mardi 13 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2109080 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | JASLET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 avril 2021, Mme B A, représentée par Me Jaslet, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 6 avril 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'OFII de rétablir ses conditions matérielles d'accueil dans un délai de sept jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII le versement d'une somme de 1 200 euros à Me Jaslet, son avocate, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ; à défaut de lui verser cette somme directement.
Elle soutient que :
- la décision a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que l'OFII n'a pas procédé à un entretien de vulnérabilité, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation, d'un défaut d'examen sérieux de sa situation et d'une erreur de fait ;
- la décision méconnaît les dispositions du 2° de l'article L. 744-8 et de l'article D. 744-37 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; l'OFII doit établir la fraude reprochée.
Par des pièces et un mémoire en défense enregistrés le 5 mai et 15 mai 2023, l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de Mme A ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 26 mai 2023 par une ordonnance du 11 mai 2023.
Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 septembre 2021.
Vu
- les autres pièces du dossier ;
- l'ordonnance n°2109049 du 1er juin 2021.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Renvoise,
- et les conclusions de M. Dubois, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante ivoirienne, née le 3 juillet 1994, a présenté une demande d'asile et a accepté le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le 21 février 2019. Un arrêté de transfert a été pris à son encontre. Par une décision du 26 novembre 2019, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a suspendu le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil sur le fondement des dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur, au motif qu'elle n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités. A l'expiration du délai de transfert, la France étant devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, Mme A s'est de nouveau présentée aux autorités françaises et s'est vue délivrer une attestation de demande d'asile en procédure accélérée le 1er avril 2021. Par une décision du 6 avril 2021, l'OFII lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'elle a tenté d'en bénéficier de manière frauduleuse. Par une ordonnance du
1er juin 2021, le juge des référés du tribunal administratif de Paris a suspendu, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du 6 avril 2021 au motif que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation était de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de cette décision et a enjoint à l'OFII de réexaminer la situation de Mme A. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Par une décision du 13 septembre 2021 soit postérieurement à l'enregistrement de sa requête, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Il n'y a donc plus lieu de statuer sur sa demande d'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête :
3. Aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ".
4. Ainsi que l'a jugé le Conseil d'État dans sa décision Association La Cimade du 31 juillet 2019, n°428530, les demandeurs d'asile faisant l'objet d'une décision de suspension des conditions matérielles d'accueil, fondée sur l'un des cas prévus à l'article L. 744-7 du code d'entrée et de séjour de étrangers et des demandeurs d'asile et prise après le 1er janvier 2019 ont la possibilité de demander le rétablissement de celles-ci. Dans une telle hypothèse, il appartient à l'OFII de statuer sur cette demande de rétablissement en appréciant la situation particulière du requérant, en prenant en compte notamment sa vulnérabilité, ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti en acceptant l'offre de prise en charge de l'OFII.
5. Il ressort de la décision attaquée que, pour refuser à Mme A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'est fondé sur le caractère frauduleux de sa demande. Toutefois, aucune des pièces du dossier ne révèle, de la part de l'intéressée, une fraude susceptible de justifier que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lui soit refusé. Dans ces conditions, le moyen invoqué par Mme A tiré de ce que l'OFII ne pouvait lui refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au seul motif, non établi, qu'elle aurait frauduleusement tenté d'en obtenir le bénéfice doit être regardé comme fondé.
6. Toutefois, lorsque le tribunal constate que la décision attaquée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée.
7. En l'espèce, dans son mémoire en défense, l'OFII demande à ce qu'il soit procédé à une substitution de base légale au motif que la décision attaquée doit être regardée comme une décision de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, Mme A ayant fait l'objet d'une décision de suspension du 26 novembre 2019.
8. Or, pour statuer sur la demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil de Mme A, il appartenait à l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'apprécier la situation particulière de celle-ci-ci à la date de la décision attaquée au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles elle n'avait pas respecté les obligations auxquelles elle avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil. Il ressort des pièces du dossier que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas effectué cette évaluation, qui constitue pourtant une garantie pour le demandeur d'asile. Dans ces conditions, la décision attaquée de Mme A a été prise dans des conditions irrégulières. Mme A est donc fondée à demander son annulation.
Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :
9. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions de Mme A aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Jaslet, avocat de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'OFII le versement à Me Jaslet la somme de 1 000 euros
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en date du 12 mars 2021 est annulée.
Article 3 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera la somme de 1 000 (mille) euros à Me Jaslet, conseil de Mme A, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que Me Jaslet renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Jaslet.
Délibéré après l'audience du 30 mai 2023 à laquelle siégeaient :
- Mme Hermann-Jager, présidente ;
- Mme Beugelmans-Lagane, première conseillère ;
- Mme Renvoise, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.
La rapporteure,
T. RENVOISE
La présidente,
V. HERMANN JAGER
La greffière,
C. YAHIAOUI
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2109080/3-3
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026