vendredi 14 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2109504 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | BIGAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 mai 2021, M. E F et M. D F, représentés par Me Bigas et Me Guizard, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 17 mars 2021 par laquelle la maire de Paris a décidé de préempter les lots n°2, 5, 17, 20, 33 ainsi que les 1 463/10 000ème des parties communes générales de l'immeuble en copropriété sis 24, rue La Bruyère - 36, rue de la Rochefoucauld au prix de 621 600 euros en valeur occupée ;
2°) d'enjoindre à la maire de Paris de leur proposer, ainsi qu'aux vendeurs, d'acquérir ces biens au prix où elle les a acquis dès la notification du jugement, sous astreinte de 1 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la Ville de Paris une somme de 2 000 euros pour chacun d'entre eux, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision du 17 mars 2021 a été signée alors que le droit de préemption sur le bien préempté n'est pas établi dès lors qu'il n'est pas établi que la Ville de Paris a délibéré, qu'elle a publié sa délibération, ni qu'elle a rendu exécutoire sa décision de préemption ;
- elle a été signée par une autorité incompétente dès lors d'une part qu'elle a été signée par Mme H et non la maire de Paris, d'autre part que la compétence de l'exercice du droit de préemption a été déléguée par la Ville de Paris à la société Semaest ;
- la ville de Paris ne démontre pas avoir procédé à la transmission de sa décision de préemption à la préfecture, ni que cette décision a été effectivement reçue ;
- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière en l'absence d'avis du service des domaines ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et méconnaît les dispositions des articles L. 210-1 et L. 300-1 du code de l'urbanisme dès lors d'une part que le projet de la Ville de Paris n'entre pas dans les objectifs susceptibles d'être poursuivis par une décision de préemption, d'autre part que la réalité du projet n'est pas établie.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 novembre 2021, la maire de Paris conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les conclusions de Mme de Schotten, rapporteure publique,
- et les observations de Me Bigas pour M. D F et M. E F.
Considérant ce qui suit :
1. M. C G et Mme I de Sainte Marie d'Agneaux ont, le 19 janvier 2021, conclu une promesse de vente avec M. E F et M. D F pour l'acquisition des lots n°2, 5, 17, 20 et 33 de l'immeuble situé au 24, rue La Bruyère - 36, rue de la Rochefoucauld dans le 9ème arrondissement de Paris. Le même jour, M. D F a adressé à la Ville de Paris une déclaration d'intention d'aliéner portant sur ces lots. Par une décision du 17 mars 2021, la Ville de Paris a décidé d'exercer, au prix de 621 600 euros, le droit de préemption urbain sur l'immeuble sis 24, rue La Bruyère - 36, rue de La Rochefoucauld, en vue de réaliser un programme de trois logements locatifs sociaux et deux locaux commerciaux. M. E F et M. D F demandent l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment de la délibération du Conseil de Paris DU 2006-127 des 16 et 17 octobre 2006, qui a fait l'objet d'une publicité au Bulletin municipal officiel de la Ville de Paris le 28 novembre 2006 et d'une insertion dans deux journaux le 20 octobre 2006, que la Ville de Paris a instauré le droit de préemption urbain sur les zones U du plan local d'urbanisme, parmi lesquelles figure l'immeuble sis 24, rue La Bruyère - 36, rue de La Rochefoucauld. Il suit de là que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la Ville de Paris ne disposait pas du droit de préempter l'immeuble en cause.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2511-27 du code général des collectivités territoriales : " Le maire de la commune peut donner sous sa surveillance et sa responsabilité, par arrêté, délégation de signature au directeur général des services de la mairie et aux responsables de services communaux ". Il ressort des pièces du dossier, notamment de la délibération 2020 DDCT 17 du 3 juillet 2020, que la maire de Paris a reçu, pour la durée de son mandat, délégation de compétences du Conseil de Paris pour exercer, au nom de la Ville de Paris et dans les conditions fixées par le Conseil de Paris, le droit de préemption défini par l'article L. 214-1 du code de l'urbanisme.
