juridique de la copropriété peut être régulièrement présentée par son propriétaire, son mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par lui à exécuter les travaux, alors même que la réalisation de ces travaux serait subordonnée à l'autorisation de l'assemblée générale de la copropriété, une contestation sur ce point ne pouvant être portée, le cas échéant, que devant le juge judiciaire. Une telle contestation ne saurait, par elle-même, caractériser une fraude du pétitionnaire entachant d'irrégularité la demande d'autorisation d'urbanisme.

5. En l'espèce, au sein de son dossier de déclaration préalable, le pétitionnaire atteste avoir qualité pour faire cette demande, remplissant ainsi les conditions de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 421-14 du code de l'urbanisme : " Sont soumis à permis de construire les travaux suivants, exécutés sur des constructions existantes, à l'exception des travaux d'entretien ou de réparations ordinaires : / () c) Les travaux ayant pour effet de modifier les structures porteuses ou la façade du bâtiment, lorsque ces travaux s'accompagnent d'un changement de destination entre les différentes destinations et sous-destinations définies aux articles R. 151-27 et R. 151-28 ; () ".

7. Le syndicat des copropriétaires soutient que la société COMO KITCHEN VOLTAIRE produisant, de façon industrielle, des plats exclusivement destinés à la livraison, la demande de travaux en cause aurait dû s'accompagner d'un changement de destination et, en application des dispositions de l'article R. 421-14 précité, faire l'objet d'une demande de permis de construire. Toutefois, il ne ressort pas du formulaire " cerfa " de déclaration préalable, alors même que la case " travaux ou changement de destination " est cochée, que les travaux envisagés s'accompagnaient d'un changement de destination. Ledit formulaire précise que le projet a pour objet la modification de l'aspect extérieur d'une construction à R+0 sur 1 niveau de sous-sol et aucune pièce du dossier ne permet d'établir que les services instructeurs de la Ville de Paris étaient saisis d'un changement de destination. Dès lors, ainsi que le soutient la Ville de Paris en défense, ses services ne pouvaient solliciter une demande de permis de construire à la place de la déclaration préalable. En outre, la circonstance que l'exécution des travaux pourrait ne pas être conforme à la déclaration des travaux est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

8. En quatrième lieu, d'abord, si le syndicat des copropriétaires fait valoir que les pièces transmises par le pétitionnaire étaient " légères " et qu'une visite technique aurait dû être réalisée sur le chantier, en application d'un décret et d'une norme française, concernant tous les deux des marchés publics relatifs au contrôle technique, sans indiquer quel marché serait ici en cause, alors qu'au demeurant le présent litige concerne une décision d'urbanisme, il n'assortit pas cette branche du moyen des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.

9. Ensuite, si le syndicat des copropriétaires soutient que le bureau d'action contre les nuisances professionnelles confirme a posteriori que le projet méconnaît les normes sur la sécurité incendie et produit pour ce faire un courrier au sujet du dossier " concernant les nuisances sonores et olfactives qui [] sont causées par l'activité de l'établissement de restauration rapide ", la circonstance que l'exécution des travaux pourrait ne pas être conforme à la déclaration des travaux est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, alors qu'au demeurant il n'est pas démontré en quoi les procès-verbaux de contravention seraient liés à l'autorisation d'urbanisme attaquée.

10. Enfin, aux termes de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé que si les travaux projetés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols, à l'implantation, la destination, la nature, l'architecture, les dimensions, l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords et s'ils ne sont pas incompatibles avec une déclaration d'utilité publique () ". Le dernier aliéna de l'article A. 424-8 du même code dispose que : " Le permis est délivré sous réserve du droit des tiers : il vérifie la conformité du projet aux règles et servitudes d'urbanisme. Il ne vérifie pas si le projet respecte les autres réglementations et les règles de droit privé. Toute personne s'estimant lésée par la méconnaissance du droit de propriété ou d'autres dispositions de droit privé peut donc faire valoir ses droits en saisissant les tribunaux civils, même si le permis respecte les règles d'urbanisme ".

11. Le droit à la sûreté n'est pas au nombre des dispositions dont l'autorité qui délivre le permis de construire doit assurer le respect. Par suite, la dernière branche du moyen, et, ainsi, le moyen dans son ensemble, doivent être écartés.

12. En cinquième lieu, d'une part, le syndicat des copropriétaires ne peut utilement se prévaloir de dispositions du règlement du plan local d'urbanisme de Paris applicables aux constructions nouvelles.

13. D'autre part, aux termes de l'article UG. 11.1 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris : " L'autorisation de travaux peut être refusée ou n'être accordée que sous réserve de prescriptions si la construction, l'installation ou l'ouvrage, par sa situation, son volume, son aspect, son rythme ou sa coloration, est de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales () ".

14. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet litigieux porte une atteinte manifeste au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants. En outre, l'Architecte des bâtiments de France a émis un avis favorable sur le projet. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de dispositions du règlement du plan local d'urbanisme de Paris doit être écarté.

15. En dernier lieu, ni le règlement des activités commerciales sur le domaine public parisien du 5 avril 2018, ni les règles d'affectation des dépendances du domaine public communal, ni les dispositions relatives à la police municipale contenues dans le code général des collectivités territoriales ne sont au nombre des dispositions dont l'autorité qui délivre le permis de construire doit assurer le respect. Le moyen tiré de l'absence d'autorisation d'occupation du domaine public doit, par suite, être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par le syndicat des copropriétaires doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête du syndicat des copropriétaires de l'immeuble situé 16-18-18 bis rue Popincourt dans le 11ème arrondissement de Paris est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié au le syndicat des copropriétaires, à la maire de paris et à la société COMO KITCHEN VOLTAIRE.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Viard, présidente,

M. Perrot, conseiller,

M. Palla, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juillet 2022.

Le rapporteur,

F. A

La présidente,

M-P. VIARD La greffière,

S. BALTIMORE

La République mande et ordonne au préfet de Paris, préfet de la région d'Ile-de-France en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2108661/4-1

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