jeudi 9 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2109305 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET VIGO (ARRPI) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 avril 2021, M. C B, représenté par Me Ferrari, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 1er mars 2021 par laquelle le musée national des arts asiatiques-Guimet a, d'une part refusé faire droit à sa demande préalable indemnitaire et d'autre part, refusé de lui accorder la protection fonctionnelle ;
2°) de condamner le musée national des arts asiatiques-Guimet à lui verser la somme de 88 691,53 euros, assorties des intérêts aux taux légal et capitalisation des intérêts, en raison des préjudices qu'il estime avoir subis à la suite du harcèlement moral dont il soutient avoir été victime d'une part, et de l'illégalité du non renouvellement de son contrat de travail d'autre part ;
3°) d'enjoindre au musée national des arts asiatiques-Guimet de lui accorder la protection fonctionnelle ;
4°) de mettre à la charge du musée national des arts asiatiques-Guimet, la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision insuffisamment motivée ;
- la protection fonctionnelle aurait dû lui être accordée en raison d'une situation de harcèlement moral dont il estime être victime ;
- en s'abstenant de le protéger, l'administration a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ;
- cette faute lui a causé des préjudices qui peuvent être évalués à 30 365,37 euros au titre de son préjudice moral, 17 839 euros au titre de préjudice matériel et 10 121,79 euros au titre de l'atteinte à sa réputation ;
- le musée national des arts asiatiques-Guimet a commis une seconde faute tirée de l'illégalité du non renouvellement de son contrat de travail qui lui a causé un préjudice de 30 365,37 euros au titre de la perte de chance sérieuse de voir renouveler son contrat de travail.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er juillet 2021, le musée national des arts asiatiques-Guimet conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens invoqués par
M. B ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 1er août 2022, la clôture d'instruction a été fixée au
9 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 86-16 du 11 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rebellato, rapporteur,
- les conclusions de Mme Nikolic, rapporteure publique,
- et les observations de Me Decastelbajac, representant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, a été recruté par un contrat du 19 juin 2017 au 18 juin 2018 au sein du musée national des arts asiatiques-Guimet en tant que chef de service du mécénat et des partenariats internationaux. Ce contrat a été renouvelé jusqu'au 31 décembre 2020. Par un courrier du 30 octobre 2020, M. B a été informé que son contrat ne serait pas renouvelé au-delà de son terme prévu le 31 décembre 2020. Estimant être victime de harcèlement moral, il a sollicité par un courrier du 25 janvier 2021, le bénéfice de la protection fonctionnelle et formé une demande indemnitaire préalable. Par une décision expresse de rejet du
1er mars 2021, la présidente du musée national des arts asiatiques-Guimet a rejeté sa demande. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette décision, d'enjoindre au musée national des arts asiatiques-Guimet de lui accorder la protection fonctionnelle et de condamner cet établissement à lui verser la somme de 88 691,53 euros en raison des préjudices qu'il estime avoir subis.
Sur les conclusions relatives à la protection fonctionnelle :
En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". L'article L. 211-5 de ce code dispose que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Les décisions par lesquelles l'administration refuse le bénéfice de la protection fonctionnelle, prévue à l'article 11 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983, doivent être motivées.
3. Comme le fait valoir M. B, la décision du 1er mars 2020 par laquelle la présidente du musée national des arts asiatiques-Guimet a refusé de lui octroyer le bénéfice de la protection fonctionnelle est dépourvue de toute motivation en droit, en méconnaissance des dispositions mentionnées au point 2. Par suite, M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 1er mars 2020.
4. Il résulte de ce qui précède, que M. B est fondé à obtenir l'annulation de la décision du 1er mars 2020 pour ce vice de forme.
5. En second lieu, aux termes de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa version applicable à la date de la décision attaquée : " I.-A raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, le fonctionnaire ou, le cas échéant, l'ancien fonctionnaire bénéficie, dans les conditions prévues au présent article, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire. / II.- Lorsque le fonctionnaire a été poursuivi par un tiers pour faute de service et que le conflit d'attribution n'a pas été élevé, la collectivité publique doit, dans la mesure où une faute personnelle détachable de l'exercice de ses fonctions n'est pas imputable au fonctionnaire, le couvrir des condamnations civiles prononcées contre lui. / III.- Lorsque le fonctionnaire fait l'objet de poursuites pénales à raison de faits qui n'ont pas le caractère d'une faute personnelle détachable de l'exercice de ses fonctions, la collectivité publique doit lui accorder sa protection. Le fonctionnaire entendu en qualité de témoin assisté pour de tels faits bénéficie de cette protection. La collectivité publique est également tenue de protéger le fonctionnaire qui, à raison de tels faits, est placé en garde à vue ou se voit proposer une mesure de composition pénale. / IV.- La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté () ". Aux termes de l'article 6 quinquiès de la loi du 13 juillet 1983 susvisée, alors en vigueur : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel () ".
6. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
7. Il ressort des pièces du dossier et notamment de son entretien professionnel du
23 avril 2019 ainsi que des nombreux SMS et courriels envoyés par la présidente du musée national des arts asiatiques-Guimet, Mme A, que depuis sa prise de fonction,
M. B donnait une entière satisfaction, cette dernière lui indiquant même dans un mail du 14 mars 2019 qu'il était parfait. Toutefois, M. B fait état d'un changement de comportement de la part de cette dernière ayant dégradé ses conditions de travail. Il soutient qu'entre le 1er et le 17 septembre date à laquelle il a été placé en congé maladie, il a été victime de harcèlement moral de la part de sa supérieure hiérarchique, Mme A. Il résulte de l'instruction que les échanges de Mme A avec le requérant qui étaient amicaux, jusqu'alors, sont devenus moins chaleureux. Il résulte également de l'instruction et n'est pas contesté qu'à son retour de congé d'été, en septembre 2019, M. B a appris qu'il ne participait plus aux réunions sur les points stratégiques liés au mécénat avec sa supérieure hiérarchique et qu'il ne participait plus aux réunions relatives au rendez-vous avec le musée de Shanghai. Néanmoins et contrairement à ce que soutient le requérant, ces seules circonstances ne révèlent pas " une mise au placard " ou qu'il aurait été relégué à une position subalterne. En outre, si le requérant a été placé depuis le 14 novembre 2019 sous la responsabilité de l'administrateur général et du directeur stratégique et des relations extérieures du musée alors qu'il était placé sous la responsabilité de Mme A, et qu'il a vu ses attributions diminuées, il est constant que ce changement s'est fait dans un contexte de réorganisation de l'ensemble du musée comme en atteste l'organigramme versé au dossier et que la fiche de poste du requérant est restée inchangée. Par ailleurs, si M. B allègue qu'il aurait été humilié devant ses collègues, il ne produit aucun commencement de preuve à l'appui de cette allégation et s'il invoque une surcharge de travail et avoir effectué des tâches qui ne relevaient pas de son champ d'attribution, les pièces produites par M. B à cet égard sont antérieures à septembre 2020. Il n'est pas allégué et ne résulte pas de l'instruction que du 1er au 17 septembre, la présidente du musée national des arts asiatiques-Guimet aurait confié au requérant des nouvelles tâches impliquant une surcharge de travail. Enfin, les deux certificat médicaux, le premier du 8 octobre 2020 d'un psychologue indiquant que le requérant " a consulté suite à une souffrance au travail qui a généré des troubles anxieux massifs et une mésestime de soi () " et le second du 9 octobre 2020 d'un médecin généraliste indiquant que l'intéressé souffre d'un syndrome dépressif réactionnel consécutif à une situation conflictuelle et délétère à son travail, s'ils attestent de l'altération de la santé physique ou mentale du requérant, il résulte de l'ensemble des éléments mentionnés ci-dessus que M. B n'apporte pas suffisamment d'éléments susceptibles de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral dont il aurait été victime et qui serait la cause de sa dépression.
En ce qui concerne les conclusions indemnitaires :
8. Si la présidente du musée national des arts asiatiques-Guimet a entaché sa décision d'un vice de forme en omettant de motiver en droit sa décision, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le refus de lui accorder la protection fonctionnelle était justifié. Par suite, l'illégalité dont la décision est entachée n'est pas de nature à ouvrir à M. B un droit à indemnité. Par suite, les conclusions indemnitaires de M. B doivent être rejetées.
Sur les conclusions relatives au non renouvellement du contrat de travail de
M. B :
9. Un agent public qui a été recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficie ni d'un droit au renouvellement de son contrat ni, à plus forte raison, d'un droit au maintien de ses clauses si l'administration envisage de procéder à son renouvellement. Toutefois, l'administration ne peut légalement décider, au terme de son contrat, de ne pas le renouveler ou de proposer à l'agent, sans son accord, un nouveau contrat substantiellement différent du précédent, que pour un motif tiré de l'intérêt du service. Un tel motif s'apprécie au regard des besoins du service ou de considérations tenant à la personne de l'agent.
10. En premier lieu et à supposer le moyen invoqué, ne constituant pas une sanction disciplinaire, la décision portant refus de renouveler le contrat à durée déterminée de
M. B n'est pas au nombre des décisions qui doivent être motivées en vertu des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision est inopérant et ne peut qu'être écarté.
11. En second lieu, par un courrier du 30 octobre 2020, M. B a été informé que son contrat ne serait pas renouvelé au-delà de son terme prévu le 31 décembre 2020.
12. M. B soutient que la présidente du musée national des arts asiatiques-Guimet n'a pas renouvelé son contrat de travail en raison de son état de santé. Toutefois, en se bornant à affirmer que cette décision est fondée sur ses différentes périodes d'arrêts maladie consécutives à la période du 17 septembre 2020, le requérant n'apporte aucun élément de fait susceptible de faire présumer une telle discrimination. En outre, la présidente du musée national des arts asiatiques-Guimet soutient que cette décision s'est inscrite dans un contexte de réorganisation de l'ensemble des directions et du servie du musée. La décision du
1er mars 2021 indique à cet égard que dans le cadre de cette réorganisation le mécénat n'est plus un service à part entière mais un pôle sous l'autorité de la directrice de la stratégie et des relations extérieures et qu'une nouvelle fiche de poste en adéquation avec le nouvel organigramme avait fait l'objet d'une parution. Dès lors, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision par laquelle son contrat n'a pas été renouvelé est empreinte de discrimination et reposerait sur un motif étranger à l'intérêt du service.
Sur les conclusions à fin injonction :
13. Eu égard au motif d'annulation, l'exécution du présent jugement n'implique pas que la présidente du musée national des arts asiatiques-Guimet accorde la protection fonctionnelle à M. B. Par suite, les conclusions à fin d'injonction de M. B ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative :
14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées sur ce fondement par M. B et de condamner le musée national des arts asiatiques-Guimet à lui verser une somme de 800 euros au titre des dispositions de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du musée national des arts asiatiques-Guimet du
1er mars 2021 est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le musée national des arts asiatiques-Guimet versera une somme de 800 euros à M. B au titre l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au musée national des arts asiatiques-Guimet.
Délibéré après l'audience du 26 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Gros, président,
M. Feghouli, premier conseiller,
M. Rebellato, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 9 février 2023.
Le rapporteur,
J. REBELLATO
Le président,
L. GROS
La greffière,
S. PORRINAS
La République mande et ordonne à la ministre de la culture en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026