4. D'une part, par un arrêté du 1er septembre 2020, régulièrement publié au bulletin municipal officiel de la Ville de Paris du 8 septembre suivant, Mme Marie Villette, Secrétaire Générale de la Ville de Paris, et, en cette qualité, responsable d'un service communal au sens de l'article L. 2511-27 du code général des collectivités territoriales, a reçu délégation de la maire de Paris à l'effet de signer tous arrêtés, actes ou décisions préparés par les services placés sous son autorité ainsi que les décisions de préemption et l'exercice du droit de priorité prévus au code de l'urbanisme.
5. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, notamment de la délibération du conseil de Paris 2017 DAE 31 des 27, 29 et 29 mars 2017 relative à l'attribution du contrat de revitalisation artisanale et commerciale (CRAC) que le droit de préemption délégué à la société SEMAEST porte sur douze secteurs particuliers de la ville de Paris. L'immeuble concerné par la décision litigieuse n'est situé dans aucun des douze secteurs , ainsi que les parties d'immeuble à usage principal de bureaux, de commerce, d'artisanat, d'industrie, de fonction d'entrepôt et de leurs annexes. Les requérants ne sont donc pas fondés à soutenir que la maire de Paris ne pouvait exercer son droit de préemption pour l'avoir cédé à la société SEMAEST.
6. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision du 17 mars 2021 doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 213-21 du code de l'urbanisme, " Le titulaire du droit de préemption doit recueillir l'avis du service des domaines sur le prix de l'immeuble dont il envisage de faire l'acquisition dès lors que le prix ou l'estimation figurant dans la déclaration d'intention d'aliéner ou que le prix que le titulaire envisage de proposer excède le montant fixé par l'arrêté du ministre chargé du domaine prévu à l'article R. 1211-2 du code général de la propriété des personnes publiques. "
8. S'il est constant que l'exercice du droit de préemption sur l'immeuble sis 24, rue La Bruyère - 36, rue de La Rochefoucauld nécessitait au préalable le recueil de l'avis du service des domaines, il ressort des pièces du dossier que ce dernier a bien été consulté par la Ville de Paris le 10 février 2021 et a émis un avis par courrier électronique du 10 mars 2021, reçu le même jour, par lequel il indique que le montant de 621 600 euros indiqué dans la déclaration d'aliéner " peut être accepté ". Par suite, le moyen tiré du vice de procédure en l'absence de consultation du service des domaines doit être écarté.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme, " Toute décision de préemption doit mentionner l'objet pour lequel ce droit est exercé. ".
10. La décision attaquée vise les dispositions des articles L. 210-1, L. 210-2, L. 211-1, R. 211-1 et suivants et R. 213-4 et suivants du code de l'urbanisme dont la maire de Paris a fait application, ainsi que la délibération du Conseil de Paris 2011 DLH 89 des 28 et 29 mars 2011 adoptant le programme local de l'habitat entre 2011 et 2016 tel qu'arrêté par délibération des 15 et 16 novembre 2010 et modifié par délibération 2015 DLH 19 des 9 et 10 février 2015, ainsi que la délibération
n° DU 2006-127 des 16 et 17 octobre 2006 du Conseil de Paris instaurant le droit de préemption urbain sur les zones U du plan local d'urbanisme. En outre, elle mentionne avec suffisamment de précisions la situation du logement locatif dans le 9ème arrondissement de Paris et indique qu'il affiche un taux de logements sociaux de seulement 7% au 1er janvier 2019 contre le taux légal de 25%, ce qui justifie, ainsi qu'il est précisé dans la décision, l'exercice du droit de préemption afin de " réaliser dans l'immeuble un programme de trois logements locatifs sociaux et deux locaux commerciaux ". Il suit de là que la décision du 17 mars 2021 est suffisamment motivée en droit et en fait et que le moyen tiré de son insuffisance de motivation doit être écarté.
11. En cinquième lieu, il ressort des pièces produites, notamment de l'accusé de réception électronique Fast, que la décision d'intention d'aliéner a été transmise au contrôle de légalité le 17 mars 2021. Le moyen tiré du défaut de transmission de la décision attaquée au contrôle de légalité doit ainsi être écarté.
12. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme, " Les droits de préemption institués par le présent titre sont exercés en vue de la réalisation, dans l'intérêt général, des actions ou opérations répondant aux objets définis à l'article L. 300-1, à l'exception de ceux visant à sauvegarder ou à mettre en valeur les espaces naturels, à préserver la qualité de la ressource en eau et à permettre l'adaptation des territoires au recul du trait de côte, ou pour constituer des réserves foncières en vue de permettre la réalisation desdites actions ou opérations d'aménagement. ". Aux termes de l'article L. 300-1 du même code, " Les actions ou opérations d'aménagement ont pour objets de mettre en œuvre un projet urbain, une politique locale de l'habitat, d'organiser la mutation, le maintien, l'extension ou l'accueil des activités économiques, de favoriser le développement des loisirs et du tourisme, de réaliser des équipements collectifs ou des locaux de recherche ou d'enseignement supérieur, de lutter contre l'insalubrité et l'habitat indigne ou dangereux, de permettre le renouvellement urbain, de sauvegarder ou de mettre en valeur le patrimoine bâti ou non bâti et les espaces naturels, notamment en recherchant l'optimisation de l'utilisation des espaces urbanisés et à urbaniser. ".
13. D'une part, il ressort des pièces du dossier, notamment du programme local de l'habitat (PLH) modifié en février 2015 que l'un de ses objectifs est l'atteinte du seuil de 25% de logements sociaux parmi les résidences principales en 2025 et 30% de logement sociaux existants et financés en 2030. Il en ressort également que l'action 1.2.4. " Poursuivre l'acquisition par la Ville et les bailleurs sociaux de terrains et d'immeubles privés " de ce plan prévoit la mise en œuvre du droit de préemption urbain pour atteindre ces objectifs. La circonstance que le projet litigieux porte sur trois locaux d'habitation, dont il est constant que deux d'entre eux sont actuellement loués, ainsi que deux caves est sans incidence sur le respect des dispositions précitées qui fixe un objectif de seuil de logements sociaux à atteindre, dès lors qu'aucune disposition législative et réglementaire ne fait obstacle à la préemption d'un immeuble occupé par des locataires et que l'opération litigieuse a précisément pour but d'augmenter la capacité de logements sociaux à Paris.
14. D'autre part, les collectivités titulaires du droit de préemption urbain peuvent légalement exercer ce droit, d'une part, si elles justifient, à la date à laquelle elles l'exercent, de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, alors même que les caractéristiques précises de ce projet n'auraient pas été définies à cette date, et si elles font apparaître la nature de ce projet dans la décision de préemption.
15. Il ressort des pièces du dossier que la Ville de Paris a fait procéder à une étude de la faisabilité du projet envisagé par la société Aximo, opérateur de logement social, qui a réalisé une visite des lieux le 2 mars 2021. Il ressort de cette étude technique que les parties privatives préemptées, à savoir les lots à destination d'habitation, devront faire l'objet de " travaux de restructuration et de rénovation complets ", pour un coût total de 779 050, 50 euros. En outre, ainsi qu'il a été dit au point 8, la décision attaquée précise que l'exercice du droit de préemption a pour objectif de " réaliser dans l'immeuble un programme de trois logements locatifs sociaux et deux locaux commerciaux ". La circonstance que les requérants jugent l'ampleur de cette opération trop peu importante, qu'elle ne permettra " de loger que des personnes seules ou des couples sans enfant ", ce qui n'est pas établi, et qu'ils estiment louer leurs biens à des tarifs qui permettraient d'assimiler d'ores et déjà ces logements à des " logements sociaux de fait " est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Ainsi, la Ville de Paris justifie de la réalité du projet de l'opération et la nature de ce projet apparaît dans la décision de préemption.
16. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la décision de préemption du 17 mars 2021 est entachée d'une erreur de droit.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. E F et M. D F tendant à l'annulation de la décision attaquée, celles à fin d'injonction ainsi que celles tendant à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E F et M. D F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E F et M. D F et à la maire de Paris.
Délibéré après l'audience du 31 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Simonnot, président,
M. Grandillon, premier conseiller,
M. Paret, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 avril 2023.
Le rapporteur,
F. BLe président,
J.-F. SIMONNOT
La greffière,
S. RAHMOUNI
La République mande et ordonne à la maire de Paris en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2109504
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026