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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2108987

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2108987

vendredi 12 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2108987
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4e Section - 3e Chambre
Avocat requérantBIDAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 avril 2021, M. B C, représenté par Me Bidault, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la maire de Paris a refusé de délivrer un certificat attestant de l'absence d'opposition au projet ayant fait l'objet de la demande de permis de construire portant sur la surélévation d'une construction existante à R+4 sur un niveau de sous-sol au 4-8 rue des Nanettes, 99 avenue de la République, 1 à 5 rue Condillac dans le 11ème arrondissement de Paris ;

2°) d'annuler la décision implicite de la maire de Paris rejetant son recours gracieux ;

3°) d'enjoindre à la maire de Paris de lui délivrer un certificat de permis de construire tacite, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de la Ville de Paris la somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il est titulaire d'un permis de construire tacite en application des articles R. 423-23, R. 423-24, L. 424-2 et R. 424-1 du code de l'urbanisme ;

- le refus de délivrer le certificat demandé méconnaît l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 septembre 2022 la maire de la Ville de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que le silence ne saurait être considéré comme ayant fait naître une décision de permis de construire alors que le permis aurait été illégal ; qu'un permis tacite du 3 décembre 2020 étant illégal, le requérant ne peut se voir délivrer un certificat de permis de construire tacite.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les conclusions de Mme de Schotten, rapporteure publique,

- et les observations de Me Gaury, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a déposé, le 16 juin 2020, un permis de construire portant sur portant sur la surélévation d'une construction existante à R+4 sur un niveau de sous-sol au 4-8 rue des Nanettes, 99 avenue de la République, 1 à 5 rue Condillac dans le 11ème arrondissement de Paris. Le 18 juin 2020, une demande de pièces complémentaires a été adressée au pétitionnaire. Par un message du 5 août 2020, la Ville de Paris a informé le requérant que son dossier avait été déclaré complet le 3 août 2020 et que la date limite de l'instruction était fixée au 3 décembre 2020. L'architecte des Bâtiments de France a émis un avis favorable le 10 septembre 2020. De pièces complémentaires ont été déposées le 13, 16 et 30 novembre 2020. Par un courrier du 7 décembre 2020, M. C a demandé la délivrance du certificat attestant de l'existence d'un permis de construire tacite. En l'absence de réponse à l'expiration du délai de deux mois, il a formé un recours gracieux qui a été implicitement rejeté. M. C demande l'annulation de ces deux décisions implicites de rejet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 424-2 du code de l'urbanisme : " Le permis est tacitement accordé si aucune décision n'est notifiée au demandeur à l'issue du délai d'instruction ". L'article R. 423-19 du même code dispose que : " Le délai d'instruction court à compter de la réception en mairie d'un dossier complet. ". Aux termes de l'article R. 423-22 du même code : " Pour l'application de la présente section, le dossier est réputé complet si l'autorité compétente n'a pas, dans le délai d'un mois à compter du dépôt du dossier en mairie, notifié au demandeur ou au déclarant la liste des pièces manquantes dans les conditions prévues par les articles R. 423-38 et R. 423-41 ". L'article R. 423-38 du même code prévoit que " Lorsque le dossier ne comprend pas les pièces exigées en application du présent livre, l'autorité compétente, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie, adresse au demandeur ou à l'auteur de la déclaration une lettre recommandée avec demande d'avis de réception, indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes ". Aux termes de l'article R. 423-41 du code de l'urbanisme : " Une demande de production de pièce manquante notifiée après la fin du délai d'un mois prévu à l'article R*423-38 ou ne portant pas sur l'une des pièces énumérées par le présent code n'a pas pour effet de modifier les délais d'instruction définis aux articles R*423-23 à R*423-37-1 et notifiés dans les conditions prévues par les articles R*423-42 à R*423-49 ". Aux termes de l'article R. 425-30 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet est situé dans un site inscrit, la demande de permis ou la déclaration préalable tient lieu de la déclaration exigée par l'article L. 341-1 du code de l'environnement. Les travaux ne peuvent être entrepris avant l'expiration d'un délai de quatre mois à compter du dépôt de la demande ou de la déclaration () ". L'article R*. 423-23 du même code prévoit que : " Le délai d'instruction de droit commun est de : () b) Deux mois pour les demandes de permis de démolir et pour les demandes de permis de construire portant sur une maison individuelle () c) Trois mois () pour les autres demandes de permis de construire () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme alors applicable : " En cas de permis tacite ou de non-opposition à un projet ayant fait l'objet d'une déclaration, l'autorité compétente en délivre certificat sur simple demande du demandeur, du déclarant ou de ses ayants droit ".

4. Il est constant que M. C a déposé une demande de permis le construire le 16 juin 2020 et qu'il a été informé, le 18 juin 2020, que le dossier déposé était incomplet. Le pétitionnaire a complété son dossier en juillet 2020 et a été informé, par un message électronique du 5 août 2020, que son dossier était déclaré complet le 3 août 2020 et que la date limite de l'instruction était fixée au 3 décembre 2020. Si la Ville de Paris fait valoir que le dossier ne pouvait être regardé comme complet en l'absence d'avis favorable des services de la préfecture de police, il est toutefois constant qu'aucune demande portant sur une telle pièce n'est pas parvenue dans le délai d'un mois fixé par l'article R. 423-38 du code de l'urbanisme. En outre, cet avis ne constitue pas, en application de l'article R. 423-41 précité, l'une des pièces devant être adressée par le pétitionnaire et susceptible d'avoir une incidence sur le délai d'instruction. Enfin, la circonstance que le permis de construire tacitement obtenu à l'expiration de la date d'instruction de la demande serait illégal ne peut être utilement invoquée pour contester l'existence même de ce permis de construire tacite. Par suite, le permis de construire demandé par M. C le 16 juin 2020 doit être regardé comme ayant été tacitement accordé le 3 décembre 2020. Ainsi, la maire de Paris a méconnu l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme en refusant de lui délivrer le certificat de permis tacite demandé le 7 décembre 2020 et en rejetant le recours gracieux formé contre ce refus.

5. Il résulte de ce qui précède que M. C est fondé à demander l'annulation des décisions implicites refusant de lui délivrer le certificat de permis tacite demandé sur le fondement de l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme et rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. Il résulte de ce qui précède que M. C était titulaire d'un permis de construire tacite né le 3 décembre 2020. Il y a lieu, par suite, en application des dispositions précitées et de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre à la maire de la Ville de Paris de délivrer à M. C dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement le certificat de permis de construire tacite prévu par les dispositions de l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme. Il n'y a pas lieu, à ce stade, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la Ville de Paris, une somme de 1 500 euros à verser à M. C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions implicites de la maire de Paris refusant de délivrer le certificat de permis de construire tacite et rejetant le recours gracieux sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à la maire de la Ville de Paris de délivrer à M. C dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement le certificat de permis de construire tacite prévu par les dispositions de l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme.

Article 3 : La Ville de Paris versera une somme de 1 500 euros à M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la maire de la Ville de Paris.

Délibéré après l'audience du 12 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Simonnot, président,

Mme Voillemot, première conseillère,

M. Grandillon, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 avril 2023.

La rapporteure,

C. D Le président,

J-F. SIMONNOT

La greffière,

S. RAHMOUNI

La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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